⚠️ Protévangile de Jacques
Texte apocryphe — rejeté du canon biblique
LES ÉVANGILES APOCRYPHES
PROTÉVANGILE
DE JACQUES LE MINEUR.
Traduction française :
GUSTAVE BRUMET
Oeuvre numérisée par Marc Szwajcer
PROTÉVANGILE DE JACQUES LE MINEUR.
Le nom donné à
cette composition lui vient de ce qu'elle rend compte des événements
qui précédèrent
immédiatement
la prédication
de la religion chrétienne.
Il est fait mention du Protévangile
dans les Pères
de l'Église
les plus anciens, tels qu'Origène">Origène,
St Épiphane,
St Grégoire
de Nysse; dès
le second siècle
St Justin et St Clément
d'Alexandrie avaient parlé
des fables qu'il renferme. Il nous est parvenu dans une rédaction
grecque, œuvre
sans doute de quelque écrivain
de l'Orient. Le savant et visionnaire Postel,[1] l’ayant rencontrée
dans le cours de ses voyages, en donna une traduction latine qui fut imprimée
à Bâle
en 1552, et qui reparut à
Strasbourg en 1570. Cette publication suscita une vive controverse. Henry
Estienne (Apologie pour Hérodote,
lui-même
l'auteur de l'ouvrage qu'il publiait et de l'avoir composé
en dérision de la religion chrestienne.
Hérold
n'en reproduisit pas moins dans ses
Orthodoxographa,
la version de Postel, et Néander,
en 1564, en publia pour la première
fois, le texte grec, sans faire connaître
d'où
lui venait le manuscrit dont il faisait usage, mais qui était
assurément
un autre que celui dont le premier traducteur s'était servi, car l'on remarque des différences notables entre la version de Postel et le texte tel que le donne
Néander,
et tel que l'ont reproduit Grynœus
et Fabricius. Ce dernier ne crut pas devoir réimprimer
les notes de Néander et celles dont Bibliander avait accompagné
le travail de Postel ; son texte grec est peu correct et Birch en a trop
scrupuleusement transcrit les erreurs. Jones s'attacha au contraire au texte de
Grynœus
se rencontrent des leçons préférables
celles de Fabricius. Il est singulier que jusqu'à
Thilo, aucun éditeur n'ait pris la peine de consulter d'autres
manuscrits; ils ne sont point rares; la Bibliothèque du roi en renferme huit
dont le laborieux professeur de Bâle a compulsé
toutes les variantes. Celles de deux
manuscrits du Vatican étaient
déjà
connues grâces
aux soins de Birch. Les bibliothèques
de Vienne et d'Oxford possèdent
aussi de nombreux manuscrits de cette légende,
mais il ne paraît
pas qu'il s'en rencontre un seul antérieur
au dixième
siècle.
L'expression de Protévangile, c'est-à-dire
de premier évangile,
paraît
avoir été
forgée
par Postel, elle ne se rencontre dans aucun manuscrit C'est sous le nom de
Jacques l'Hébreu
que cette légende
est désignée
dans quelques anciens écrivains, et ce n'est qu'à une époque
d'ignorance qu'on l'attribua à
l'apôtre
saint Jacques. Plusieurs des faits qu'elle relate sont consignés dans de graves écrivains
de l'église
grecque, tels qu'André
de Crète
qui vivait au septième
siècle,
Germain, patriarche de Constantinople, St Jean Damascène, Georges, archevêque
de Nicomédie,
Photius et divers autres prédicateurs
dont les homélies sont éparses
dans le vaste recueil de Combefis. (Nova
auc. Bibl. Patrum,
Paris 1672, 2 vol. in folio). Plusieurs de ces récits
sont même
demeurés
dans les liturgies de l'église
grecque, preuve de leur popularité
et de la confiance avec laquelle ils étaient
reçus.
Il existe au Vatican, à la bibliothèque
du roi à
Paris et dans d'autres grands dépôts
des traductions arabes, syriaques ou coptes de l'évangile
St-Jacques ; elles n'ont point vu le jour.
Cet écrit
présente
les mœurs
du peuple Juif sous un
aspect qui ne manque point de vérité ;
les plaintes de Ste Anne au sujet de sa stérilité
sont remplies de vivacité
et de mouvement ; dans le cantique qu'elle chante en présentant
sa fille au temple, il faut reconnaître
des lambeaux poétiques,
fragments tronqués
et perdus dont la forme lyrique et l'entraînement
tranchent d'une façon
si nette sur le fond du récit.
Dans son état
actuel, quelques passages de cette légende
ont pu faire soupçonner
qu'elle avait été
retouchée
par un de ces gnostiques qui condamnaient le mariage, qui maintenaient que le
corps de Jésus-Christ
n'avait été
qu'un fantôme,
une apparence formée d'une substance éthérée
et céleste.
On lit dans les histoires des douze tribus d'Israël,
que Joachim était
fort riche et il présentait
Dieu de doubles offrandes,
disant en son cœur
Que mes biens soient à tout le peuple, pour la rémission
de mes péchés
auprès
de Dieu, afin que le Seigneur ait pitié
de moi. »
La grande fête
du Seigneur survint et les fils d'Israël
apportaient leurs offrandes (01) et Ruben
s'éleva
contre Joachim, disant : «
Il ne t'appartient pas de présenter
ton offrande, car tu n'as point eu de progéniture
en Israël.
Et Joachim fut saisi d'une grande affliction et il s'approcha des généalogies
(02) des douze tribus en disant en lui-même :
Je verrai dans les tribus d'Israël
si je suis le seul qui n'ait point eu de progéniture
en Israël. »
Et en recherchant il vit que tous les justes avaient laissé
de la postérité,
car il se souvint du patriarche Abraham auquel, dans ses derniers jours, Dieu
avait donné
pour fils Isaac. Joachim affligé
ne voulut pas reparaître
devant sa femme; il alla dans le désert
et il y fixa sa tente et il jeûna
quarante jours et quarante nuits, disant dans son cœur
Je ne prendrai ni nourriture ni boisson, mais ma prière
sera ma nourriture. »
Sa femme Anne souffrait d'un double chagrin et
elle était
en proie à
une double douleur, disant : «
Je déplore
mon veuvage et ma stérilité.
La grande fête
du Seigneur survint et Judith, la servante d'Anne, lui dit: « Jusques
quand affligeras-tu ton âme?
Il ne t'est pas permis de pleurer, car voici le jour de la grande fête
(03). Prends donc ce manteau et orne ta tête.
Tout aussi sûre
que je suis ta servante, tu auras l'apparence d'une reine. » Et Anne
répondit
: « Éloigne-toi
de moi ; je n'en ferai rien. Dieu m'a fortement humiliée. Crains que Dieu ne me punisse
à cause de ton péché.
La servante Judith répondit : «
Que te dirai-je, puisque tu ne veux pas écouter
ma voix ! C'est avec raison que Dieu a clos ton ventre afin que tu ne donnes pas
un enfant à
Israël » Et Anne fut très
affligée,
et elle quitta ses vêtements
de deuil ; elle orna sa tête
et elle se revêtit
d'habits de noces. Et, vers la neuvième
heure, elle descendit dans le jardin pour se promener, et, voyant un laurier,
elle s'assit dessous et elle adressa ses prières
au Seigneur, disant : «
Dieu de mes pères,
bénis-moi
et écoute
ma prière,
ainsi que tu as béni
les entrailles de Sara et que tu lui as donné
Isaac pour fils. »
En regardant vers le ciel, elle vit sur le
laurier le nid d'un moineau et elle s'écria
avec douleur. « Hélas!
quoi puis-je être
comparée?
qui dois-je la vie pour être
ainsi maudite en présence des fils d'Israël?
Ils me raillent et m'outragent et ils m'ont chassée
du temple du Seigneur. Hélas!
quoi suis-je semblable? je ne peux être
comparée
aux oiseaux du ciel, car les oiseaux sont féconds
devant vous, Seigneur. Je ne peux être
comparée
aux animaux de la terre, car ils sont féconds.
Je ne peux être
comparée
ni à
la mer, car elle est peuplée
de poissons, ni à
la terre, car elle donne des fruits en leur temps et elle bénit
le Seigneur (04). »
Et voici que l'ange du Seigneur vola vers elle,
lui disant : «
Anne, Dieu a entendu ta prière;
tu concevras et tu enfanteras et ta race sera célèbre
dans le monde entier. »
Anne dit : «
Vive le Seigneur, mon Dieu ; que ce soit un garçon ou une fille que j'engendre, je l'offrirai au Seigneur, et il
consacrera toute sa vie au service divin. » Et voici
que deux anges vinrent lui disant : « Joachim, ton mari, arrive avec ses troupeaux. » L'ange
du Seigneur descendit vers lui, disant :
« Joachim, Joachim, Dieu a entendu ta prière,
ta femme Anne concevra. »
Et Joachim descendit et il appela ses pasteurs, disant : « Apportez-moi dix
brebis pures et sans taches, et elles seront au Seigneur mon Dieu. Et conduisez
moi douze veaux sans taches, et ils seront aux prêtres
et aux vieillards de la maison d'Israël,
et amenez-moi cent boucs et ces cent boucs seront à tout le
peuple. »
Et voici que Joachim vint avec ses troupeaux, et Anne était
la porte de sa maison et elle aperçut
Joachim qui venait avec ses troupeaux, elle courut et se jeta à son cou,
disant : «
Je connais maintenant que le Seigneur Dieu m'a bénie,
car j'étais
veuve et je ne le suis plus ; j'étais
stérile
et j'ai conçu.
Et Joachim reposa le même
jour dans sa maison.
Le lendemain, il présenta
ses offrandes en se disant en son cœur
Si le Seigneur m'a béni, qu'il y en ait pour moi un signe manifeste sur la lame des ornements
du grand-prêtre.
Et Joachim offrit ses dons et il regarda la lame ou bephoil, lorsqu'il fut admis
l'autel de Dieu et il ne vit pas de péché
en lui. Et Joachim dit : «
Je sais maintenant que le Seigneur m'a exaucé
et qu'il m'a remis tous mes péchés.
Et il descendit justifié de la maison du Seigneur et il vint dans sa maison. Anne conçut
et le neuvième
mois elle enfanta et elle dit à
la sage-femme : «
Qu'ai-je enfanté?
et l'autre répondit
Une fille. »
Et Anne dit : «
Mon âme
s'est réjouie
cette heure. »
Et Anne allaita son enfant et lui donna le nom de Marie.
L'enfant se fortifia de jour en jour. Lorsqu'elle
eut six mois, sa mère
la posa à terre pour voir si elle se tiendrait debout Et elle fit sept pas en
marchant et elle vint se jeter dans les bras de sa mère.
Et Anne dit : «
Vive le Seigneur mon Dieu; tu ne marcheras pas sur la terre jusqu'à
ce que je t'ai offerte dans le temple du Seigneur. » Et elle
fit la sanctification dans son lit, et tout ce qui était
souillé
9 elle l'éloignait
de sa personne, à
cause d'elle. Et elle appela des filles juives sans tache et elles soignaient
l'enfant. Et quand elle eut accompli sa première
année,
Joachim donna un grand festin et il convia les princes des prêtres
et les scribes et tout le sénat
et tout le peuple d'Israël.
Et il offrit des présents aux princes des prêtres
ils le bénirent,
disant : «
Dieu de nos pères,
bénis
cette enfant et donne-lui un nom qui soit célébré
dans toutes les générations.
Et tout le peuple dit : «
Amen, ainsi soit-il » Et les parents de Marie.la présentèrent
aux prêtres
et ils la bénirent,
disant : «
Dieu de gloire, jette tes regards sur cette enfant et accorde-lui une bénédiction
qui ne connaisse aucune interruption. »
Et sa mère
la prit et lui donna le sein et elle entonna un cantique, disant : « Je
chanterai les louanges du Seigneur mon Dieu, car il m'a visitée et il m'a délivrée
des outrages de mes ennemis. Et le Seigneur Dieu m'a donné
un fruit de justice multiplié
en sa présence.
Qui annoncera aux enfants de Ruben qu’Anne a un nourrisson? Écoutez,
vous les douze tribus d'Israël,
apprenez qu’Anne nourrit. »
Et elle déposa
l'enfant dans le lieu de sa sanctification et elle sortit et elle servit les
convives. Quand le festin fut terminé,
ils se retirèrent
pleins de joie et ils lui donnèrent
nom de Marie, en glorifiant le Dieu d'Israël
(05).
Quand Marie eut deux ans, Joachim dit à Anne, son
épouse
: « Conduisons la au temple de Dieu, afin d'accomplir le vœu
que nous avons formé et de crainte que Dieu ne se courrouce contre nous et qu'il ne nous
cette enfant »
Et Anne dit: «
Attendons la troisième année,
de crainte qu'elle ne redemande son père
et sa mère» »
Et Joachim dit : «
Attendons. » El l'enfant atteignit l'âge
de trois ans et Joachim dit : «
Appelez les vierges sans tache des Hébreux
et qu'elles prennent des lampes et qu'elles les allument»
et que l'enfant ne se retourne pas en arrière
et que son esprit ne s'éloigne
pas de la maison de Dieu. »
Et les vierges agirent ainsi et elles entrèrent
dans le temple. Et le prince des prêtres
reçut
l'enfant et il l'embrassa et il dit : «
Marie, le Seigneur a donné
de la grandeur à ton nom dans toutes les générations,
et, à
la fin des jours, le Seigneur manifestera en toi le prix de la
rédemption
des fils d'Israël. »
Et il la plaça sur le troisième
degré
de l'autel, et le Seigneur Dieu répandit
sa grâce
sur elle et elle tressaillit de joie en dansant avec ses pieds et toute la
maison d'Israël
la chérit.
Et ses parents descendirent, admirant et louant
Dieu de ce que l'enfant ne s'était
pas retournée
vers eux. Marie était
élevée
comme une colombe dans Ip tçmpje
du Seigneur et elle recevait de la nourriture de la main des anges. Quand elle
eut Wm$ r*f* 4f, douze ans, les prêtres
se réunirent
dans le temple du Seigneur et ils dirent : « Voici
que Marie a passé dix ans dans le temple ; que ferons-nous à son
égard,
de peur que la sanctification du Seigneur notre Dieu n'éprouve
quelque souillure? »
Et les prêtres
dirent au prince des prêtres
Va devant l'autel du Seigneur et prie pour elle, et ce que Dieu t'aura manifesté,
nous nous y conformerons. »
Le prince des prêtres,
ayant pris sa tunique garnie de douze clochettes entra donc dans le Saint des
Saints et il pria pour Marie. Et voici que l'ange du Seigneur se montra à lui et
lui dit : «
Zacharie, Zacharie, sors et convoque ceux qui sont veufs parmi le peuple et
qu'ils apportent chacun une baguette et celui que Dieu désignera
par un signe sera l'époux
donné à
Marie pour la garder. » Des hérauts
allèrent
donc dans tout le pays de Judée,
et la trompette du Seigneur sonna et tous accouraient.
Joseph ayant jeté
sa hache, vint avec les autres. Et s'étant
réunis,
ils allèrent
vers le grand-prêtre,
après
avoir reçu
des baguettes. Le
grand-prêtre
prit les baguettes de chacun, il entra dans le temple et il pria et il sortit
ensuite et il rendit à
chacun la baguette qu'il avait apportée,
et aucun signe ne s'était manifesté,
mais quand il rendit à
Joseph sa baguette, il en sortit une colombe et elle alla se placer sur la tête
de Joseph. Et le grand-prêtre
dit à Joseph : «
Tu es désigné
par le choix de Dieu
afin de recevoir cette vierge du Seigneur pour la garder auprès
de toi. »
Et Joseph fit des objections disant : «
J'ai des enfants et je suis vieux, tandis qu'elle est fort jeune ; je crains d'être
un sujet de moquerie pour les fils d'Israël.
Le grand-prêtre
répondit
à Joseph : «
Crains le Seigneur ton Dieu et rappelle-toi comment Dieu agit à l'égard
de Dathan, d'Abiron et de Coreh, comment la terre s'ouvrit et les engloutit,
parce qu'ils avaient osé
s'opposer aux ordres de Dieu. Crains donc, Joseph, qu'il n'en arrive autant
ta maison. »
Joseph épouvanté
reçut
Marie et lui dit : «
Je te reçois
du temple du Seigneur et je te laisserai au logis, et j'irai exercer mon métier
de charpentier et je retournerai vers toi. Et que le Seigneur te garde tous les
jours. »
Et il y eut une réunion
des prêtres
et ils dirent : « Faisons un voile ou un tapis pour le temple du Seigneur. » Et le
prince des prêtres dit : «
Appelez vers moi les vierges sans tache de la tribu de David. » Et l'on
trouva sept de ces vierges. Le prince des prêtres
vit devant lui Marie qui était
de la tribu de David et qui était
sans tache devant Dieu. Et il dit : «
Tirez au sort laquelle filera du fil d'or et d'amianthe et de fin lin et de soie
et d'hyacinthe et d'écarlate. »
Et la vraie pourpre et l'écarlate
échurent
Marie par le sort, et les ayant reçus,
elle alla en sa maison. Et, dans ce même
temps, Zacharie devint muet et Samuel prit sa place. Jusqu'à
ce que Zacharie t'adressa derechef la parole, ô Marie.
Et Marie, ayant reçu
la pourpre et l'écarlate,
se mit à
filer.
Et, ayant pris une cruche, elle alla puiser de
l'eau et voici qu'elle entendit une voix qui disait :
Je te salue, Marie, pleine de grâce,
le Seigneur est avec toi; tu es bénie
parmi toutes les femmes. »
Marie regardait à droite et à gauche afin de savoir d'où
venait cette voix. Et, étant effrayée,
elle entra dans sa maison, et elle posa la cruche, et ayant pris la pourpre,
elle s'assit sur sou siège
pour travailler. Et voici que l'ange du Seigneur parut eu sa présence,
disant : «
Ne crains rien, Marie; tu as trouvé
grâce
auprès
du Seigneur. »
Et Marie l'entendant, pensait en elle-même
: « Est-ce que je concevrai de Dieu et enfanterai-je comme les autres
engendrent? »
Et l'ange du Seigneur lui dit : «
Il n'en sera point ainsi, Marie, car la vertu de Dieu te couvrira de son ombre,
et le Saint naîtra
de toi, et il sera appelé
le fils de Dieu. Et tu lui donneras le nom de Jésus;
il rachètera
son peuple des péchés
qu'il a commis. Et ta cousine Elizabeth
a conçu
un fils dans sa vieillesse, et celle qu'on appelait stérile
est dans son sixième mois, car il n'est rien d'impossible à Dieu. »
Et Marie lui dit : « Je suis la servante du Seigneur ; qu'il en soit pour moi selon ta
parole. »
Et ayant terminé
la pourpre et l'écarlate,
elle les porta au grand-prêtre.
Et il la bénit,
et il dit : «
O Marie, ton nom est glorifié
et tu seras bénie
dans toute la terre. »
Et Marie, ayant conçu
une grande allégresse,
alla vers Élizabeth,
sa cousine, et elle frappa à
sa porte. Élizabeth
l'entendant, courut à
sa porte et elle aperçut
Marie, et elle dit : « D'où
me vient que la mère
de mon Seigneur se transporte près
de moi? Ce qui est en moi s'est élancé
et t'a bénie.
Et les mystères
que l'archange Gabriel avait annoncés
Marie étaient
cachés
pour elle. Et regardant au ciel, elle dit : « Que
suis-je donc pour que toutes les générations
m'appellent ainsi heureuse. »
De jour en jour, son ventre s'enflait, et Marie, saisie de crainte, se retira
dans sa maison et se cacha aux regards des enfants d'Israël.
Et elle avait seize ans lorsque cela se passait.
Le sixième
mois de sa grossesse étant
venu, voici que Joseph revint de son travail de charpentier, et, entrant dans sa
maison, il vit que Marie était
enceinte, et, baissant la tête,
il se jeta par terre, et il se livra à
une grande désolation,
disant : «
Comment me justifierai-je
devant Dieu? Comment prierai-je pour cette femme? je l'ai reçue
vierge du temple du Seigneur Dieu, et je ne l'ai pas gardée.
Quel est celui qui a fait cette mauvaise action dans ma maison et qui a corrompu
cette vierge? L'histoire d'Adam ne s'est-elle
pas reproduite pour moi? car dans l'heure de sa gloire, le serpent entra, et il
trouva Eve seule, et il l'a trompée;
et vraiment il m'en est arrivé
de même.
Et Joseph se releva de dessus le sac sur lequel il s'était
jeté,
et il dit à
Marie : «
O toi qui étais
d'un tel prix aux yeux du Seigneur, pourquoi agi de la sorte, et pourquoi as-tu
oublié
le Seigneur ton Dieu, toi qui as été élevée
dans le Saint des Saints? Toi qui recevais la pourriture de la main des anges,
pourquoi as-tu ainsi manqué à
tes devoirs? »
Marie pleurait très
amèrement,
et elle répondit
Je suis pure, et je n'ai point connu d'homme. » Et
Joseph lui dit : « Et d'où
vient donc que tu as conçu?
Et Marie répondit
Vive le Seigneur mon Dieu ; je le prends
à témoin
que je ne sais point comment il en est ainsi. »
Et Joseph, frappé
de stupeur, pensait en lui-même
Qu'est-ce que je ferai d'elle? »
Et il dit : «
Si je cache son péché,
je serai trouvé
coupable selon la loi du Seigneur; si je l'accuse et si je la traduis devant les
fils d'Israël,
je crains que ce ne soit point juste et que je ne livre le sang innocent à la
condamnation de la mort? Qu'est-ce donc que je ferai d'elle? Je la quitterai en
secret. »
Et il se livrait à
ses pensées
durant la nuit. Voici que l'ange du Seigneur lui apparut pendant son sommeil, et
lui dit : «
Ne crains pas de garder cette femme ; celui qui naîtra
d'elle est l'œuvre
du Saint-Esprit, et tu lui donneras le nom de Jésus; il rachètera
les péchés
de son peuple. »
Et Joseph se leva et il glorifia le Dieu d'Israël.
Le scribe Anne vint à Joseph et lui dit : «
Pourquoi ne t'es-tu pas rendu à
l'assemblée?
Et Joseph lui répondit
J'étais
fatigué
du chemin que je venais de faire, et j'ai voulu prendre du repos le premier
jour. » Et le scribe s'étant
retourné,
vit que Marie était
enceinte, et il s'en alla en courant vers le grand-prêtre,
et il lui dit : « Joseph, auquel tu ajoutes foi, a gravement péché.
Et le grand-prêtre
dit : «
Qu'y a-t-il? »
Et le scribe répondit:
Il a souillé
la vierge qu'il avait reçue
du temple du Seigneur, et il a fraudé
la loi du mariage, et il s'est caché
devant les enfants d'Israël.
Et le prince des prêtres
répondit:
Est-ce que Joseph a fait cela? »
Et le scribe Anne dit : «
Envoie des ministres, et ils verront que Marie est enceinte. » Et les
ministres allèrent, et ils trouvèrent
que le scribe avait dit vrai. Et ils conduisirent Marie et Joseph pour être jugés,
et le grand-prêtre
dit : «
Marie, comment as-tu agi ainsi, et pourquoi as-tu perdu ton âme, toi
qui as été élevée
dans le Saint des Saints, qui as reçu
la nourriture de la main des anges, qui as entendu les mystères
du Seigneur et qui t'es réjouie
en sa présence?
Elle pleurait très
amèrement,
et elle répondit
Vive le Seigneur mon Dieu ; je suis pure en présence
du Seigneur, et je ne connais point d'homme. » Et le
grand-prêtre
dit à
Joseph : «
Pourquoi as-tu agi ainsi? »
Et Joseph dit : «
Vive le Seigneur Dieu et vive son Christ; je les prends à témoin
que je suis pur de tout commerce avec elle. » Et le
grand-prêtre
répondit
Ne rends point un faux témoignage,
mais dis la vérité;
tu as dérobé
ses noces et tu l'as caché
aux fils d'Israël,
et tu n'as pas courbé la tête
sous la main du Tout-Puissant, afin que ta race fût
bénie.
Et le grand-prêtre
dit encore : «
Rends cette vierge que tu as reçue
du temple du Seigneur. »
Et Joseph répandait
beaucoup de larmes, et le grand-prêtre
dit : « Je vous ferai boire l'eau de la conviction du
Seigneur, et votre péché
se manifestera à
vos yeux. » (06) Et ayant pris l'eau, le grand-prêtre
en fit boire à
Joseph, et l'envoya sur les lieux hauts, et Joseph en revint en pleine santé.
Marie en but aussi, et elle alla dans les montagnes, et elle revint sans avoir
éprouvé
aucun mal. Et tout le peuple fut frappé
de surprise, de ce qu'il ne s'était
point manifesté
en eux de péché.
Et le grand-prêtre
dit : « Dieu n'a point manifesté
votre péché,
et je ne vous condamnerai pas. »
Et il les renvoya absous. Et Joseph prit Marie, et il la ramena chez lui, plein
de joie et glorifiant le Dieu d'Israël
L'empereur Auguste rendit un édit pour
que tous ceux qui étaient
Bethléem
eussent à
se faire enregistrer. Et Joseph dit ; «
Je ferai enregistrer mes fils, mais que ferai-je à l'égard
de cette femme? Comment la ferai-je inscrire? La ferai-je inscrire comme mon
épouse?
Elle n'est pas mon épouse,
et je l'ai reçue en dépôt
du temple du Seigneur, Dirai-je qu'elle est ma fille? Mais tous les enfants
d'Israël
savent qu'elle n'est pas ma fille. Que ferai-je donc à son
égard?
Et Joseph sella une ânesse, et il fit monter Marie sur cette ânesse. Joseph et Simon suivaient
à trois milles. Et Joseph s'étant
retourné,
vit que Marie était
triste, et il dit : «
Peut-être
ce qui est en elle l'afflige. »
Et s'étant
retourné
de nouveau, il vit qu'elle riait, et il lui dit : « O Marie,
d'où
vient donc que ta figure est tantôt
triste et tantôt
gaie? »
Et Marie dit à Joseph : «
C'est parce que je vois deux peuples de mes yeux, l'un pleure et gémit,
l'autre rit et se livre à
la joie. »
Et étant
arrivés
au milieu du chemin, Marie lui dit : «
Fais-moi descendre de mon ânesse,
parce que ce qui est en moi me presse extrêmement;
et Joseph la fit descendre de dessus l'ânesse
et il lui dit : « Où
est-ce que je t'amènerai,
car ce lieu est désert?
trouvant en cet endroit une caverne,
il y fit entrer Marie, et il laissa son fils pour la garder, et il s'en alla
Bethléem
chercher une sage-femme. Et lorsqu'il était
en marche, il vit le pôle
ou le ciel arrêté,
et l'air était
obscurci, et les oiseaux s'arrêtaient
au milieu de leur vol. Et regardant à
terre, il vit une marmite pleine de viande préparée,
et des ouvriers qui étaient couchés
et dont les mains étaient
dans les marmites. Et, au moment de manger, ils ne mangeaient pas, et ceux qui
étendaient
la main, ne prenaient rien, et ceux qui voulaient porter quelque chose à leur
bouche, n'y portaient rien, et tous tenaient leurs regards élevés
en haut. Et les brebis étaient
dispersées,
elles ne marchaient point, mais elles demeuraient immobiles. Et le pasteur,
élevant
la main pour les frapper de son bâton,
sa main restait sans s'abaisser. Et regardant du côté
d'un fleuve, il vit des boucs dont la bouche touchait l'eau, mais qui ne
buvaient pas, car toutes choses étaient
en ce moment détournées
de leur cours.
Et voici qu'une femme descendant des montagnes, lui dit : « Je te
demande où
tu vas? »
Et Joseph répondit
Je cherche une sage-femme de la race des Hébreux.
Et elle lui dit : «
Es-tu de la race d'Israël?»
Et il répliqua
que oui. Elle dit alors : « Et quelle est cette femme qui enfante dans cette
caverne? » Et il répondit
C'est celle qui m'est fiancée.
Et elle dit : «
Elle n'est pas ton épouse?»
Et Joseph dit : «
Ce n'est pas mon épouse,
mais c'est Marie qui a été élevée
dans le temple du Seigneur, et qui a conçu
du Saint-Esprit »
Et la sage-femme lui dit : «
Est-ce que c'est véritable?
Et il dit : «
Viens-le voir. »
Et la sage-femme alla avec lui. Et elle s'arrêta
quand elle fut devant la caverne. Et voici qu'une nuée
lumineuse couvrait cette caverne. Et la sage-femme dit: « Mon
a été
glorifiée
aujourd'hui, car mes yeux ont vu des merveilles. » Et tout
d'un coup la caverne fut remplie d'une clarté
si vive que l'œil
ne pouvait la contempler, et quand cette lumière se fut peu à
peu dissipée,
l'on vit l'enfant Sa mère
Marie loi donnait le sein. Et la sage-femme s'écria
Ce jour est grand pour moi, car j'ai vu un grand spectacle. » Et elle
sortit de la caverne, et Salomé fut au devant d'elle. Et la sage-femme dit à Salomé
J'ai de grandes merveilles à
te raconter ; une vierge a engendré,
et elle reste vierge. » Et Salomé
dit : «
Vive le Seigneur mon Dieu ; si je ne m'en assure pas moi-même,
je ne croirai pas. »
Et la sage-femme, rentrant dans la caverne, dit à
Marie : «
Couche-toi, car un grand combat t'est réservé.
Salomé
l'ayant touchée,
sortit en disant : « Malheur à
moi, perfide et impie, car j'ai tenté
le Dieu vivant. Et ma main brûlée
d'un feu dévorant
tombe et se sépare de mon bras. »
Et elle fléchit
les genoux devant Dieu, et elle dit : «
Dieu de nos pères,
souviens-toi de moi, car je suis de la race d'Abraham, d'Isaac et de Jacob. Et
ne me confonds pas devant les enfants d'Israël,
mais rends-moi à
mes parents. Tu sais, Seigneur, qu'en ton nom j'accomplissais toutes mes cures
et guérisons,
et c'est de toi que je recevais une récompense.
Et l'ange du Seigneur lui apparut et lui dit : « Salomé,
Salomé,
le Seigneur t'a entendue; tends la main à
l'enfant, et porte-le; il sera pour toi le salut et la joie. » Et Salomé
s'approcha de l’enfant et elle le porta dans ses bras, en disant : « Je
t'adorerai, car un grand roi est né
en Israël.
Et elle fut aussitôt
guérie,
et elle sortit de la caverne justifiée.
Et une voix se fit entendre près
d'elle, et lui dit: « N'annonce pas les merveilles que tu as vues, jusqu'à
ce que l'enfant soit entré à Jérusalem. »
(07)
Et voici que Joseph se prépara
aller en Judée.
Et il s'éleva
un grand tumulte à
Bethléem,
parce que les mages vinrent, disant : «
est celui qui est né
le roi des Juifs? Nous avons vu son étoile
dans l'Orient, et nous sommes venus pour l'adorer. »
(08) Et Hérode,
entendant cela, fut troublé,
et il envoya des émissaires
auprès
des mages. Et il convoqua les princes des prêtres,
et il les interrogea, disant : «
Qu'y a-t-il d'écrit
au sujet du Christ? Où
doit-il naître?
Et ils dirent : «
A Bethléem
en Judée,
car c'est écrit. »
Hérode
les renvoya, et il questionna les mages, disant : «
Apprenez-moi où
vous avez vu le signe qui indique le roi nouveau-né?
Et les mages dirent : «
Son étoile
s'est levée
brillante, et elle a tellement surpassé
en clarté
les autres étoiles
du ciel que l’on ne les voyait plus. Et nous avons ainsi connu qu'un grand roi
était
en Israël,
et nous sommes venus l'adorer. » Hérode
leur dit : « Allez, et informez-vous de lui, et si vous le trouvez, venez m'en
informer afin que j'aille l'adorer. »
Et les mages s’en allèrent,
et voici que l’étoile
qu'ils avaient vue en Orient les conduisit jusqu'à
ce qu'elle entra dans la caverne, et elle s'arrêta
au-dessus de l'entrée de la caverne. (09) Et les mages
virent un enfant avec Marie sa mère,
et ils l'adorèrent.
Et tirant des offrandes de leurs bourses, ils lui présentèrent
de l'or, de l'encens et de la myrrhe. Et l'ange les ayant informés
qu'ils ne devaient pas retourner vers Hérode,
ils prirent un autre chemin pour revenir dans leur pays.
Hérode
voyant que les mages l'avaient trompé,
fut saisi de fureur, et il envoya des meurtriers mettre à mort
tous les enfants qui étaient
Bethléem,
âgés
de deux ans et au-dessous. Et Marie, apprenant que l’on massacrait les enfants,
fut remplie de crainte ; elle prit l'enfant, et l'ayant enveloppé
de langes, elle le coucha dans la crèche
des bœufs.
Élizabeth,
informée
que l'on cherchait Jean, s'enfuit dans les montagnes, et elle regardait autour
d'elle pour voir où elle le cacherait, et elle ne trouvait aucun
endroit favorable. Et elle dit à
voix haute et en gémissant:
montagne
de Dieu, reçois
la mère
avec le fils. »
Et aussitôt
la montagne qu'elle ne pouvait gravir, s'ouvrit et les reçut.
Une lumière
miraculeuse les éclairait,
et l’ange du Seigneur était
avec eux et les gardait
Hérode,
pendant ce temps, faisait chercher Jean. Et il envoya quelques-uns de ses
officiers à
son père
Zacharie disant : «
as-tu caché
ton Fils? »
Et il répondit
Je suis le prêtre
employé
au service de Dieu, et je donne mon assistance dans le temple du Seigneur, je ne
sais pas où
est mon fils. »
Et les envoyés
se retirèrent
et rapportèrent
cela à
Hérode.
Il dit avec colère : «
C'est son fils qui doit régner
sur Israël.
Et il envoya derechef vers Zacharie disant : « Parle
avec franchise; où est ton fils? Ne sais-tu pas que ton sang est sous ma main? » Et
lorsque les envoyés eurent rapporté à
Zacharie les paroles du roi, il dit : «
Dieu est témoin
que j'ignore où
est mon fils. Répands
mon sang, si tu le veux. Dieu recevra mon esprit, car tu auras versé
le sang innocent. Zacharie a été
dans le vestibule du temple du Seigneur, auprès
de la balustrade de l'autel. »
Et les prêtres
allèrent
au temple à
l'heure de la salutation. Et Zacharie ne fut pas au-devant d'eux pour leur
donner la bénédiction,
suivant l'usage. Ne le voyant pas paraître,
ils craignaient d'entrer. L'un d'eux, plus hardi que les autres entra, et il
revint annoncer aux prêtres
que Zacharie avait été
tué.
Ils entrèrent
alors, et ils virent ce qui avait été
commis, et les lambris du temple poussaient des hurlements, et ils étaient
fendus depuis le haut jusqu'en bas. Son corps ne fut pas trouvé, mais son sang formait, dans le vestibule du temple, une masse
semblable à une pierre. Et ils sortirent
épouvantés,
et ils annoncèrent
au peuple que Zacharie avait été
tué.
Et les tribus du peuple le pleurèrent
trois jours et trois nuits. Après
ces trois jours, les prêtres
se réunirent
pour désigner
quelqu'un qui le remplaçât.
Et le sort tomba sur Siméon.
Et il lui avait été
annoncé
par l'Esprit-Saint qu'il ne mourrait point, avant d'avoir vu le Christ.
Moi, Jacques qui ai écrit cette histoire, je me retirai dans le désert,
lors d'une sédition
que suscita à Jérusalem
un certain Hérode,
et je ne revins que lorsque le tumulte fut apaisé.
Je glorifie Dieu qui m'a donné
la charge d'écrire
cette histoire. Que la grâce
soit avec ceux qui craignent Notre Seigneur Jésus-Christ,
auquel gloire et puissance avec le Père
éternel
et le Saint-Esprit vivifiant, maintenant, et toujours, et dans les siècles
des siècles.
Amen.
NOTES.
(01)
Sur ces offrandes, consultez les Antiquités
sacrées de Reland (part III, ch. 7), ouvrage
fort estimé,
dont la sixième
édition,
celle de 1769, est celle qu'il faut préférer.
(02)
Les Hébreux
conservaient leurs généalogies
avec un soin tout particulier, dont Perizonius a fait l'objet d'une dissertation
spéciale.
Chez diverses nations de l'antiquité,
l’on retrouve des exemples de ces recueils généalogiques
rassemblés
avec exactitude et que l’on était
admis à
consulter. Synésius
de Cyrène,
dans sa cinquante-septième
lettre, nous apprend qu'il y a eu recours pour suivre la filiation de ses ancêtres.
(03)
Ce grand jour du Seigneur est certainement celui de l’une des grandes fêtes
des Juifs, mais il serait malaisé
de déterminer
s'il s'agit de celle de Pâques,
de celle de la Pentecôte ou de celle des Tabernacles. Ajoutons que les premiers
chrétiens
condamnaient aussi les jeûnes
et les signes de deuil aux jours des fêtes
solennelles.
(04)
Les plaintes d'Anne se retrouvent, plus ou moins altérées
chez divers prédicateurs
grecs ; une homélie
de Germain, patriarche de Constantinople, sur la présentation
de Marie (Biblioth. Patr.
Auctuar. Nov.,
t. I, col. 1415), les reproduit
presque textuellement
(05)
L'usage était
chez les Juifs de ne donner un nom aux enfants que quelques jours après
leur naissance. Il en était
de même
chez les Romains. Quant aux coutumes des premiers chrétiens
cet égard,
consultez l'ouvrage de Joseph Visconti (de
Ritibus baptismi,
lib. II, c. 12).
(06)
L'épreuve
des eaux amères est prescrite dans la législation
mosaïque
(Nombres, ch. V, v. 18 et suiv.) : « Le cohène
(prêtre)
prendra de l'eau sainte dans un rase de terre, et le cohène
prendra de la poussière du pavé
de l'habitacle et la mettra dans l’eau, etc. » (Voir la
Bible, traduction de M. Cahen, t. IV, p. 27.) Josèphe (Antiq.
jud.,
liv. III, ch. 13) s'exprime ainsi : « Si la
femme a manqué à
la sagesse, qu'elle meure, la cuisse droite déluxée
et le ventre en putréfaction. Mais si le mari n'a agi que par un excès
d'amour ou par son penchant à
la jalousie, qu'elle ait un enfant mâle
dans le dixième
mois. »
Ni Josèphe,
ni aucun autre ne parle de la punition du mari calomniateur; on reconnaît
l'esprit asiatique. Les Talmudistes disent que dans le cas où
la femme serait innocente si elle est stérile,
elle deviendra féconde,
si elle enfante d'ordinaire péniblement,
ses couches seront désormais
faciles, et si elle a eu des enfants noirs, à l'avenir
ils seront blancs. Grotius a laborieusement réuni
tous les passages des anciens auteurs grecs ou latins ou il est fait mention de
certaines eaux auxquelles on attribuait la vertu de punir le parjure. Semblable
usage existe encore chez divers peuples de la côte
occidentale de l'Afrique.
(07)
On peut rapprocher ce récit
de celui que nous trouvons dans un ouvrage italien très
rare et peu connu dont la
bibliothèque
royale possède
un exemplaire; il a pour titre : Vita del nostro signore Jesu Cristo e de la
sua gloriosa madre,
vergine madona sancta maria. (Bologna, Baidisera
de li Azzoaguidi, 1674, in folio.)
« Joseph
alla chercher au moment de l'accouchement deux accoucheuses du nom de Gelome et
Salomé,
la, Vierge demanda qu'il fit entrer Gelome qui voulait la voir et la toucher
suivant l'usage, et elle trouva la vierge Marie, vierge pure et nette; et elle dît
que cela ne s'était
jamais vu ni entendu, et que de même
qu'elle était
vierge ainsi elle a conçu
vierge, elle a accouché. vierge et elle est demeurée
vierge. Salomé
qui restait dehors, entendant ces propos, dit que cela n'était
pas possible, et elle voulut le vérifier.
La vierge Marie la laissa voir et
toucher, et ses mains séchèrent,
et Salomé
se lamentait de ce qu'elle perdait l'usage de ses mains et de sa profession.
Mais un ange resplendissant apparut et lui dit d'adorer et de toucher dévotement
le fils de Dieu qui la guérirait
de toutes ses infirmités,
ce qu'elle fit, et elle fut aussitôt
guérie.
(Chap. xxvi).
Puisque nous avons eu l'occasion de parler de ce
rare volume, nous allons donner une idée
du contenu de quelques-uns des chapitres.
Beauté
corporelle de la Vierge Marie.
On peut croire que Dieu l'orna d'une complète
et honnête
beauté,
quand il se résolut
habiter dans ce corps précieux,
mais quoique formée de toute perfection, de toute beauté, de science et de vertu, jamais elle ne se glorifia, ne s'enorgueillit,
ni n'eut vanité
; elle ne devint point arrogante, comme cela est d'usage, d'où
on peut conclure que Dieu la forma de ses mains et qu'il imprima en elle toutes
les vertus et les beautés
sans aucune tache.[2]
Comment la Vierge fut nommée
Reine.
La vierge Marie et ses compagnes étaient réunies;
elles étaient
toutes fort habiles à
tisser et à
faire toute sorte de travail grand et noble. Quelques-unes donnèrent
l'avis de jeter au sort la nature de leurs travaux afin qu'il décidât
celle d'entre elles qui serait chargée
de travailler la pourpre et que celle-là
appelée
Reine ; ce qui fut fait. Ainsi, par la grâce
de Dieu, le sort désigna la douce
vierge Marie qui fut ainsi couronnée
et nommée
Reine, ce qui s'accorde bien en la signification qu'elle devait être Reine
du ciel et de la terre,
comme dit la Sainte Écriture.
L'on nous saura gré de rapporter ici au sujet de G. Postel quelques
lignes échappées à la plume si savante et si ingénieuse de M. Nodier,
lignes perdues au bas des colonnes d'un journal qui n'est plus (le
Temps, n° du 29 octobre 1835). « Postel eut l'avantage d'être
instruit dans tous les idiomes savants de la terre; il était
prodigieusement versé dans l'étude de toutes les choses qu'il est
presque bon de savoir et d'une multitude d'autres qu'il aurait été fort
heureux d'ignorer. On peut dire à sa louange que sa phrase serait assez
nette, si ses idées l’étaient jamais. Deux préoccupations qui n'ont
cessé de le dominer, et qui font, pour ainsi dire, l'âme de ses livres
les plus célèbres, enlevèrent ce prodigieux esprit à la culture des
lettres utiles ; la première était la monarchie universelle sous le
règne d'un roi français, rêve ambitieux d'un patriotisme extravagant que
nous avons vu cependant tout près de se réaliser ; le second était
l'achèvement de la Rédemption imparfaite par l'incarnation de
Jésus-Christ dans la femme et à la mysticité près, nous savons que cette
chimère n'a pas été entièrement abandonnée de nos jours. Au dix-neuvième
siècle, Postel eût certainement tenu quelque place éminente dans les
conseils secrets de l'Empereur et dans le conclave Saint Simonien, ce
qui n'empêche pas qu'il y eut en lui un fou fanatique, un fou
fantastique, un fou hyperbolique, un fou proprement, totalement et
compétentement fou, comme parle Rabelais, et ce qui prouve peut-être
qu'il y en avait deux. »
À l'égard de la beauté de la Vierge, nous pourrions citer ici une pièce
de vers du xiie
siècle, dont la singularité est grande et que M. Edelestand du Méril a
publiée dans son important recueil des Poésies populaires latines du
moyen-âge, d'après l’Essai de M. Croke on the
history of rhyming latin verse. Nous nous en tiendrons à rapporter
quelques lignes de ce chant où la naïveté va parfois jusque l'indécence.
Pulcra dorso, pulcra palis
Dentiumque serie!
Pulcra, pulcram aliorum
Formam vincis et olorum
Olorina facie.
Ave, Pulcra fauce, nare,
Cujus nemo curaxare
Potest formam graphicis...