⚠️ Évangile de Marie

Texte apocryphe — rejeté du canon biblique

⚠️ Rappel : Ce texte n'est pas inspiré. Présenté pour étude et réfutation. Consultez les fiches de réfutation dans Études.
Introduction 0 versets ▼

LES ÉVANGILES APOCRYPHES

ÉVANGILE DE

LA NATIVITÉ DE MARIE.

Traduction française :

GUSTAVE BRUMET

Oeuvre numérisée par Marc Szwajcer

ÉVANGILE DE LA NATIVITÉ DE SAINTE MARIE.

Durant plusieurs siècles, cette légende jouit, en

Orient, de la plus grande célébrité ; elle fut d'abord accueillie avec un peu

plus de froideur en Occident. Une tradition, que l'on ne discutait point alors,

l'attribuait à saint Mathieu, et voulait qu'elle eût été écrite en hébreu ; la

traduction, qui s'en répandit vers le sixième siècle, fut donnée comme l'œuvre

de saint Jérôme ; et les éditeurs des œuvres complètes de ce Père ont cru

pouvoir l'admettre dans leurs éditions, tout en s’inscrivant en faux contre une

assertion qui n'est plus susceptible d'avoir un seul partisan.

Cet Évangile est l'un des moins chargés de

circonstances fabuleuses et de miracles supposés ; quelques-uns des récits qu'il

renferme sont mentionnés et signalés comme dénués de fondement dans les écrits

de divers Pères de l'Église, tels que saint Augustin et saint Jérôme. Tel qu'il

nous est parvenu, nous penchons à le regarder comme rédigé au sixième siècle, et

il fut en possession durant tout le moyen-âge d’une célébrité soutenue. Au

neuvième siècle, la célèbre religieuse de Gandesheim, Hroswitha

(01), en reproduisit les principaux traits

dans un poème latin en vers hexamètres que nous rencontrons dans ses œuvres (Historia

nativatis laudabilisque conversationis intactœ Dei genitricis,

p. 73 de l'édit de 1707). Ils passèrent dans la Légende dorée

; ils figurèrent dans la Vie de Jésus-Christ,

que composa Ludolphe le Saxon, prieur des Chartreux de Strasbourg, ouvrage dont

la vogue fut extrême au quatorzième et au quinzième siècle

(02). Les poètes les intercalèrent dans leurs

vers, les artistes en multiplièrent les images.

L’Évangile

de la nativité de Marie ne nous est

parvenu qu'en latin ; plusieurs fois réimprimé dans des collections étendues,

inséré dans les recueils spéciaux de Fabricius, de Jones, de Schmid et de Thilo,

il présente partout un texte uniforme, et il ne paraît point qu'il en existe de

manuscrits où se rencontrent des variantes dignes d'attention.

Nous pourrions ici, à l'exemple du docteur

Borberg, placer en tête de la traduction de cet Évangile la correspondance

échangée entre saint Jérôme et les évêques Chromatien et Héliodore ; ces lettres

se trouvent dans un grand nombre de manuscrits joints à la composition qu'elles

concernent; elles sont incontestablement sinon supposées, du moins défigurées

par des interpolations, mais elles remontent à une époque éloignée (probablement

au sixième siècle), elles ont longtemps passé pour authentiques, et, bien qu'on

n'en connaisse pas le véritable auteur, on doit les regarder comme retraçant des

opinions qui exercèrent un empire étendu et prolongé.

CHAPITRE

Ier.

La bienheureuse et glorieuse Marie toujours

vierge, de la race royale et de la famille de David, naquit dans la ville de

Nazareth, et fut élevée à Jérusalem, dans le temple du Seigneur. Son père se

nommait Joachim et sa mère Anne. La famille de son père était de Galilée et de

la ville de Nazareth, celle de sa mère était de Bethléem. Leur vie était simple

et juste devant le Seigneur, pieuse et irréprochable devant les hommes : car,

ayant partagé tout leur revenu en trois parts, ils dépensaient la première pour

le temple et pour les ministres du temple ; la seconde, ils la distribuaient aux

pèlerins et aux pauvres, et ils réservaient la troisième pour leurs besoins et

pour ceux de leur famille. Ainsi chéris de Dieu et des hommes, il y avait près

de vingt, ans qu'ils vivaient chez eux dans un chaste mariage sans avoir des

enfants (03). Ils firent vœu, si Dieu leur

en accordait un, de le consacrer au service du Seigneur, et c'était dans ce

dessein qu'à chaque fête de l'année ils avaient coutume d'aller au temple du

Seigneur.

Chapitre II 0 versets ▼

Or, il arriva que, comme la fête de la Dédicace

approchait, Joachim monta à Jérusalem avec quelques-uns de sa tribu. C'était

alors Isaschar qui était grand-prêtre. Lorsqu'il aperçut Joachim parmi les

autres avec son offrande, il le rebuta et méprisa ses dons, en lui demandant

comment étant stérile, il avait la hardiesse de paraître parmi ceux qui ne

l’étaient pas, et disant que, puisque Dieu l'avait jugé indigne d'avoir des

enfants, ses dons n'étaient nullement dignes de Dieu ; l’Écriture portant :«

Maudit celui qui n'a point engendré de mâle en Israël

(04) ; » et il dit que Joachim n'avait qu'à

commencer d'abord par se laver de la tache de cette malédiction en ayant un

enfant, et qu’ensuite il pourrait paraître devant le Seigneur avec ses

offrandes. Joachim, rempli de confusion de ce reproche outrageant, se retira

auprès des bergers qui étaient avec ses troupeaux dans ses pâturages : car il ne

voulut pas revenir en sa maison de peur que ceux de sa tribu qui étaient avec

lui ne lui fissent le même reproche humiliant qu'ils avaient entendu de la

bouche du prêtre (05).

Chapitre III 0 versets ▼

Or, quand il y eut passé quelque temps, un jour

qu'il était seul, l'Ange du Seigneur lui apparut avec une immense lumière

(06). Cette vision l’ayant troublé, l'Ange

calma sa crainte, lui disant : « Ne crains point, Joachim, et ne te trouble pas

à mon aspect ; car je suis l'Ange du Seigneur ; il m'a envoyé vers toi pour

t'annoncer que tes prières sont exaucées, et que tes aumônes sont montées

jusqu'en en sa présence. Car il a vu ta honte, et il a entendu le reproche de

stérilité qui t'a été adressé injustement. Or, Dieu punit le péché et non la

nature ; c'est pourquoi lorsqu'il rend quelqu'un stérile, ce n'est que

pour faire ensuite éclater ses merveilles et montrer que l'enfant qui naît est

un don de Dieu, et non pas le fruit d'une passion désordonnée. Car Sara, la

première mère de votre nation, ne fut-elle pas stérile jusqu'à l'âge de

quatre-vingts ans ? et cependant au dernier âge de la vieillesse elle engendra

Isaac, auquel la bénédiction de toutes les nations était promise. De même

Rachel, si agréable au Seigneur et si fort aimée du saint homme Jacob, fut

longtemps stérile, et cependant elle engendra Joseph, qui devint le maître de

l'Egypte et le libérateur de plusieurs nations prêtes à mourir de faim. Lequel

de vos chefs a été plus fort que Samson, ou plus saint que Samuel ? et cependant

ils eurent tous les deux des mères stériles. Si donc la raison ne te persuade

pas par mes paroles, crois à la force des exemples qui montrent que les

conceptions longtemps différées et les accouchements stériles n'en sont

d'ordinaire que plus merveilleux. Ainsi ta femme Anne enfantera une fille et tu

la nommeras Marie, elle sera consacrée au Seigneur dès son enfance, comme vous

en avez fait le vœu, et elle sera remplie du Saint-Esprit, même dès le sein de

sa mère. Elle ne mangera ni ne boira rien d'impur ; elle n'aura aucune société

avec la foule du peuple au dehors, mais sa demeure sera dans le temple du

Seigneur, de peur qu'on ne puisse soupçonner ou dire quelque chose de

désavantageux sur elle. C'est pourquoi en avançant en âge, comme elle-même doit

naître d'une mère stérile, de même cette Vierge incomparable engendrera le Fils

du Très-Haut, qui sera appelé Jésus, et sera le Sauveur de toutes les nations

selon l'étymologie de ce nom. Et voici le signe que tu auras des choses que je

t'annonce. Lorsque tu arriveras à la porte d'or qui est à Jérusalem

(07), tu y v trouveras Anne ton épouse, Anne

qui viendra au devant de toi, laquelle aura autant de joie de te voir qu'elle

avait eu d'inquiétude du délai de ton retour. » Après ces paroles, l'Ange

s'éloigna de lui.

Chapitre IV 0 versets ▼

Ensuite il apparut à Anne, l'épouse de Joachim,

disant : « Ne crains point, Anne, et ne pense pas que ce que tu vois soit

un fantôme. Car je suis ce même Ange qui ai porté en présence de Dieu vos

prières et vos aumônes (08), et maintenant

je suis envoyé vers vous pour annoncer qu'il vous naîtra une fille, laquelle

sera appelée Marie, et qui sera bénie sur toutes les femmes. Elle sera remplie

de la grâce du Seigneur aussitôt après sa naissance ; elle restera trois ans

dans la maison paternelle pour être sevrée, après quoi elle ne sortira point du

temple, où elle sera engagée au service du Seigneur jusqu'à l'âge de raison,

servant Dieu nuit et jour par des jeunes et des oraisons ; elle s'abstiendra de

tout ce qui est impur, ne connaîtra jamais d'homme, mais seule sans exemple,

sans tache, sans corruption, cette Vierge, sans mélange d'homme, engendrera un

fils, cette servante enfantera le Seigneur, le Sauveur du monde par sa grâce,

par son nom et par son œuvre. Lève-toi donc, va à Jérusalem, et lorsque tu seras

arrivée à la porte d'or, ainsi nommée parce qu'elle est dorée, tu auras pour

signe au devant toi ton mari dont l'état de la santé te rend inquiète. Lors donc

que ces choses seront arrivées, sache que les choses que je t'annonce

s'accompliront indubitablement. »

Chapitre V 0 versets ▼

Se conformant donc au commandement de l'Ange, l'un

et l'autre, partant du lieu où ils étaient, montèrent à Jérusalem, et,

lorsqu'ils furent arrivés au lieu désigné par la prédiction de l'Ange, ils s'y

trouvèrent l'un au devant de l'autre. Alors, joyeux de se revoir mutuellement et

rassurés par la certitude de la race promise, ils rendirent grâce comme ils le

devaient au Seigneur qui élève les humbles. C'est pourquoi, ayant adoré le

Seigneur, ils retournèrent à leur maison, où ils attendaient avec assurance et

avec joie la promesse divine. Anne conçut donc, et elle mit au monde une fille,

et suivant le commandement de l'Ange, ses parents l'appelèrent du nom de Marie.

Chapitre VI 0 versets ▼

Et lorsque le terme de trois ans fut révolu et que

le temps de la sevrer fut accompli, ils amenèrent au temple du Seigneur celte

Vierge avec des offrandes. Or, il y avait autour du temple quinze degrés à

monter (09), selon les quinze Psaumes des

degrés. Car, parce que le temple était bâti sur une montagne, il fallait monter

des degrés pour aller à l'autel de l'holocauste qui était par dehors. Les

parents placèrent donc la petite bienheureuse Vierge Marie sur le premier degré.

Et comme ils quittaient les habits qu'ils avaient eus en chemin, et qu'ils en

mettaient de plus beaux et de plus propres selon l'usage, la Vierge du Seigneur

monta tous les degrés un à un sans qu'on lui donnât la main pour la conduire ou

la soutenir, de manière qu'en cela seul on eût pensé qu'elle était déjà d'un âge

parfait. Car le Seigneur, dès l'enfance de sa Vierge, opérait déjà quelque chose

de grand et faisait voir d'avance par ce miracle quelle serait la sublimité des

merveilles futures. Ayant donc célébré le sacrifice selon la coutume de la loi,

et accompli leur vœu, ils l'enrayèrent dans l'enclos du temple pour y être

élevée avec les autres Vierges et ils retournèrent à leur maison.

Chapitre VII 0 versets ▼

Or la Vierge du Seigneur, en avançant en âge

profitait en vertus (10), et suivant

l'expression du Psalmiste, « son père et sa mère l'avaient délaissée, mais le

Seigneur prit soin d'elle. » Car tous les jours elle était fréquentée par les

Anges, tous les jours elle jouissait de la vision divine qui la préservait de

tous les maux et qui la comblait de tous les biens. C'est pourquoi elle parvint

à l'âge de quatorze ans sans que non seulement les méchants pussent rien

découvrir de répréhensible en elle, mais tous les bons qui la connaissaient

trouvaient sa vie et sa manière d'agir dignes d'admiration. Alors le

grand-prêtre annonçait publiquement que les Vierges que l'on élevait

soigneusement dans le temple et qui avaient cet âge accompli s'en retournassent

cher elles pour se marier selon la coutume de la nation et la maturité de l'âge.

Les autres ayant obéi à cet ordre avec empressement, la Vierge du Seigneur Marie

fut la seule qui répondit qu'elle ne pouvait agir ainsi, et elle dit : « Que non

seulement ses parents l'avaient engagée au service du Seigneur, mais encore

qu'elle avait voué au Seigneur sa virginité qu'elle ne voulait jamais violer en

habitant avec un homme. » Le grand-prêtre fut dans une grande incertitude, car

il ne pensait pas qu'il fallût enfreindre son vœu (ce qui serait contre

l'Écriture, qui dit : « Vouez et rendez »), ni qu'il fallût se hasarder à

introduire une coutume inusitée chez la nation; il ordonna que tous les

principaux de Jérusalem et des lieux voisins se trouvassent à la solennité qui

approchait, afin qu'il pût savoir par leur conseil ce qu'il y avait à faire dans

une chose si douteuse. Ce qui ayant été fait, l'avis de tous fut qu'il fallait

consulter le Seigneur sur cela. Et tout le monde étant en oraison, le

grand-prêtre selon l'usage se présenta pour consulter Dieu. Et sur le champ tous

entendirent une voix qui sortit de l'oracle et du lieu de propitiation, qu'il

fallait, suivant la prophétie d'Isaïe, chercher quelqu'un à qui cette Vierge

devait être recommandée et donnée en mariage. Car on sait qu'Isaïe dit : « Il

sortira une Vierge de la racine de Jessé, et de cette racine il s'élèvera une

fleur sur laquelle se reposera l'esprit du Seigneur, l'esprit de sagesse et

d'intelligence, l'esprit de conseil et de force, l'esprit de science et de

piété, et elle sera remplie de l'esprit de la crainte du Seigneur. » Le

grand-prêtre ordonna donc, d'après cette prophétie, que tous ceux de la maison

et de la famille de David qui seraient nubiles et non mariés, vinssent apporter

chacun une baguette sur l'autel, car l'on devait recommander et donner la Vierge

en mariage à celui dont la baguette, après avoir été apportée, produirait une

fleur, et au sommet de laquelle l'esprit du Seigneur se reposerait sous la forme

d'une colombe.

Chapitre VIII 0 versets ▼

Il y avait parmi les autres de la maison et de la

famille de David, Joseph, homme fort âgé, et tous portant leurs baguettes selon

l’ordre donné, lui seul cacha la sienne. C'est pourquoi, rien n'ayant apparu de

conforme à la voix divine, le grand-prêtre pensa qu'il fallait derechef

consulter Dieu, et le Seigneur répondit que celui qui devait épouser la Vierge

était le seul de tous ceux qui avaient été désignés qui n'eût pas apporté sa

baguette. Ainsi Joseph fut découvert Car lorsqu'il eut apporté sa baguette, et

qu'une colombe, venant du ciel, se fut reposée sur le sommet, il fut

manifeste pour tous que la Vierge devait lui être donnée en mariage. Ayant donc

célébré les fiançailles selon l'usage accoutumé (11),

il se retira dans la ville de Bethléem, pour arranger sa maison et pourvoir aux

choses nécessaires pour les noces. Mais la Vierge du Seigneur Marie, avec sept

autres Vierges de son âge et sevrées avec elle, qu'elle avait reçues du prêtre,

s'en retourna en Galilée dans la maison de ses parents.

Chapitre IX 0 versets ▼

Or, en ces jours-là, c'est-à-dire au premier temps

de son arrivée en Galilée, l'Ange Gabriel lui fut envoyé de Dieu pour lui

raconter qu'elle concevrait le Seigneur et lui exposer la manière et l'ordre de

la conception. Etant entré vers elle, il remplit la chambre où elle demeurait

d'une grande lumière, et, la saluant avec une très grande vénération, il lui dit

: « Je te salue, Marie, Vierge du Seigneur, très agréable à Dieu, pleine de

grâce ; le Seigneur est avec toi ; tu es bénie par-dessus toutes les femmes, tu

es bénie par-dessus tous les hommes nés jusqu'à présent. » Et la Vierge,

qui connaissait déjà bien les visages des Anges, et qui était accoutumée à la

lumière céleste, ne fut point effrayée de voir un Ange, ni étonnée de la

grandeur de la lumière, mais son seul discours la troubla, et elle commença à

penser quelle pouvait être cette salutation si extraordinaire, ce qu'elle

présageait ou quelle fin elle devait avoir. L'Ange, divinement inspiré, allant

au devant de cette pensée : « Ne crains point, dit-il, Marie, comme si je

cachais par cette salutation quelque chose de contraire à ta chasteté. C'est

pourquoi, étant Vierge, tu concevras sans péché et tu enfanteras un fils.

Celui-là sera grand, parce qu'il dominera depuis la mer jusqu'à la mer, et

depuis le fleuve jusqu'aux extrémités de la terre. Et il sera appelé le Fils du

Très-Haut, parce qu'en naissant humble sur la terre, il règne élevé dans le

Ciel. Et le Seigneur Dieu lui donnera le siège de David son père, et il régnera

à jamais dans la maison de Jacob, et son règne n'aura point de fin. Il est

lui-même le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs, et son trône subsistera

dans le siècle du siècle. »

La Vierge crut à-ces paroles de l'Ange, mais,

voulant savoir la manière, elle répondit : « Comment cela pourra-t-il se faire?

car, puisque, suivant mon vœu, je ne connais point d'homme, comment pourrai-je

enfanter sans cesser d'être vierge ? » A cela l'Ange lui dit : « Ne pense pas,

Marie, que tu doives concevoir d'une manière humaine. Car, sans avoir de rapport

avec nul homme, tu concevras en restant vierge ; vierge, tu enfanteras ; vierge,

tu nourriras. Car le Saint-Esprit surviendra en toi, et la vertu du Très-Haut te

couvrira de son ombre contre toutes les ardeurs de l'impureté. Car tu as trouvé

grâce devant le Seigneur, parce que tu as choisi la chasteté. C'est pourquoi ce

qui naîtra de toi sera seul Saint, parce que seul conçu et né sans péché, il

sera appelé le Fils de Dieu. » Alors Marie, étendant les mains et levant les

yeux, dit : « Voici la servante du Seigneur (car je ne suis pas digne du nom de

maîtresse) ; qu'il me soit fait suivant ta parole. » (Il serait trop long et

même ennuyeux de rapporter ici tout ce qui a précédé ou suivi la naissance du

Seigneur. C'est pourquoi passant ce qui se trouve plus au long dans l'Évangile,

finissons par ce qui n'y est pas si détaillé.[1]

Chapitre X 0 versets ▼

Joseph donc venant de la Judée dans la Galilée

avait intention de prendre pour femme la Vierge avec laquelle il était fiancé.

Car trois mois s'étaient déjà écoulés, et le quatrième approchait depuis le

temps que les fiançailles avaient eu lieu. Cependant le ventre de la fiancée

grossissant peu à peu, il commença à se manifester qu'elle était enceinte, et

cela ne put pas être caché à Joseph. Car entrant auprès de la Vierge plus

librement comme étant son époux, et parlant plus familièrement avec elle, il

s'aperçut qu'elle était enceinte. C'est pourquoi il commença à avoir l'esprit

agité et incertain; parce qu'il ignorait ce qu'il avait à faire de mieux. Car il

ne voulut point la dénoncer, parce qu'il était juste, ni la diffamer par le

soupçon de fornication, parce qu'il était pieux. C'est pourquoi il pensait à

rompre son mariage secrètement et à la renvoyer en cachette. Comme il avait ces

pensées, voici que l'Ange du Seigneur lui apparut en songe disant : « Joseph,

fils de David, n'aie aucune crainte, et ne conserve aucun soupçon de fornication

contre la Vierge, et ne pense rien de désavantageux à son sujet, et ne redoute

point de la prendre pour femme. Car ce qui est né en elle, et qui tourmente

actuellement ton esprit, est l'œuvre, non d'un homme, mais du Saint-Esprit, Car,

seule entre toutes les Vierges, elle enfantera le Fils de Dieu, et tu

l'appelleras du nom de Jésus, c'est-à-dire Sauveur, car c'est lui qui sauvera

son peuple de leurs péchés. » Joseph, se conformant au précepte de l'Ange, prit

donc la Vierge pour femme ; cependant il ne la connut pas, mais en ayant soin

chastement, il la garda. Et déjà le neuvième mois depuis la conception

approchait, lorsque Joseph, ayant pris sa femme et les autres choses qui lui

étaient nécessaires, s'en alla à la ville de Bethléem d'où il était. Or, il

arriva, lorsqu'ils y furent, que le terme étant accompli, elle enfanta son fils

premier-né, comme l'ont enseigné les Saints Évangélistes, Notre-Seigneur

Jésus-Christ, qui, étant Dieu avec le Père, le Fils et l'Esprit-Saint vit et

règne pendant tous les siècles des siècles.

NOTES.

(01)

Cette dixième muse, nom que lui décerna l'admiration de ses contemporains, ne

fut pas seulement une merveille pour la Saxe ; elle est une gloire pour l'Europe

entière ; dans la nuit poétique du moyen-âge, on trouverait difficilement une

étoile poétique plus éclatante. On nous saura gré d'indiquer à son égard les

travaux si remarquables d'un critique aussi judicieux qu'instruit, M. Ch. Magnin

; voyez la Revue des Deux-Mondes, 1839, tom.

iv, la Biographie universelle,

t. lxvii, (où Hroswitha

obtient les honneurs d'un article de 27 colonnes et demi), et l'édition spéciale

du Théâtre de celte religieuse, Paris, 1843, 8°. Consultez

aussi le Cours de littérature du

moyen-âge, de M. Villemain, tom.

ii, p. 258-264, l'Histoire des

langues romanes, par M. Bruce-Whyte, 1840, t.

i. p. 305-407, un article de M.

Philarète Chasles dans la Revue des Deux-Mondes, 15 août 1845; un

autre de M. Cyprien Robert dans l’Université

Catholique, tom.

vi, p. 419. Au sujet du travail de

M. Magnin, consultez le Journal des

Savants, octobre 1846 (article de M.

Patin), et la Revue de Philologie, t,

i, p. 466.

(02)

La première édition paraît avoir été imprimée à Cologne vers 1470 ; c'est un

in-folio de 373 feuillets ; Haïn, dans son

Repertorium bibliographicum,

1831, n° 10288-10296, mentionne huit autres éditions latines antérieures à

1500. Ce livre fut traduit dans toutes les langues de l'Europe, sans oublier le

catalan; l'on en connaît cinq ou six éditions françaises. Il en fut imprimé à

Lisbonne en 1495, une version portugaise en quatre vols. in fol. ; l'auteur

florissait vers 1330.

(03)

Quelques mystiques avaient cru pouvoir donner à sainte Anne le titre de

Vierge,

ainsi que le remarque J. B. Thiers, ce fécond et caustique écrivain, dans son

Traité des superstitions,

(tom. ii, p. 302.) Cette idée a trouvé fort peu de partisans.

Les Bollandistes ont recueilli avec soin tout ce

qui concerne sainte Anne. (Voir les

Acta Sanctorum,

tom.

vi de juillet, p. 233-297). Quant

à la manière dont on peut et doit représenter cette sainte, consulter Molanus,

Histor.

imaginum sacrarum.

(04)

On chercherait en vain cette phrase dans les Ecritures, mais l’on y trouve,

surtout dans les livres de Moïse, (Exode,

xxiii, 26; Deutér,

vii, 14), le grand nombre des enfants mentionné comme un effet

de la bénédiction céleste.

(05)

On sait que chez diverses nations des peines étaient infligées aux célibataires.

Voir ce qu'ont réuni à ce sujet les Bénédictins dans les notes de leur édition

de saint Ambroise, tom. i, p. 1319.

(06)

L'apparition de l'ange à Joachim pour lui annoncer la naissance de Marie, est

également relatée dans saint Epiphane, (Haeres.

LXXXIX, n. 5).

(07)

II paraît que cette porte était à l'orient de la ville et l’on conjecture

qu'elle était en bronze de Corinthe. Des exemples de portes désignées sous le

nom de portes d'or ou dorées seraient faciles à accumuler. Suivant le rabbin

Petachia, qui parcourut l'Europe et l'Asie au douzième siècle, les portes de

Babylone, hautes de cent coudées et larges de dix, étaient forgées d'un airain

pur dont la splendide réverbération faisait briller cette cité comme une ville

d'or. Il fallut les bronzer. Les chevaux croyant voir marcher devant eux

d'innombrables escadrons, reculaient épouvantés.

(08)

Le Talmud rapporte que les anges portent à Dieu les prières et les bonnes œuvres

des hommes, mais que les démons les attaquent en chemin et font leurs efforts

pour que ces prières et ces actions méritoires n'arrivent point jusqu'au

Seigneur.

(09)

Le prophète Ezéchiel a fait mention de ces quinze degrés, (ch. XL, 6 et

34). Josèphe en parle aussi dans

son Histoire de la guerre

judaïque. (V. 5.). Selon le

rabbin Judas Léon, ils avaient une demi-coudée de hauteur et de largeur. On

trouvera d'ailleurs dans un volumineux commentaire sur le prophète que nous

venons de nommer, (H.

Pradi et J. B.

Villalpandi Explanationes

in Ezechielem, Romae,

1596-1604, 3 vol. in fol.) de longs détails sur le nombre de ces degrés,

leur hauteur, etc. Les psaumes graduels étaient ainsi appelés parce qu'ils

étaient, on le croit du moins, solennellement chantés sur chaque degré, l'un

après l'autre; ce sont les psaumes 124-135. Nous connaissons à cet égard deux

dissertations spéciales, celte de Tilling :

de ratione inscriptionis XV Psalmorurn

qui dicuntur cantica,

adcensionum,

Bremae, 1765, 4°, et celle de F. A.

Clarisse ; Specimen exgeticum

de psalmis quindecim Hamaaloth,

Lugd. Bat. 1819. Voici à ce propos un petit conte extrait du Talmud.

Lorsque David fit creuser les fondements du

Temple, l’on trouva bientôt l'abîme des eaux qui occupent l'intérieur de la

terre ; on craignit que le monde, ne fut inondé. Achitophel écrivit le

nom ineffable du Très-Haut sur une plaque d'airain, et dès qu'elle eut été posée

sur l'eau, l'abîme s'enfonça tout d'un coup à une profondeur de seize mille

coudées. Toutefois, comme la terre était alors menacée d'une stérilité complète,

David fit chanter les quinze psaumes graduels, et à chaque psaume, l'abîme

montait de mille coudées, et c'est aussi de mille coudées qu'il est resté

éloigné de la surface de notre planète. — Tout étrange qu'elle puisse paraître,

cette historiette est peu de chose à côté d'une foule d'autres que renferment

les écrits des rabbins. Il n'est point de livres qui trouvent maintenant moins

de lecteurs que les ouvrages de ces vieux docteurs Israélites; il faudrait pour

les ouvrir la connaissance d'une langue que bien peu d'érudits sont en état de

comprendre, et une patience à toute épreuve, car les sujets que discutent très

prolixement les doctes maîtres de la synagogue n'ont plus aujourd'hui le moindre

intérêt Quelques laborieux investigateurs ont pris la peine de fouiller dans ces

mines presqu'inexplorées, mais personne ne s'en est occupé avec autant de zèle

et de persévérance que le dominicain, Bartolocci. Sa

Bibliotheca rabbinica,

(Rome, 1675-1693), ne forme pas moins de quatre volumes in foliot

auxquels vient s'adjoindre le volume publié en 1694 par Jos. Imbonati :

Bibliotheca latina hebraica,

sive de scriptoribus

latinis qui contra Judœos scripsere.

Nous avons parcouru ce vaste répertoire ; nous y avons trouvé une foule de

contes dignes des Mille et une Nuits, et parfois d'une extrême indécence. Bien

plus que le latin, l'hébreu, dans les mots, brave toute honnêteté. Voici du

moins deux faits pris à l'ouverture du livre et qu'il est permis de

transcrire.

En hora Salomon duxit in uxorem filiam

Pharaonis, descendit Gabriel infixit calamum in mare et ascendit limus et super

eam aedificata est magna Arx munita quae Roma est — Initio creatus est (Adam

tantae molis) ut e terra ad cœlum usque pertingeret. At quando Angeti ministerii

illum viderunt, commoti sunt timueruntque ; quid fecerunt ? ascenderunt omnes

coram Deo in superiore (habitaculo) et dixerunt : Domine mundi, duae potestates

sunt in mondo. Tunc Deus posuit manum suam super caput Adae, illumque ad mille

cubitos redegit.

Veut-on quelques autres échantillons de ce

qu'affirment les écrivains qu'a analysés Bartolocci : Il y a 60.000 villes dans

les montagnes de la Judée, et chacune contient 60.000 habitants. — Il existe un

oiseau dont la taille est telle que lorsqu'il vole, ses ailes interceptent la

lumière du soleil. — Lorsque le Messie sera venu, Jérusalem acquerra un

développement immense ; il y aura 10.000 palais et 10.000 tours. Rabbi Siméon

ben Jachia affirme que les boutiques des seuls marchands de parfums seront au

nombre de 180.000. Alors chaque grain de raisin donnera trente tonneaux de vin.

— Adam avait deux visages et une queue. — D'une épaule à l'autre de Salomon, la

distance n'était pas moindre de soixante coudées. — D'un seul coup de hache,

David tua huit cents hommes.

(10)

Plusieurs écrivains, M. Peignot entre autres, (Recherches historiques sur la

personne et les portraits de

Jésus-Christ et de Marie, Paris

et Dijon, 1829, 8°), ont recueilli les témoignages épars, et contrôlé les

opinions au sujet de la figure, du teint, de la taille de Marie ; selon l’Historia

Christi du père Xavier, dont nous parlons ailleurs, elle était fort bien

faite et brune; les yeux grands et tirant sur le bleu, les cheveux blonds.

Maria fuit mediocris staturœ,

triticei coloris, extensa facie ; oculi ejus magni et vergentes ad

cœruleum,

capillus ejus aureus. Manus et digiti ejus longi, pulchra forma,

in omnibus proportionata. (p. 30) Voir aussi l'historien Nicéphore,

l. ii, ch. 23.

Il existe un Traité de N. Sacius, imprimé dans ses

Opuscula

(Antverpiae,

1620), de pulchritudine B.

Marias Virginie disseptatio quodlibetica.

(11)

L'usage était qu'il s'écoulât un certain temps entre la cérémonie des

fiançailles et la célébration des noces. Tout ce qui regarde pareil sujet a été

discuté fort savamment et fort longuement dans l'ouvrage du docte Selden, homme

d'Etat du temps de Charles Ier :

Uxor hebrœa,

livre dont nous connaissons trois éditions, Londres, 1646,

Francfort, 1673 et 1695. Les œuvres complètes de cet érudit ont été

recueillies par les soins de David Wilkins, Londres, 1726, 3 vols. in-folio.

Les mots entre parenthèses ont été ajoutés par l'écrivain qui, sous le

nom supposé de saint Jérôme, a rédigé la traduction latine.

← Liste des apocryphes

✝️ Votre éternité se joue maintenant. Sans Jésus, vous êtes perdu. Mais Christ est mort pour vos péchés et il est ressuscité : recevez-le avant qu'il ne soit trop tard. → Découvrir Jésus-Christ ✝️ Prier maintenant