⚠️ Évangile de Thomas
Texte apocryphe — rejeté du canon biblique
LES ÉVANGILES APOCRYPHES
ÉVANGILE DE
THOMAS L'ISRAÉLITE.
Traduction française :
GUSTAVE BRUMET
Oeuvre numérisée par Marc Szwajcer
ÉVANGILE DE THOMAS
L'ISRAÉLITE.
C'est le seul écrit que nous possédions en grec de
ceux, en assez grand nombre, qu'avaient composés au sujet des parents de Jésus
et de sa nativité, des chrétiens mal dégagés des doctrines du judaïsme ou imbus
des erreurs répandues dès les premiers siècles de l'église. Une portion de texte
grec fut publiée pour la première fois et avec une exactitude scrupuleuse par
Cotelier dans ses notes sur les Constitutions apostoliques, il
l'avait trouvée dans un manuscrit du quinzième siècle, à la bibliothèque du roi.
Déjà Richard Simon en avait dit quelque chose.[1]
Fabricius reproduisit le texte et la version de Cotelier, en y joignant quelques
notes. Mingarelli a donné plus tard le travail entier de Fabricius, et il s'est
attaché à le compléter. Voir le douzième volume d'une Raccolta d'opuscoli
scientifici e filologici, imprimée à Venise en 1764.
La bibliothèque impériale de Vienne possède un
autre manuscrit de l’Évangile de Thomas
; d'après le début tel que le rapporte
Lambécius dans ses Comment.
de Bibl. Cœsar.
Vindob. livre VII, il présente,
avec le manuscrit parisien, des différences sensibles.
Se servant d'un manuscrit conservé à Bologne, et
qu'avait fait connaître Mingarelli, profitant d'un autre manuscrit du seizième
siècle que renferme la bibliothèque de Dresde, Thilo a donné un texte bien
supérieur à celui de ses devanciers ; il avoue cependant qu'il n'a pu bien
établir certains passages qu'en recourant à la voie toujours un peu arbitraire
des conjectures, et il regrette de n'avoir point découvert l'existence de
quelque autre manuscrit qu'il aurait pu consulter avec profit.
L'Évangile de Thomas porte les traces d'une
rédaction manichéenne. Origène">Origène dans sa première homélie sur saint Luc, cite
comme ayant une certaine autorité un Évangile
secundum Thomam et juxta Mathiam ;
ce passage a fort occupé les critiques, mais l'on s'accorde en général à y
reconnaître un autre écrit que celui dont le texte nous est parvenu, et dont
l'auteur est entièrement inconnu, texte où se rencontrent des formes de style
qui ne permettent pas de le faire remonter au-delà du cinquième siècle.
Livre de Thomas l'Israélite,
philosophe, sur les choses qu'a faites le Seigneur, encore enfant.
Moi, Thomas, Israélite, je m'adresse à vous tous
qui avez été convertis des erreurs des païens à la foi chrétienne, afin que vous
sachiez les merveilles de l'enfance de Notre Seigneur Jésus-Christ, et ce
qu'il fit après qu'il fut né dans notre pays. Et ceci est le commencement :
L'enfant Jésus étant âgé de cinq ans
(01), jouait sur le bord d'une rivière, et il
recueillit dans de petites fosses les eaux qui coulaient, et aussitôt elles
devinrent pures et elles obéissaient à sa voix. Ayant fait de la boue, il s'en
servit pour façonner douze oiseaux, et c'était un jour de sabbat. Et beaucoup
d'autres enfants étaient là et jouaient avec lui. Un certain juif ayant vu ce
que faisait Jésus, et qu'il jouait le jour du sabbat, alla aussitôt, et dit à
son père Joseph : « Voici que ton fils est au bord de la rivière, et il a
façonné douze oiseaux avec de la boue, et il a profané le sabbat. » Et Joseph
vint à cet endroit, et ayant vu ce que Jésus avait fait, il s'écria : « Pourquoi
as-tu fait, le jour du sabbat, ce qu'il est défendu de faire? » Jésus frappa des
mains et dit aux oiseaux : « Allez. » Et ils s'envolèrent en poussant des cris.
Les Juifs furent saisis d'admiration à la vue de ce miracle, et ils allèrent
raconter ce qu'ils avaient vu faire à Jésus.
Le fils d'Anne le scribe était venu arec Joseph,
et prenant une branche de saule, il fit écouler les eaux que Jésus avait
ramassées. Jésus voyant cela fut irrité et lui dit : « Homme injuste, impie et
insensé, quel tort te faisait cette eau? Tu vas être comme un arbre frappé de
sécheresse et privé de racines, qui ne produit ni feuilles, ni fruit. » Et
aussitôt il se dessécha tout entier. Jésus s'en alla ensuite au logis de Joseph.
Les parents de l'enfant qui s'était desséché le prirent dans leurs bras en
déplorant le malheur qui le frappait dans un âge aussi tendre et ils le
portèrent à Joseph contre lequel ils s'élevaient vivement de ce qu'il avait un
fils qui faisait de semblables choses.
Jésus traversait une autre fois le village, et un
enfant, en courant, lui choqua l'épaule. Et Jésus irrité lui dit : « Tu
n'achèveras pas ton chemin. » Et aussitôt l'enfant tomba et mourut. Des gens
voyant ce qui s'était passé dirent : « D'où est né cet enfant? chacune de ses
paroles se réalise aussitôt. » Et les parents de l'enfant qui était mort
s'approchèrent de Joseph, lui dirent : « Tu as un enfant tel que tu ne peux
habiter le même village que nous, ou bien apprends-lui à bénir et non à maudire,
car il fait périr nos enfants. »
Et Joseph appelant à lui l'enfant, l'admonestait,
disant : « pourquoi fais-tu ces choses-là? on prend de la haine contre nous et
nous serons persécutés. » Jésus répondit : « Je sais que les paroles que tu
viens de prononcer ne sont pas de toi, mais de moi ; je me tairai cependant à
cause de toi, mais eux, ils subiront leur châtiment. » Et aussitôt ses
accusateurs devinrent aveugles, et ceux qui virent cela furent fort épouvantés,
et ils hésitaient, et ils disaient : « Chacune de ses paroles est suivie
d'effet, soit pour le bien, soit pour le mal et amène des miracles. » Et
lorsqu'ils eurent vu que Jésus faisait semblables choses, Joseph se levant, le
prit par l'oreille et le tira avec force (02).
L'enfant fut courroucé et lui dit : « Qu'il te suffise de chercher et de ne pas
trouver; tu as agi en insensé; ne sais-tu pas que je suis à toi? car je suis à
toi pour que tu ne me molestes nullement.
Un maître d'école, nommé Zacchée qui était près
d'eux entendit Jésus parler ainsi à son père, et il s'étonna fort de ce qu'un
enfant s'exprimât ainsi. Et peu de jours après il alla vers Joseph et il lui dit
: « Ton enfant est doué de beaucoup d'intelligence ; confie-le moi afin qu'il
apprenne les lettres, et je lui donnerai en même temps tout genre
d'instructions, lui enseignant surtout à respecter la vieillesse et à aimer les
gens de son âge. » Et il lui enseigna toutes les lettres depuis l'alpha jusqu'à
l'oméga, expliquant nettement et soigneusement la valeur et la signification de
chacune. Et Jésus regardant le maître Zacchée, lui dit : « Toi qui ignores la
nature de la lettre Alpha, comment enseignes-tu aux autres ce que c'est que le
Bêta. Hypocrite, enseigne-nous d'abord, si tu le sais, ce que c'est que la
lettre Alpha et alors nous te croirons quand tu parleras de la lettre Bêta. » Et
il se mit alors à presser le maître de questions sur la première lettre de
l'alphabet et Zacchée ne put donner de réponses satisfaisantes. Et, en présence
de beaucoup d'assistants, l'enfant dit à Zacchée : « Écoute, maître, quelle est
la position du premier caractère, et observe de combien de traits il se compose,
et combien il en renferme d'intérieurs, d'aigus, d'écartés, de rejoints,
d'élevés, de constants, d'homogènes, d'inégale mesure. » Et il lui expliqua les
règles de la lettre A (03).
Lorsque Zacchée entendit l'enfant exposer tant de
choses, il resta confondu de sa science et il dit aux assistants : « Hélas!
malheureux que je suis, je me suis donné un sujet de regret et j'ai attiré sur
moi du déshonneur en attirant cet enfant chez moi; reprends-le, je t'en prie,
mon frère Joseph ; je ne peux soutenir la rigueur de ses raisonnements, et je ne
saurais m'élever jusqu'à ses discours. Cet enfant n'est pas né sur la terre; il
peut avoir de l'empire sur le feu ; il a peut-être été engendré avant que le
monde n'existât; j'ignore quel est le ventre qui l’a porté et quel est le sein
qui l'a nourri; je suis tombé dans une grande erreur; j'ai voulu avoir un
disciple et j'ai trouvé que j'avais un maître ; je vois, mes amis, quelle est
mon humiliation, car moi, qui suis un vieillard, j'ai été vaincu par un enfant,
et mon âme sera abattue, et je mourrai à cause de lui, et dès ce moment, je ne
puis plus le regarder en face. Et quand la voix publique dira que j'ai été
vaincu par un enfant, qu'aurai-je à répondre et comment parlerai-je des règles
et des éléments du premier caractère après tout ce qu'il en a dit? Je ne connais
ni le commencement, ni la fin de cet enfant Je t'en conjure donc, mon frère
Joseph, ramène-le chez toi : il est quelque chose de grand, ou un Dieu, ou un
ange, je ne sais. »
Et comme les Juifs donnaient des conseils à
Zacchée, l'enfant se mit à rire et il dit : « Maintenant que les choses portent
leurs fruits et que les aveugles de cœur voient : je suis venu d'en haut pour
les maudire et pour les appeler à des objets plus élevés, ainsi que m'en a donné
l'ordre celui qui m'a envoyé à cause de vous. » Et lorsqu'il eut finit de
parler, aussitôt tous ceux qui avaient été frappés de sa malédiction furent
guéris. Et, depuis ce temps, personne n'osait provoquer sa colère de peur d'être
maudit de lui et frappé de quelque mal.
Peu de jours après, Jésus jouait sur une terrasse,
au sommet d'une maison, et l'un des enfants qui jouaient avec lui, tomba du haut
du toit et mourut; les autres enfants voyant cela, s'enfuirent, et Jésus
descendit seul. Et lorsque les parents de l'enfant qui était mort furent venus,
ils accusaient Jésus de l'avoir poussé du haut du toit, et ils le chargeaient
d'outrages. Et Jésus descendit du toit et il s'approcha du cadavre de l'enfant,
et il éleva la voix, il dit : « Zénin, (c’était le nom de l'enfant) lève-toi et
dis-moi si c'est moi qui t'ai fait tomber. » Et l'enfant se levant aussitôt,
répondit : « Non, Seigneur, tu n'as point causé ma chute, et bien au contraire,
tu m'as ressuscité. » Et tous les spectateurs furent stupéfaits. Les parents de
l'enfant glorifièrent Dieu à cause du miracle qui s'était opéré et ils adorèrent
Jésus
Quelques jours après un jeune homme était occupé à
fendre du bois, et sa hache lui échappa des mains, et elle lui fit au pied une
profonde blessure, et il mourut ayant perdu tout son sang. Et comme l’on
accourait vers lui et qu'il y avait une grande rumeur, Jésus alla avec les
autres, et se faisant faire place, il traversa la foule, et il mit les mains sur
le pied du jeune homme et aussitôt il fut guéri. Et il dit au jeune homme : «
Lève-toi, fends du bois et souviens-toi de moi. » Et quand la foule eut vu ce
qui s'était passé, tous adorèrent Jésus, en disant : « Vraiment, l'esprit de
Dieu réside en cet enfant. »
CHAPITRE
Lorsqu'il eut l'âge de dix ans, sa mère, lui
donnant une cruche, l'envoya pour puiser de l'eau et pour la rapporter à la
maison, et dans la foule, la cruche s'étant choquée, elle se brisa. Et Jésus
étendit le manteau dont il était revêtu, il le remplit d'eau et le porta à sa
mère. Et sa mère, voyant le miracle qu'il venait de faire, l'embrassa, et elle
conservait dans son cœur le souvenir des merveilles qu'elle le voyait accomplir.
Le temps des semences étant venu, l'enfant Jésus
alla avec son père pour semer du blé dans leur pays, et tandis que Joseph
semait, l'enfant prit un grain de froment et le mit en terre, et ce grain seul
produisit cent choros de blé. Et, ayant réuni tous les indigents du
village, il leur distribua du blé, et Joseph emporta ce qui resta. Et Jésus
avait huit ans lorsqu'il fit ce miracle.
Son père était charpentier et il fabriquait alors,
des jougs et des charrues. Et un homme riche lui commanda de lui faire un lit.
Et comme la règle dont se servait Joseph pour mesurer le bois ne pouvait lui
servir en cette circonstance, l'enfant lui dit: « Place par terre deux pièces de
bois et rends-les égales à partir du milieu. » Joseph fit ce que lui avait
recommandé l'enfant, et Jésus se tenant de l'autre côté, joignit le bois, et il
tira vers lui la pièce qui était la plus courte, et s'allongeant sous sa main,
elle devint égale à l'autre. Et son père Joseph voyant cela, fut dans
l'admiration et il dit, en embrassant l'enfant : « Je suis heureux que le
Seigneur m'ait donné un tel enfant. »
Joseph voyant que l'enfant croissait en âge,
voulut qu'il apprit les lettres, et il le conduisit à un autre maître. Et ce
maître dit à Joseph : « Je lui enseignerai d'abord les lettres grecques et
ensuite les lettres hébraïques. » Le maître connaissait toute l'habileté de
l'enfant et il le redoutait; il écrivit cependant l'alphabet, et quand il voulut
interroger Jésus, Jésus lui dit : « Si tu es vraiment un maître, et si tu as la
connaissance exacte des lettres, dis-moi quelle est la force de la lettre alpha,
et je te dirai quelle est la force de la lettre bêta. » Le maître irrité le
poussa et le frappa à la tête. L'enfant courroucé de ce traitement, le maudit et
aussitôt le maître tomba sans vie sur son visage. Et l'enfant revint au logis de
Joseph, Joseph fut très affligé et il dit à la mère de Jésus : « Ne le laisse
pas franchir la porte de la maison, car tous ceux qui provoquent son courroux
sont frappés de mort. »
Et, quelque temps après, un autre maître, qui
était parent et ami de Joseph, lui dit : « Conduis cet enfant à mon école ;
peut-être je réussirai à lui enseigner les lettres, en usant à son égard de bons
traitements. » Et Joseph lui dit : « Prends-le avec toi, frère, si tu l'oses. »
Et il le prit avec lui avec crainte et regret ; l'enfant allait avec allégresse.
Et entrant avec assurance dans l'école, il trouva un livre qui était par terre,
et le prenant, il ne lisait pas ce qui était écrit; mais ouvrant la bouche,
il parlait d'après l'inspiration de l'Esprit-Saint, et il enseignait la loi
aux assistants. Et une grande foule l'entourait, et tous étaient dans
l'admiration de sa science et de ce qu'un enfant s'exprimait de cette façon.
Joseph, apprenant cela, fut effrayé, et il courut à l'école, craignant que le
maître ne fût sans instruction. Et le maître dit à Joseph : « Tu vois, mon
frère, que j'avais pris cet enfant pour disciple, mais il est plein de grâce et
d'une extrême sagesse; je t'en prie, mon frère, ramène-le dans ta maison. »
Quand l'enfant l'entendit, il sourit, et dit : « Parce que tu as bien parlé, et
comme tu as rendu bon témoignage, celui qui a été frappé, sera guéri à cause de
toi. » Et aussitôt l'autre maître fut guéri. Et Joseph prit l'enfant et il alla
dans sa maison.
Joseph envoya son fils Jacques pour lier du bois
et pour le porter à la maison, et l'enfant Jésus le suivit. Et lorsque Jacques
ramassait des branches d'arbre, une vipère le mordit à la main. Et lorsqu'il
était au moment de périr, Jésus s'approcha, et il souffla sur la morsure, et
aussitôt la douleur cessa, et le reptile creva, et Jacques demeura complètement
guéri.
Par la suite, il advint que l'enfant d'un des
ouvriers de Joseph tomba malade, et il mourut, et sa mère pleurait beaucoup.
Jésus entendit le bruit des sanglots et du deuil, et il se hâta d'accourir, et
lorsqu'il eut trouvé l'enfant mort, il lui toucha la poitrine, et il dit : « Je
te commande, enfant, de ne point mourir; vis et reste avec ta mère. » Et
aussitôt l'enfant se releva et rit. Et Jésus dit à la mère : « Prends-le et
donne-lui du lait, et souviens-toi de moi. » Et quand le peuple qui était là eut
vu ce miracle, il disait : « Cet enfant est vraiment un Dieu ou l'ange de Dieu,
car tout ce qu'il prescrit s'exécute aussitôt. » Et Jésus s'en alla jouer avec
les autres enfants.
Quelque temps après, comme l’on construisait un
édifice, il s'éleva un grand tumulte, et Jésus alla à cet endroit, et voyant un
homme qui gisait sans vie, il lui prit la main et lui dit : « Je te le dis,
homme! lève-toi, et reprends ton ouvrage. » Et aussitôt le mort se leva et
l'adora. Et la foule fut frappée de stupeur, et elle disait : « Vraiment cet
enfant vient du ciel, et il a préservé bien des âmes de la mort et il les
préservera tout le temps de sa vie. »
Lorsque Jésus eût l'âge de douze ans, ses parents
allèrent, suivant l'usage, à Jérusalem pour la fête de Pâques, en compagnie
d'autres personnes, et après la fête ils s'en retournèrent chez eux. Et tandis
qu'ils cheminaient, l'enfant Jésus retourna à Jérusalem, et ses parents
croyaient qu'il était avec ceux qui les accompagnaient Et après avoir fait une
journée de route, ils le cherchèrent parmi leurs parents et ne le trouvèrent pas
; alors ils revinrent à la ville pour le chercher, et le troisième jour ils le
trouvèrent dans le Temple, assis au milieu des docteurs, et les écoutant, et les
interrogeant, et expliquant la loi. Et tous étaient attentifs et s'étonnaient de
ce qu'un enfant embarrassât et pressât de questions les anciens et les maîtres
du peuple, dissertant sur les points de la loi et sur les paraboles des
prophètes. Et sa mère Marie, s'approchant de lui, lui dit : « Pourquoi as-tu agi
ainsi, mon fils? Nous étions dans l'affliction et nous te cherchions. » Et Jésus
lui dit : « Pourquoi me cherchiez-vous? Ne savez-vous pas qu'il faut que je sois
avec ceux qui sont à mon père? » Alors les Scribes et les Pharisiens dirent à
Marie : « Es-tu la mère de cet enfant? » Elle répondit : « Je le suis. » Et ils
lui dirent : « Tu es heureuse parmi toutes les femmes, car Dieu a béni le fruit
de ton ventre ; nous n'avons jamais vu ni entendu tant de gloire, tant de
sagesse et tant de vertu. « Et Jésus se levant, suivit sa mère, et il était
soumis à ses parents. Et sa mère conservait dans son cœur le souvenir de tout ce
qui se passait. Et Jésus croissait en sagesse, en grâce et en âge. A lui gloire
dans tous les siècles Amen.
NOTES.
(01)
Augustin Giorgi, dans son
Alphabetum thibetanum (Rome, 1762, 4°,
p. 385) croit qu'il faut lire sept ans; il se fonde sur ce que l'âge indiqué au
vingt-sixième chapitre de l’Evangile arabe de l’Enfance et sur la
similitude de cette légende avec celle de Manès, dont la septième et la douzième
année sont signalées par des événements remarquables. Ce savant regarde
l'Évangile de Thomas comme une production manichéenne. Tous les manuscrits
portent cinq ans, et nous avons dû conserver cette leçon.
(02)
Chez les anciens, tirer quelqu'un par l'oreille était une façon de réprimande et
d'admonition fort en usage. Virgile a dit dans sa sixième églogue :
Cynthius aurem vellit et admonuit.
Calpulnius et Ovide emploient des expressions analogues. Voir d'ailleurs
Erasme sur le proverbe : Aurem
vellere.
(03)
Il s'agit ici du sens mystique de la lettre A, prise peut-être comme un symbole
divin. Les expressions de notre légende se rapportent bien plus à la forme que
présente en hébreu et surtout en arménien, la première lettre de l'alphabet qu'à
celle qu'elle présente en grec. Il n'est pas hors de propos de transcrire ici un
passage du voyage de Chardin, (t.
ix, p. 124, de l'édition de 1811). « Leurs légendes (celles des chrétiens
répandus dans la Perse), contiennent tous les contes qu'il y a dans les légendes
des chrétiens orientaux et notamment dans une légende arménienne, intitulée
l'Évangile-Enfant (de l'enfance?) qui n'est qu'un tissu de
miracles fabuleux; comme entre autres que Jésus-Christ voyant Joseph fort
affligé d'avoir scié un ais de cèdre trop court, il lui dit : Pourquoi êtes-vous
si affligé? donnez-moi l’ais par un bout et tirez l'autre ; et l'ais s'allongea.
Qu'étant envoyé à l'école pour apprendre l'a b c, le maître lui voulant faire
dire a, il s'arrêta et dit au maître : Apprenez-moi, auparavant, pourquoi la
première lettre de l'alphabet est ainsi faite; sur quoi le maître le traitant de
petit babillard, il répondit : Je ne dirai point a, que vous
me disiez pourquoi la première lettre est ainsi faite. Le maître se
mettant en colère, Jésus lui dit : Je vous
rapprendrai donc moi. La première lettre de l'alphabet est formée de
trois lignes perpendiculaires sur une ligne diamétrale (l’A arménien est ainsi
fait à peu près comme une M renversée) pour nous apprendre que le commencement
de toutes choses est une essence en trois personnes.
Quant au sens mystérieux que les cabalistes se
sont efforcés de trouver à une foule de lettres, de mots de la Bible, ce que
nous connaissons de plus lucide à cet égard, c'est l’Exercitatio
de cabbala que Theod. Hackspannius a
placé à la suite de ses
Miscellaneorum sacrorum libri duo,
(Altdorphii, 1660, 8°, p. 282 et 519). Pour donner une idée de ces
combinaisons puériles, nous ferons remarquer que le serpent d'airain est regardé
comme l'emblème du Messie, parce que les lettres des mots narrasch
(serpent), et machiach (messie), prises dans leur valeur numérique,
donnent le même chiffre, 358. On a remarqué que le mot berith (alliance,
pacte) employé dans Jérémie (ch. 33, v. 25), donne la somme de 612, tout comme
en hébreu le nom de Jésus et de Marie. On forme des mots avec les lettres
majuscules d'une phrase entière, on en forme avec les premières lettres de
chaque mot, l'anagramme multiplie ces combinaisons à l'infini, mais cette cabale
qui cherche un sens mystique tout autre que le sens littéral, qui se perd dans
ces permutations, ces combinaisons et ces calculs sur la valeur numérique des
lettres de l'alphabet, est rejetée par les plus éclairés des docteurs hébreux;
ceux-ci entendent par cabale une théosophie mystique, une philosophie
spéculative : deux systèmes règnent dans cette cabale ; l'un a pris son origine
lors de la captivité de Babylone ; les dogmes de Moïse s'y sont mêlés avec les
croyances des Chaldéens et des Perses ; on y trouve la métempsycose, les génies
des deux sexes, tenant le milieu entre l'ange et l'homme, etc. ; le second
système, plus métaphysique, transaction entre le monothéisme de Moïse et le
panthéisme des philosophes grecs, a pris naissance dans l'école d'Alexandrie ;
c'est une branche des doctrines gnostiques. On peut consulter d'ailleurs un
article curieux de M. Munck, dans le Dictionnaire de la Conversation,
et le travail important que M. Frank a publié en 1843. Il avait déjà été
inséré en partie dans les Mémoires de l'Institut (Académie des Sciences mor. et
polit. — Savants étrangers, t i,
p. 195-348). Nous indiquerons aussi à des lecteur» intrépides : Reachlin,
de arte cabalistica,
Haguenae,
1517, f°; Gaffarel, Abdita
divinœ cabalœ mysteria, Paris,
1623, 4° ; le recueil de Pistorius,
Artis cabalisticae scriptores,
Bale, 1587 f°; les quatre in-quarto qu'a compilés Knorr de Rosenroth,
Cabala denudata,
1677-1684; de la Nauze, Mémoires
sur l'antiquité et sur l’origine de la cabale,
(Mém. de l'Acad. des inscript., t. ix,
p. 37, ). L'érudition allemande nous offre les écrits de Kleuker (sur
l’origine et la nature de la doctrine de l’émanation
chez tes cabalistes, Riga, 1786,
8°) de L. Béer (Histoire et doctrines de toutes les sectes du judaïsme
et de la cabale, Brunn, 1822, 2
vol. 8°), de A. Tholuck (de
ortu cabalœ,
Hamburghi,
1836-37, 2 part. 4°) ; de Freystadt, (Philosophia
cabalistica et
Pantheismus,
Regiomont. 1832, 8°). Voyez aussi Schramm :
Introductio in dialect.
Cabalœorum.
Helmst. 1732, 8°. On trouve des
exemples de cette importance attachée aux lettres à des époques plus récentes
que notre ère. — Le musée britannique possède un manuscrit copte, encore inédit
; c'est l'œuvre d'un prêtre nommé Atasius. Cet écrivain donnant un sens mystique
à la forme et à l'arrangement des lettres de l'alphabet grec, s'en sert comme
d'une base où il appuie ses théories sur Dieu, l'âme humaine, l'origine du bien
et du mal. Ajoutons enfin que le Sepher lecirah (ou livre de la
Création), l'une des productions les plus anciennes et les plus
remarquables de la Kabale, (voir le Dictionnaire des Sciences.
Philosophiques, tome iii,
p. 383), veut montrer dans les éléments de la parole, dans les matériaux
indispensables du discours représentés par les vingt-deux lettres de l'alphabet
hébreu, les mêmes rapports, les mêmes harmonies, les mêmes contrastes qui
marquent le plan de la création. Ces
vingt-deux lettres, combinées avec les dix premiers nombres, forment les
trente-deux voix merveilleuses de la sagesse par lesquelles Dieu a formé
le monde. Regardant la création comme un acte d'amour, une
bénédiction,
les Kabbalistes nous disent, comme un fait très significatif, que la lettre
par laquelle Moïse a commencé le récit de la Genèse entre la première
aussi dans le mot qui en hébreu signifie bénir.
Ce laborieux et hardi critique s'exprime ainsi dans ses Nouvelles
observations sur te texte du Nouv. Test. « Je mets au
nombre de ce « faux Évangile » un de ceux attribués à saint Thomas dont
j'ai trouvé un assez long fragment à la Bibliothèque du roi ; quoique ce
manuscrit ne soit pas vieux, on ne peut douter cependant que cette pièce
ne soit ancienne et qu'elle n'ait été fabriquée par quelques gnostiques.
Il paraît qu'il avait existé également un Evangile attribué à saint
Thomas l'apôtre, mais il n'en est rien parvenu jusqu'à nous. » Ce n'est
pas ici le lieu d'examiner sur quels fondements repose la tradition qui
fait de cet apôtre le premier missionnaire qui ait prêché la foi dans
les Indes. On trouvera de nombreux témoignages recueillis à cet égard
dans l'ouvrage de MM. Martin et Cahier sur les vitraux de la cathédrale
de Bourges (1841-44, grand in folio p. 134).