⚠️ Évangile de Nicodème

Texte apocryphe — rejeté du canon biblique

⚠️ Rappel : Ce texte n'est pas inspiré. Présenté pour étude et réfutation. Consultez les fiches de réfutation dans Études.
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LES ÉVANGILES APOCRYPHES

ÉVANGILE

DE NICODEME.

Traduction française :

GUSTAVE BRUMET

Oeuvre numérisée par Marc Szwajcer

ÉVANGILE

NICODÈME.

PRÉFACE.

Les Actes de Pilate ont joui

dans les premiers temps de l'Église d'une grande autorité ; St Justin,

Tertullien">Tertullien, Eusèbe et bien d'autres écrivains ecclésiastiques s'appuient de leur

témoignage. Ce que ces divers auteurs rapportent comme se trouvant dans ces

Actes se rencontre aussi dans la composition connue sous le nom d’Evangile

de Nicodème,

et qui se compose de deux parties bien distinctes ; la première s'étend jusqu'au

seizième chapitre ; elle donne le récit de la condamnation, de la passion, de la

sépulture et de la résurrection de Jésus-Christ, récit compilé d'après les

Évangélistes, d'après les Actes de Pilate et grossi de

quelques fables ; la seconde partie, chapitre 17 à 27, renferme le récit si

remarquable des fils de Siméon, Carinus et Leucius, rappelés à la vie et

racontant la descente de Jésus-Christ aux enfers et ce qui se passa dors entre

les puissances de l'abîme, les patriarches et le Sauveur.

Cette légende est sans nul doute l'œuvre d'un

écrivain de race juive qui voulait opposer à l'incrédulité des sectateurs de

Moïse, le témoignage des contemporains de Jésus-Christ ; il est probable qu'il

vivait au cinquième siècle, mais à cet égard, comme à celui de la langue dont il

fit usage, on en est réduit à des conjectures plus ou moins hasardées. A

l'exception d'un compilateur obscur que cite Léon Allatius,

(De libris eccles.

Grœc.

p. 235), les auteurs grecs ne font nulle part mention de l'Évangile de Nicodème

; par contre, nous le voyons de bonne heure goûté et répandu dans tout

l'occident Grégoire de Tours est le premier qui en ait fait usage ; dans son

Histoire des Francs, liv. 1, ch. 21 et 24, il l'analyse en

détail ; Vincent de Beauvais, Jacques de Voragine et une foule d'autres

écrivains du moyen-âge, ont maintes et maintes fois recouru à cet écrit dont

l'autorité n'est jamais suspecte à leurs yeux.

Remarquons aussi que la légende telle que la

donne la seconde partie de l'Évangile en question, a été connue d'un grand

nombre de docteurs de l’une et de l'autre église. Un auteur grec, Eusèbe

d'Alexandrie, dans un discours publié pour la première fois par Augusti, la

paraphrase avec énergie ; elle ne renferme guère une seule phrase que l'on ne

pût mettre en regard de citations multipliées prises chez maint écrivain des

premiers siècles. Thilo a discuté tous ces rapprochements dans un commentaire

étendu que nous avons dû laisser de côté, notre intention étant d'écarter de

notre travail tout ce qui ressemblerait à une discussion théologique.

Nous mentionnerons comme offrant des recherches

de philologie assez étendues les travaux de W. H. Brunn,

Disquisitio

hist. crit. de indole,

aetate

et usu libri apocr. vulgo inscrip.

Evang. Nicod. (Berlin, 1784. 8°), et ceux de Staudlip, (Gotting.

Dibl. der neuest. theol. liter. 1, 762, et

Nürnberg

litt. Zeit. 1794, n° 94, p. 745).

Ces divers ouvrages se rencontrent assez difficilement en France,

mais on peut y suppléer en recourant à celui que nous allons indiquer.

Un écrivain dont les travaux déjà assez nombreux

(1) témoignent d'une

érudition solide et d'un goût bien rare pour des recherches sérieuses, M. Alfred

Maury, a récemment inséré dans la Revue de philologie,

de littérature

et d'histoire ancienne,

tom. II, n° 5, p. 428 à 442, une dissertation sur la date de l'Évangile de

Nicodème et sur les circonstances auxquelles on peut attribuer la rédaction de

cet ouvrage. Indiquons succinctement à quelles conséquences l'examen des textes

amène M. Maury.

Le nom d'Amanias ou plutôt d'Emmaïas que l'auteur

se donne parait être le nom grécisé de Heneb. Cet auteur prétend avoir

travaillé d'après un original hébreu, mais ce qui montre qu'il a suivi des

écrits latins, c'est qu'il a intercalé, dans sa version grecque, des mots latins

qu'il a seulement transcrits en caractères helléniques. Parmi les noms donnés

aux prosélytes qui s'annoncent comme Juifs de nation, on trouve des noms latins

que jamais n'ont portés des Israélites. En somme, la rédaction de la première

partie de l'Évangile de Nicodème ne semble pas remonter bien au-delà du

cinquième siècle. L'auteur se présente comme un Juif converti ; s'il dit vrai,

il était peu instruit dans sa langue, et, loin d'avoir travaillé d'après un

texte hébreu, il n'a fait qu'une compilation où des détails empruntés à un

apocryphe latin ou du moins à des légendes latines plus anciennes sont mêlés à

des faits racontés dans les Évangiles Canoniques.

La seconde partie ne paraît point, Comme l'ont

pensé quelques critiques, une œuvre distincte de la première, avec laquelle une

main plus moderne l'aurait raccordée. La ressemblance du style, la liaison des

idées, indiqué un seul et même auteur.

« Quant au fond du récit de la descente de

Jésus-Christ aux enfers, il est évidemment puisé chez les auteurs chrétiens des

troisième et quatrième siècles. En parcourant les ouvrages des Pères de cette

époque, on retrouve le même langage, les mêmes figures oratoires ; seulement

dans le pseudo-évangile le tableau s'est agrandi ; il a pris des proportions

plus fortes, et le côté allégorique a fait place à l'interprétation littérale. »

À l'appui de cette assertion, M. Maury met à côté de divers passages de l’écrit

qui nous occupe, de nombreuses Citations empruntées aux écrits de saint Cyrille

de Jérusalem, de saint Jean Chrysostôme, de Firmicus Maternus, d'Origène">Origène, de

saint Hippolyte, etc. Il montre que l'idée de presque tous les faits présentés

dans la relation des prétendus fils de Siméon sont puisés chez les auteurs

ecclésiastiques des troisième, quatrième et cinquième siècles, circonstance qui

montre que cette composition est l'œuvre d'un Juif converti, ou du moins d'un

chrétien imbu de croyances judaïques qui vivait à peu près de l'an 405 à 410 et

qui s'est proposé de combattre indirectement l'opinion d'Apollinaire ; cet

évêque de Laodicée, a la fin du quatrième siècle, rejeta le dogme de la descente

aux enfers, dogme qui contrariait la doctrine qu'Apollinaire exposait au sujet

de l'incarnation, il fut le chef d'une secte qui ne tarda pas à s'éteindre.

M. Maury remarque que les monuments figurés

montrent que l'art chrétien emprunta ses sujets à l’Evangile de

Nicodème.

Il cite des diptyques publiés par Gori, (Thesaurus veter.

Diptych. tom. I, pl. 14, 30 et 51), qui représentent le Christ se penchant

vers le fond de l'enfer représenté par un autre et en tirant par la main un des

Saints qui s'élancent vers lui, ou bien foulant aux pieds le démon et allant

délivrer les justes. Ailleurs, il marche sur les portes de l'enfer et délivre

divers personnages dans lesquels on peut reconnaître Adam, Eve et le bon larron.

Des sujets analogues se retrouvent dans l’Histoire de l’art

par Seroux d'Agincourt, (peinture, pl. 52 et 69).

Ce serait une longue tâche que de vouloir

entreprendre l'histoire littéraire d'une composition aussi célèbre durant des

siècles, aussi répandue que l'Évangile de Nicodème. Bornons-nous à en offrir une

esquisse.

Le texte grec se trouve, très défiguré par

l'impéritie des copistes, dans quatre manuscrits conservés à la bibliothèque du

Roi ; Thilo les a collationnés avec un soin scrupuleux et il s'est aidé des

diverses leçons qu'ils présentent pour arriver à présenter le sens le plus

naturel. Il s'est également servi de deux manuscrits grecs de la bibliothèque de

Munich, l'un et l'autre incomplets, mais qui lui ont fourni de bonnes variantes

d'un manuscrit du Vatican, déjà publié par Birch, (Auctuar.

p. 109 et 151), et d'un manuscrit de Venise où nous apprenons qu'à des époques

peu éloignées, l'Évangile de Nicodème se lisait dans les églises grecques, non

comme faisant partie de l'Écriture-Sainte, mais comme légende édifiante et digne

de foi, comme l'œuvre d'un auteur respectable.

Quant au texte latin, Thilo a donné celui d'un

manuscrit fort ancien de la bibliothèque du couvent d'Einseidlin, manuscrit qui

paraît antérieur au dixième siècle et dont il a confronté les leçons nouvelles

avec un grand nombre de manuscrits dispersés à Halle, à Rome, à Copenhague, à

Paris ; la bibliothèque royale en contient dix-huit (2)

; le savant allemand en a collationné six en entier ; aucun ne lui a fourni un

texte préférable à celui que donne le

Codex

Einsidlensis.

Une multitude d'autres copies sont éparses dans toutes les grandes bibliothèques

; l'ancien catalogue de la Bodléienne à Oxford en indique treize, mais aucun

d'eux n'offre rien de nouveau.

C'est à l'Évangile de Nicodème qu'est due

l'introduction dans les traditions armoricaines et dans les romans de la

Table-Ronde du mythe célèbre du St-Graal, de ce vase sacré dans lequel Joseph

d'Arimathie avait recueilli le sang précieux de son maître.

Le roman de l'enchanteur Merlin semble de son

côté s'annoncer comme une suite de la seconde portion de l'Évangile dont nous

parlons. Voici le début en prose de cette composition si populaire au moyen-âge.

Molt fu iriés li anemis quant nostres sires ot estet en infer, et il en ot gité

Eve et Adam et des autres tant com lui plot, et quant li deables virent ce, si

en orent malt grant paour, et mult lor vint à grant mervelle, si s'assamblèrent

luit et disent : Qui est cil bons qui ci nous a esforchiés,

etc. »

Dès son début l'imprimerie se hâta de répandre

une légende qui avait donné tant d'ouvrage aux copistes. Les bibliographes en

ont enregistré trois éditions latines, exécutées en Allemagne avant 1500 ; il en

existe d'autres de Leipzig, 1516 ; Venise, 1522 ; Anvers, 1528 ; Paris, 1545. Le

texte de ces diverses éditions présente des différences qu'il serait fort

inutile de discuter ; nous dirons seulement que le plus mauvais de tous les

textes est celui de l'édition de Fabricius ; il n'a été revu sur aucun manuscrit

; il paraît avoir été formé un peu à la hâte, d'après la confrontation de deux

ou trois des anciennes éditions, sans que rien indique celles que l'éditeur a

eues sous les yeux. Birch et Schmid ont donné, sans rien y changer, le texte de

Fabricius, Jones a fait usage de celui que présente le recueil de Grynœus (Monumenta

S. S. Patrum,

1569), en y introduisant quelques corrections. Il n'est plus permis dorénavant

de citer un autre texte que celui de l'édition de Thilo.

Les diverses nations de l'Europe s'empressèrent

de s'approprier un ouvrage qui répondait si bien aux croyances de l'époque. Les

versions de l'Évangile de Nicodème se multiplièrent rapidement et c'est un fait

qu'il ne sera pas permis de négliger lorsque l'on voudra écrire l'histoire de la

traduction au moyen-âge, travail curieux et bien propre à faire connaître le

mouvement intellectuel dit monde civilité pendant quatre siècles.

Cette légende paraît surtout avoir joui d'une

grande faveur en Angleterre ; de nombreuses traductions restées manuscrites,

sont répandues dans les bibliothèques des Trois-Royaumes ; l'hérésiarque Wiclef

fut du nombre de ces translateurs. De 1507 à 1532, l’on en connaît sept éditions

imprimées à Londres chez Julien Notary, chez Winkin de Worde, chez J. Scott, et

il existe aussi deux éditions sans date, dont l’une fut exécutée à Rouen, chez

J. Gousturier ; ce n'est pas le seul ouvrage publié alors en Normandie pour

l'usage des lecteurs britanniques (3).

En 1767, une ancienne traduction anglaise parut à

Londres, chez Joseph Wilsond qui rajeunit l'orthographe, mais qui ne s'expliqua

point sur l'origine de la légende qu'il publiait. Elle offre un récit qui

s'écarte en maint endroit du texte latin tel que le donne Thilo ; elle renferme

des traits fabuleux et des détails singuliers qui paraissent avoir été ajoutés

après coup. Nous en rapporterons le prologue :

« Il arriva dans la dix-neuvième année du règne

de Tibère César, empereur de Rome, et sous le règne d'Hérode qui était roi de

Galilée, la quatrième année du fils de Velom qui était conseiller de Rome comme

Olympias l'avait été deux cent deux ans auparavant, Alors Joseph et Anne étaient

élevés eu seigneurie au-dessus des juges, des magistrats, des mages et de tous

les Juifs. Nicodème, qui était un digne prince » écrivit cette histoire en

hébreu, et Théodose, l'empereur, la fit traduire de l'hébreu en latin, et

l'évêque Turpin la traduisit du latin eu français, et s'ensuit cette

bienheureuse histoire, appelée l'Évangile de Nicodème. »

Dans aucun des manuscrits latins «il n'est à ce

que nous voyons fait mention de Turpin, devenu si fameux au moyen-âge, comme le

fidèle compagnon de Charlemagne et comme son historiographe.

Dans un recueil d'ouvrages anglo-saxons que Ed.

Thwaites mit au jour à Oxford en 1698, l'on trouve une version de l'Évangile de

Nicodème, faite sur un texte latin tel que le présentent, avec peu de

différences, tant de manuscrits.

Une traduction française d'une portion de cette

légende, se rencontre dans un roman de chevalerie, où l'on n'irait pas la

chercher, dans l’Histoire du roi Perceforest,

publiée à Paris, en 1528, en 3 volumes in-folio, réimprimée dans la même ville

en 1531-1532. C'est au 66e chapitre du 6e livre (feuillet

121 du 6e volume de la 1ère édition ; feuillet 107 du tome

3 de la 2e), que se trouve l'extrait eu question. Ce chapitre est

intitulé : Comment le roy Arfaran sen alla

en lysle de vie, publier la foy

catholicque et racompter

au long la passion et

résurrection

de Jésus-Christ

au roy Gadiffer Descosse et au roy

Perceforest

Dangleterre, à

la sage royne et aux

autres, et du contenu des lettres

que Pylate escrypuit

à Claudius

empereur de Romme. Le prêtre Nataël qui a eu pour maître

Joseph d’Alarimathie et qui accompagne le roi Arfaran, lit devant une

réunion choisie où se distinguent plusieurs têtes couronnées, la

benoyste passion tout ainsi que Nicomedus

la fist escrypre

mot à

mot,

laquelle passion « ajouta-t-il : » jay

moy escrypte de ma propre main, mal

volontiers yrois sans lavoir.

Il sortit en 1497, des presses de J. Trepperel,

un écrit intitulé : Passion de N.-S.-Jésus-Christ,

faicte et traitée

par le bon maistre Gamaliel et

Nicodemus son neveu,

et le bon chevalier Joseph Dabrimatie

translatée

du latin en françois.

Ce volume est orné de figurés en bois, assez jolies.

C'est un in-4° de 58 feuillets non chiffrés et

dont le dernier, signé L iii, est suivi de trois feuillets non signés. Le titre

du livre est ainsi conçu : « A loneur de Nostre-Seigneur-Ihesucrist a este

translatée de latin en françoys la benoiste passion et résurrection par le bon

maistre Gamaliel et Nichodemus son nepueu et le bon cheualier Ioseph

Dabarimathie disciples de Ihesucrist laquelle sensuyt.

On lit au verso du premier feuillet :

« Cy commence la mort et passion de Ihesucrist

laquelle fuct faicte et traitée par le bon maistre Gamaliel et Nicodemus son

nepueu et le bon cheualier Ioseph Dabrimathie, disciples secrets de

Notre-Seigneur.

» En celluy temps que Ihesucrist prit mort et

passion en la cite de Hierusalem soubz la main de Ponce-Pylate qui estoit

senechal de Hierusalem pour Iulius César, empereur de Romme, et auoit son lieu

en Hierusalem et en Cesarie partout icelluy regne, et auoit Pylate auec soy ung

gentilhomme cheualier (2e feuillet recto) qui auoit nom Nicodemus,

lequel auoit cent cheualiers soubz soy qui estoient aux gages de l'empereur pour

garder la cité d'Ihlz, pour conseiller et ayder à Pylate ; aussi estoit ung

maistre à Hierusalem qui lisoit les loys de Moyse qui auoit nom Gamaliel, qui

estoit moult sage et Pylate et les outres Iuifs croioient fort son conseil et

estoit oncle de Nicodemus et aussi auoit là ung prudhomme qui auoit nom Ioseph

Dabarimatie qui estoit né naturellement à Barimathie, et estoit Iuif et disciple

de Ihesucrist secretement, car il ne osoit faire semblant pour doubte des Iuifz.

Mais segretement il escoutoit les paroles de Ihesucrist et estoit à ses sermons,

uoulentiers aloit là où il sçauoit les amys de Ihesucrist et quant Pilate auoit

riens afaires, il mandoit Gamaliel, Nichodemus et Ioseph et tout ce qu'ilz lui

conseilloit, il faisoit. »

Rapportons une circonstance relatée au feuillet E

ii :

« Comme après que Ihesucrist fut trespasse Annas

et Cayphas allèrent autour de la croix veoir si estoit mort. Et tantost Annas et

Cayphas et plusieurs aultres des Iuifz allèrent enuiron la croix pour veoir si

Ihesucrist estoit mort et les aultres non, et Cayphas dist à Centurion quil lui

faillit percer le costé dune lance et Centurion dist que riens nen feroit pour

tout le monde, car il auoit veu les plus grands merueilles que onques ne vit ne

ouyt dire pour mort de nul homme, et tantost ung Iuif qui auoit nom Longis et

estoit aueugle et si estoit un gentilhomme de Romme qui le prit par la main et

lu y dist : Veulx-tu recouruer la veue ; oui, dist-il, sil se peult faire, et le

Iuifz print une longue lance et fist toucher le fer de la lance au coste de

Ihesucrist et lui dist quil boutast fort, et tantost en yssit sang et eaue

meslee et descendit du long de la lance iusques aux mains de ce Longis et il en

toucha ses yeulx, or tantost après quil eut touché à ses yeulx, il vit clerement

et tous ceulx qui uirent le miracle cheurent par terre et disoient que mal leur

estoit pris, car ils auoient liure à mort Ihesucrist, et Ioseph Dabrimathie

prist ung vaisseau là où il retint le sang de Ihesucrist et retint la lance et

la mist en la cite de Hierusalem. »

L'extrême rareté de ce livre nous fera pardonner

les détails dans lesquels nous sommes entrés à son égard.

N'oublions pas un autre ouvrage du même genre :

La vie de Jesu-Crists — La mort et passion de

Iesucrist, laquelle fut composée par les bons et expers-maîtres, Nicodemus et

Joseph d'Arimathie. — La destruction de Hierusalem et vengeance de nostre

Saulveur et Rédempteur Jésus-Christ, faicte par Vespasien et Titus son fils.

Lyon. J. de Chandeney, 1510. 4°. La première des trois parties dont ce compose

ce volume, est mêlée de vers et de prose ; elle se compose de 37 feuillets ; la

seconde partie a 32 feuillets et la troisième 16.

En Italien, indépendamment de l'extrait qu'en

donna d'après le français et de seconde main

dilettevole hxstoria

del valorossissimo Parsafaresto Re della

gran Bretagna (Venise,

1558, 6 vol. 8°), l'Évangile de Nicodème trouva divers traducteurs dont les

travaux sont demeurés inédits. Lami

indique comme se trouvant à la bibliothèque Riccardiana un Evangelio

di Nicodemo Cotai. 1156, (p. 181) et Nicodeme

Narrazione della reswrezione di Christo.

D'après Lami qui en parle dans son

savant ouvrage de

cruditione Apostolorum

(Florent. 1738, p. 181), le premier

de ces manuscrits est une paraphrase plutôt qu'une traduction fidèle. Un

manuscrit du Vatican (5420), contient une histoire de la passion de Jésus-Christ

écrite en Italien par un Juif converti, du nom d'Isaac, et des emprunts

considérables faits à la légende de Nicodème s'y font remarquer.

Nous ne connaissons pas de version espagnole,

mais en allemand il en existe de nombreuses, restées inédites et toutes plus ou

moins chargées d'Interpolations, L'on connaît six éditions imprimées séparément

; deux sont sans date, elles appartiennent au quinzième siècle ; les autres

virent le jour en 1555, 1616, 1676 et 1684, Aucune n'offre de particularités

dignes de remarque. Un livret en langue hollandaise sorti en 1671 des presses de

Rotterdam» est intitulé : T’Wonderlyck Evangelium van

Nicodemus,

On n'a trouvé encore aucune traduction complète

de l'Évangile de Nicodème dans quelques-unes des langues de l'Orient, mais la

trace des récits qu'il renferme se rencontre dans divers auteurs syriens ou

coptes ; Assemani dans sa Bibliotheca

Orientalis,

(Rome, 1719-28, 4 vol. fº) et Zoëga dans un ouvrage que nous allons avoir

occasion de citer, en ont fait mention ; des légendes puisées à la même source

se montrent aussi dans divers manuscrits arméniens et arabes de la bibliothèque

du Roi et de celle du Vatican. Nous donnerons ici la traduction du début d'une

de ces relations arabes telle que l'illustre Silvestre de Sacy la fait passer en

latin ; c'est celle du manuscrit n° 160 de la Bibliothèque du Roi.

Au nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit, un

seul Dieu ; le martyre de Pilate ; sermon qu'a composé notre Père saint, digne

de toute vénération, l'abbé Hériaque, évêque de Balmessa, sur la résurrection de

Notre-Seigneur-Jésus-Christ d'entre les morts et sur les tourments qu'il a

soufferts dans la ville de Jérusalem, lorsqu'il fut crucifié, sous Ponce-Pilate.

Lorsque Notre-Seigneur, Dieu et Sauveur, eut été crucifié, les vénérables

princes Joseph et Nicodème, le descendirent de la croix et le placèrent dans un

sépulcre neuf. La vierge Marie pleurait et désirait aller au sépulcre de son

fils ; mais elle ne pouvait le faire à cause de la peur qu'inspiraient les

Juifs, c'était le jour du Sabbat qui vient après la sixième fête et, ce jour-là,

personne ne pouvait sortir ni se livrera quelque occupation que ce fût. Le matin

de la première fête, la vierge Marie prit avec elle d'autres femmes et elle

emporta des parfums pour oindre le sépulcre. Marie devança les autres femmes et

elle vint au sépulcre avant que les ténèbres de la nuit fussent dissipées, et

elle vit que la pierre qui fermait la porte du tombeau avait été ôtée. Et

lorsqu'elle était frappée d'étonnement, elle vit deux Anges vêtus de blanc,

assis l'un à la tête, l'autre aux pieds de l'endroit où avait été posé le corps

de Jésus, et ils lui dirent : «Femme, pourquoi pleures-tu ? » Elle répondit : «

Parce qu'ils ont enlevé le corps de mon Seigneur et je ne sais où ils l'ont mis.

» Et se retournant, elle vit Jésus qui lui dit : « Femme, quel est le motif qui

te fait verser des larmes et pourquoi pleures-tu ? etc. »

Dans la suite de son discours, l'écrivain

oriental dit que tout ce qu'il raconte a été écrit par Gamaliel et Anne

(Ananie), hommes pieux et doctes qui étaient avec Joseph et Nicodème et qui

furent témoins de la passion ; il ajoute que Pilate obtint la palme du martyre,

car il embrassa la foi de celui qu'il avait condamné, et Hérode, l'ayant envoyé

à Rome, il y eut la tête tranchée.

M. Dulaurier, dans un écrit que nous avons déjà

cité, a traduit un fragment des Actes de saint

André

de saint Paul, inséré par Zoëga dans son

Catalogus

codicum copticorum qui in museo Borgiano

adservantur (Romae,

1810, folio).

Saint Paul raconte qu'ayant pénétré dans le sein

de l'abîme, il a vu le lieu où résident les âmes.

« Le Sauveur est descendu dans l'Amentès ; il en

a retiré toutes les âmes qui s'y trouvaient, il l'a rendu désert ; les gardiens

de l'Amentès pleurèrent sur le Diable en ces termes : Tu te glorifiais d'être

Roi ; tu disais : c'est moi seul qui le suis. Nous voyons bien maintenant que

c'est faux, car celui qui est ton Roi est venu ici et en a ramené toutes les

âmes qui étaient soumises à ton pouvoir. — Alors le Diable s'adressant aux

légions infernales : O vous puissances de mon empire, leur dit-il, qui pensez

qu'un autre l'emporte sur nous, parce qu'il est descendu en ces lieux, ne nous

reste-t-il pas une âme qu'il n'a pu délivrer ?…. Écoute-moi (ô mon frère André),

je te dirai que j'ai vu les rues de l'Amentès désertes, personne ne les habitait

et les portes que le Seigneur avait brisées étaient en morceaux. Tu vois ce

fragment de bois qui est dans mes mains et que j'ai rapporté avec moi ; il

fermait le seuil des portes que le Seigneur à détruites.

Moi, Émée Hébreu, qui étais docteur de la Loi

chez les Hébreux, étudiant les Divines Écritures ; m'appliquant dans la Foi, aux

grandeurs des Écritures de Notre-Seigneur Jésus-Christ, revêtu de la dignité du

saint Baptême, et recherchant les choses qui se sont passées et qu'ont faites

les Juifs sons le gouvernement de Ponce-Pilate ; trouvant le récit de ces faits

écrits en lettres hébraïques par Nicodème, je l'ai interprété en lettres

grecques, pour le porter à la connaissance de tous ceux qui adorent le nom de

Notre-Seigneur Jésus-Christ, et je l'ai fait sous l'empire de Flavius Théodose,

la dix-huitième année et sous Valentinien Auguste, Vous tous, qui lisez ces

choses dans les livres grecs ou latins, je vous prie de daigner intercéder pour

moi, pauvre pécheur, afin que Dieu me soit propice et qu'il me remette tous les

péchés que j'ai commis. Que la paix soit aux lecteurs, le salut à ceux qui

entendront. C'est la fin de la préface.

Ceci arriva dans la dix-huitième année de

l'empire de Tibère, César, empereur des Romains, et d'Hérode, fils d'Hérode,

empereur de Galilée, l'an dix-huitième de sa domination, le huit des calendes

d'avril, qui est le vingt-cinquième jour du mois de mars sous

le consulat de Rufin et de Rubelius ; la quatrième année de la deux-cent

deuxième olympiade lorsque Joseph et Caïphe étaient grands-prêtres des Juifs ;

et Nicodème écrivit alors en lettres hébraïques, le récit de tout ce qui s'était

passé lors du Crucifiement du Seigneur et après sa Passion

(4),

chapitRe Ier.

Anne, Caïphe, Summus, Dathan et Gamaliel, Judas,

Lévi, Nephtali, Alexandre, Syrus et les autres princes des Juifs, vinrent à

Pilate contre Jésus, l'accusant de beaucoup d'actions mauvaises et disant : Nous

le connaissons pour le fils de Joseph le charpentier, et pour être né de Marie,

et il dit qu'il est Roi et Fils de Dieu ; non seulement cela, mais il viole le

Sabbat, il veut détruire la loi de nos pères. Pilate dit : Quelles sont les

mauvaises actions qu'il commet ? Les Juifs répondirent : « Nous avons pour loi

de ne guérir personne le jour du Sabbat ; celui-ci a malicieusement guéri le

jour du Sabbat, des boiteux et des sourds, des impotents et des paralytiques,

des aveugles, des lépreux et des démoniaques. » Pilate leur dit : « Comment

t'a-t-il fait malicieusement ? » Et les Juifs lui répondirent : « C'est un

magicien (5) ; et

c'est au nom de Bélzébub prince des démons, qu'il chasse les démons et que

toutes choses lui sont soumises. » Pilate dit : « Ce n'est pas l'effet d'un

esprit immonde, mais celui de la puissance de Dieu, de chasser les démons. » Les

Juifs dirent à Pilate : « Nous prions ta Grandeur d'ordonner qu'il comparaisse

devant un tribunal, afin que tu l'entendes. » Pilate, appelant un messager, lui

dit : « Que Jésus soit amené ici et traité avec douceur. » Le messager s'en

alla, et trouvant Jésus, il l'adora, et étendit par terre le manteau qu'il

portait, disant : « Seigneur, entre en marchant là-dessus, car le gouverneur

t'appelle ! » Les Juifs, voyant ce qu'avait fait le messager, dirent à Pilate

avec de grandes clameurs : « Pourquoi ne lui as-tu pas fait donner, par la voix

d'un héraut, l'ordre d'entrer au lieu délai envoyer un messager. Car le messager

le voyant l'a adoré et il a étendu par terre devant lui le manteau qu'il portait

à la main (6) et il

lui a dit : « Seigneur le gouverneur te mande. » Pilate, appelant à lui le

messager, lui dit : « Pourquoi as-tu agi ainsi ? » Le messager dit : « Lorsque

tu m'as envoyé de Jérusalem auprès d'Alexandre, j'ai vu Jésus assis sur un âne

et les enfants des Hébreux, tenant des rameaux dans leurs mains, criaient : «

Salut, fils de David ; «d'autres étendaient leurs vêtements sur son chemin, en

disant. « Salut à celui qui est dans les Cieux ; béni celui qui vient au nom du

Seigneur ! » Les Juifs répondirent au messager en criant : « Ces enfants des

Hébreux s'exprimaient en hébreu ; comment, toi qui es grec, as-tu compris des

paroles dites en hébreu ? » Le messager répondit : J'ai interrogé un des Juifs

et lui ai dit : Qu'est-ce qu'ils crient en hébreu ? Et il me l'a expliqué, ».

Pilate dit alors : Quelle est l'exclamation qu'ils prononcent en hébreu ? Et les

Juifs répondirent : Hosanna. » Et Pilate dit : « Quelle en est la signification

? » Et les Juifs répondirent : elle signifie : « Seigneur, salut ! » Et Pilate

dit : « Vous-mêmes, vous confirmez que les enfants s'exprimaient ainsi ; en quoi

le messager est-il donc coupable ? » Et les Juifs se turent. Le gouverneur dit

au messager : « Sors, et introduis-le. » Et le messager alla vers Jésus et lui

dit : « Seigneur, entre, car le gouverneur t'appelle. » Jésus étant entré, les

images que les porte-drapeaux portaient au-dessus de leurs enseignes,

s'inclinèrent d'elles-mêmes et elles adorèrent Jésus (7).

Les Juifs, voyant que les images s'étaient inclinées d'elles-mêmes pour adorer

Jésus, crièrent fortement contre les porte-drapeaux. Alors Pilate dit aux Juifs

: « Vous ne rendez pas hommage à Jésus, devant lequel les images se sont

inclinées pour le saluer, mais vous criez contre les porte-enseignes, comme

s'ils avaient eux-mêmes incliné leurs drapeaux et adoré Jésus. » Et les Juifs

dirent : « Nous les avons vus agir de la sorte. » Le gouverneur, appelant à lui

les porte-drapeaux, leur demanda : « Pourquoi avez-vous fait cela ? « Ils

répondirent à Pilate : « Nous sommes des Païens et les esclaves des Temples ;

comment aurions-nous voulu l'adorer ? Les enseignes que nous tenions se sont

courbées d'elles-mêmes pour l'adorer. » Pilate dit aux chefs de la Synagogue et

aux anciens du peuple : « Choisissez vous-mêmes des hommes forts et robustes et

ils tiendront les enseignes, et nous verrons si elles se courberont

d'elles-mêmes. » Les anciens des Juifs prirent douze hommes très robustes et

leur mirent les enseignes dans les mains, et les rangèrent en présence du

gouverneur. Pilate dit au messager : « Conduis Jésus hors du Prétoire et

introduis-le ensuite. » Et Jésus sortit du Prétoire avec le messager. Et Pilate,

s'adressant à ceux qui tenaient les enseignes, leur dit en faisant serment par

le salut de César : « Si les enseignes s'inclinent quand il entrera, je vous

ferai couper la tête ! » Et le gouverneur ordonna de faire entrer Jésus une

seconde fois. Et le messager pria derechef Jésus d'entrer, en passant sur le

manteau qu'il avait étendu par terre. Jésus le fit, et lorsqu'il entra, les

enseignes s'inclinèrent et l'adorèrent.

Chapitre II 0 versets ▼

Pilate, voyant cela, la frayeur s'empara de lui

et il commença à se lever de dessus son siège. Et comme il songeait à se lever

de dessus son siège, la femme de Pilate, nommée Procule

(8), envoya vers lui pour lui dire : « Ne fais

rien contre ce juste, car j'ai beaucoup souffert cette nuit à cause de lui. »

Pilate, entendant cela, dit à tous les Juifs : Vous savez que mon épouse est

païenne et qu'elle a construit pour vous de nombreuses Synagogues ; elle m'a

fait dire que Jésus était un homme juste, et qu'elle avait beaucoup souffert

cette nuit à cause de lui. » Les Juifs répondirent à Pilate : « Est-ce que nous

ne t'avions pas dit que c'était un enchanteur ? Voici qu'il a envoyé un songe à

ton épouse (9). »

Pilate, appelant Jésus, lui dit : « N'entends-tu pas ce qu'ils disent contre

toit et tu ne réponds rien. » Jésus répondit : « S'ils n'avaient point le

pouvoir de parler, ils ne parleraient point ; mais ils verront que chacun a la

disposition de sa bouche, la faculté de dire des choses bonnes ou mauvaises. »

Les anciens des Juifs dirent à Jésus : « Que voyons-nous ? d'abord que tu es né

de la fornication ; secondement, que Bethléem a été le lieu de ta naissance, et

qu'à cause de toi les enfants ont été massacrés ; troisièmement, que ton père et

ta mère Marie se sont enfuis en Egypte, parce qu'ils n'avaient pas confiance

dans le peuple. » Quelques-uns des Juifs qui se trouvaient là, et qui étaient

moins méchants que les autres, disaient : « Nous ne disons pas qu'il est issu de

la fornication, car nous savons que Marie a été fiancée à Joseph, et il n'est

pas né de la fornication. » Pilate dit aux Juifs qui disaient que Jésus était

issu de la fornication : « Ce discours est mensonger, car il y a eu fiançailles

ainsi que l'attestent des personnes d'entre vous. » Anne et Caïphe dirent à

Pilate : « Toute la multitude crie qu'il est né de la fornication, et qu'il est

un enchanteur, Ceux-ci sont ses prosélytes et ses disciples. » Pilate appelant

Anne et Caïphe leur dit : « Qu'est-ce que des prosélytes ? » Ils répondirent : «

Ce sont des fils de Païens, et maintenant ils sont devenus Juifs. » Lazare et

Astere, et Antoine et Jacques, Zarus et Sarouel, Isaac et Phinée, Crispus et

Agrippa, Amenius et Judas dirent alors : « Nous ne sommes point des prosélytes,

mais nous sommes enfants de Juifs et nous disons la vérité ; nous avons assisté

aux fiançailles de Marie, » Pilate, s'adressant aux douze hommes qui avaient

ainsi parlé, leur dit : « Je vous adjure, par le salut de César, de déclarer si

vous dites la vérité, et s'il n'est pas né de la fornication, ils dirent à

Pilate : « Nous avons pour loi de ne point jurer, car c'est un péché ; ordonne à

ceux-ci de jurer pour le salut de César que ce que nous disons est faux, et nous

serons passibles de mort. « Anne et Caïphe dirent à Pilate ; « Croirait-on à ces

douze hommes qui disent qu'il n'est pas né de la fornication, tandis que l'on ne

nous croirait pas à nous tous qui disons qu'il est un enchanteur, et qu'il se

dit Roi et Fils de Dieu ? » Pilate ordonna à tout le peuple de sortir et de

s'éloigner des douze hommes qui avaient dit que Jésus n'était pas né de la

fornication, et il fit mettre Jésus à part et il leur dit : « Pour quel motif

les Juifs veulent-ils faire périr Jésus ? » Et ils lui répondirent : « Ils sont

irrités parce qu'il opère des guérisons le jour du Sabbat. » Pilate dit : « Ils

veulent donc le faire périr pour une lionne œuvre. » et ils répondirent : « Oui,

Seigneur. »

Chapitre III 0 versets ▼

Pilate, rempli de colère, sortit du Prétoire et

dit aux Juifs : « Je prends le soleil à témoin que je n'ai trouvé aucune faute à

reprendre à cet homme. » Les Juifs répondirent au gouverneur : « Si ce n'était

pas un enchanteur, nous ne te l'aurions pas livré. » Pilate leur dit : «

Prenez-le et jugez-le suivant votre loi. » Les Juifs dirent à Pilate : « Il ne

nous est pas permis de faire périr qui que ce soit. » Pilate dit aux Juifs : «

C'est à vous et non à moi que Dieu a dit : « Tu ne tueras point. » Rentré au

Prétoire, Pilate appela Jésus seul et lui dit : « Es-tu le Roi des Juifs ! » Et

Jésus répondant à Pilate, dit : « Est-ce de toi-même que tu dis cela, ou

d'autres te l'ont-ils dit de moi ? » Pilate répondit à Jésus : « Est-ce que je

suis Juif ? Ta nation et les princes des prêtres t'ont livré à moi, qu'as-tu

fait ? » Jésus répondit : « Mon royaume n'est pas de ce monde ; si mon royaume

était de ce monde, mes serviteurs auraient résisté, et je n'aurais pas été livré

aux Juifs ; mais mon royaume n'est pas ici. » Pilate dit : « Tu es donc Roi ? »

Jésus répondit : « Tu le dis, car je suis Roi. Je suis né et je suis venu pour

rendre témoignage à la vérité, et tous ceux qui prendront part à la vérité

entendront ma voix. » Pilate dit : « Qu'est-ce que la vérité ? » Et Jésus

répondit : « La vérité vient du Ciel. » Pilate dit : « Il n'y a donc pas de

vérité sur la terre ? » Et Jésus dit à Pilate : « Vois comme ceux qui disent la

vérité sur la terre sont jugés par ceux qui ont le pouvoir sur la terre. »

Chapitre IV 0 versets ▼

Pilate, laissant Jésus dans l'intérieur du

Prétoire, sortit et alla aux Juifs et leur dit : « Je ne trouve en lui aucune

faute. » Les Juifs répondirent : « Il a dit : Je puis détruire le Temple et le

relever en trois jours. » Pilate leur dit : « Quel temple ? » Les Juifs

répondirent : « Celui que Salomon a mis quarante-six ans à bâtir ; et il a dit

qu'il pourrait le renverser et le relever en trois jours. » Et Pilate leur dit

derechef : « Je suis innocent du sang de cet homme, voyez pour vous. » Les Juifs

dirent : « Que son sang soit sur nous et sur nos enfants. » Pilate, appelant

alors les anciens et les prêtres et les lévites, leur dit en secret : «

N'agissez pas ainsi ; malgré vos accusations, je n'ai rien trouvé en lui digne

de mort, dans ce que vous lui reprochez d'avoir violé le Sabbat. » Les prêtres,

et les lévites et les anciens dirent à Pilate : « Celui qui a blasphémé contre

César est digne de mort. Lui, il a blasphémé contre Dieu. » Le gouverneur

ordonna alors aux Juifs de sortir du Prétoire, et, appelant Jésus, il lui dit :

« Qu'est-ce que je ferai à ton égard ? » Jésus dit à Pilate : « Agis comme il

t’a été donné. » Pilate dit aux Juifs : « Comment m'a-t-il été donné ? » Jésus

répondit : « Moïse et les prophètes ont prédit cette Passion et ma Résurrection.

» Les Juifs l'entendant dirent à Pilate : « Veux-tu écouter plus longtemps ses

blasphèmes ? Notre loi porte que si un homme pèche contre son prochain, il

recevra quarante coups moins un (10),

et que le blasphémateur sera puni de mort. » Pilate leur dit : « Si son discours

est blasphématoire, prenez-le et conduisez-le dans votre Synagogue, et jugez-le

suivant votre loi. » Les Juifs dirent à Pilate : « Nous voulons qu'il soit

crucifié. » Pilate leur dit : « Ce n'est pas juste. » Et, regardant l'assemblée,

il vit des Juifs qui pleuraient et il dit : « La foule ne veut pas toute entière

qu'il meure. » Les anciens dirent à Pilate :

« Nous sommes

venus avec toute la foule pour qu'il meure. » Et Pilate dit aux Juifs : «

Qu'a-t-il fait pour encourir la mort ? » Et ils répondirent : « Il a dit qu'il

était Roi et le Fils de Dieu. »

Chapitre V 0 versets ▼

Alors un Juif, du nom de Nicodème, se tint devant

le gouverneur et dit : « Je te prie de me permettre, dans ta miséricorde, de

dire quelques paroles. » Et Pilate lui dit : « Parle. » Et Nicodème dit : « J'ai

dit aux anciens des Juifs, et aux Scribes, et aux prêtres, et aux lévites, et à

toute la multitude des Juifs dans la Synagogue : Quelle plainte portez-vous

contre cet homme ? Il faisait de nombreux et d'éclatants miracles, tels que

personne n'en fait ni n'en a fait. Renvoyez-le et ne lui faites aucun mal ; si

ces miracles viennent de Dieu ils seront stables, s'ils viennent des hommes, ils

se détruiront. Moïse, que Dieu avait envoyé en Egypte, fit les miracles que Dieu

lui avait ordonné d'opérer en présence de Pharaon, le roi d'Égypte. Et il y

avait là des magiciens Jamnès et Hambrée, et ils voulurent faire les mêmes

miracles que Moïse, mais ils ne purent les accomplir tous, et les Égyptiens les

regardèrent comme des Dieu. Mais, comme les miracles qu'ils avaient opérés ne

provenaient pas de Dieu, ils périrent eux et ceux qui avaient cru en eux, et

maintenant, renvoyez cet homme, car il ne mérite point la mort. » Les Juifs

dirent à Nicodème : « Tu es devenu son disciple, et tu élèves la voix pour lui.

» Nicodème leur dit : « Est-ce que le gouverneur qui parle aussi en sa faveur

est son disciple ? Est-ce que César ne l’a pas élevé en dignité pour rendre

justice. » Les Juifs frémissaient de colère et ils grinçaient des dents contre

Nicodème et ils lui dirent : « Accueille sa vérité et que ta part soit avec lui.

» Et Nicodème dit : « Amen ; que j'aie part avec lui, ainsi que vous le dites.

(11) »

Chapitre VI 0 versets ▼

Un autre des Juifs s’avança et demanda au

gouverneur la permission de parler, et Pilate dit : « Ce que tu veux dire,

dis-le. » Et ce Juif parla ainsi : « Depuis trente-huit ans, je gisais dans mon

lit et j'étais constamment en proie à de grandes souffrances et en danger de

perdre la vie. Jésus étant venu, beaucoup de démoniaques et de gens affligés de

diverses infirmités furent guéris par lui. Et quelques jeunes gens m'apportèrent

dans mon lit et me menèrent à lui. Et Jésus me voyant fut touché de compassion,

et il me dit : Lève-toi, prends ton lit et marche. Et aussitôt je fus

complètement guéri ; je pris mon lit et je marchai. » Les Juifs dirent à Pilate

: « Demande-lui quel jour il fut guéri : » Et il répondit : « Le jour du Sabbat

» Et les Juifs dirait : « Ne disions-nous pas qu'il guérissait les malades et

qu'il chassait les démons le jour du Sabbat ? » Et un autre Juif s'avança et dit

: « J'étais aveugle de naissance ; j'entendais parler et je ne voyais personne.

Et Jésus ayant passé, je m'adressai à lui en criant à haute voix : Fils de

David, prends pitié de moi ! Et il eut pitié de moi, et il posa sa main sur mes

yeux, et aussitôt je recouvrai la vue. » Et un autre s'avança et dit : « J'étais

courbé et il m'a redressé d'un mot. » Et un autre s'avança aussi et dit : «

J'étais lépreux et il m'a guéri d'un mot. »

Chapitre VII 0 versets ▼

Et une femme nommée Véronique dit : « Depuis

douze ans j'étais affligée d'un flux de sang, et je touchai le bord de son

vêtement (12) et

aussitôt mon flux de sang s'arrêta. » Les Juifs dirent : « D'après notre loi,

une femme ne peut venir déposer en témoignage » (13).

Chapitre VIII 0 versets ▼

Et quelques autres de la foule des Juifs, hommes

et femmes, se mirent à crier : « Cet homme est un prophète, les démons lui sont

assujettis ! » Pilate leur dit : « Pourquoi les démons ne sont-ils pas

assujettis à vos docteurs ? » Et ils répondirent : « Nous ne savons. »

D'autres dirent à Pilate : « Il a ressuscité

Lazare, qui était mort depuis quatre jours, et il l’a fait sortir du sépulcre. »

Le gouverneur, entendant cela, fut effrayé et il dit aux Juifs : « Que nous

servira-t-il de répandre le sang innocent ? »

Chapitre IX 0 versets ▼

Et Pilate, appelant Nicodème à lui et les douze

hommes qui disaient que Jésus n'était point né de la fornication, leur parla

ainsi : « Que ferai-je, car une sédition éclate parmi le peuple ? » Et ils

répondirent : « Nous ne savons ; qu'ils voient eux-mêmes. » Et Pilate,

convoquant derechef la multitude, dit aux Juifs : « Vous savez que, suivant la

coutume, le jour des azymes, je vous remets un prisonnier

(14). J'ai en prison

un fameux meurtrier, qui s'appelle Barrabas ; je ne trouve en Jésus rien qui

mérite la mort. Lequel voulez-vous que je vous remette ? » Tous répondirent en

criant : « Remets-nous Barrabas ! » Pilate dit : « Que ferai-je donc de Jésus,

qui est surnommé le Christ ? » Ils dirent tous : « Qu'il soit crucifié ! » Et

les Juifs dirent aussi : « Tu n'es pas l'ami de César si tu remets en liberté

celui qui se dit Roi et Fils de Dieu ; et tu veux peut-être que ce soit lui qui

soit Roi au lieu de César. » Alors Pilate, ému de fureur, leur dit : « Vous avez

toujours été une race séditieuse, et vous vous êtes opposés à ceux qui étaient

pour vous. » Et les Juifs dirent : « Quels sont ceux qui étaient pour nous ? »

Et Pilate répondit : « Votre Dieu, qui vous a délivrés de la dure servitude des

Égyptiens, et qui vous a conduits à travers la mer comme à pied sec, et qui vous

a donné dans le désert la manne et la chair des cailles pour votre nourriture,

et qui a fait sortir de l'eau d'un rocher pour vous désaltérer, et, malgré tant

de faveurs, vous n'avez cessé de vous révolter contre votre Dieu, et il a voulu

vous faire périr. Et Moïse a prié pour vous, afin que vous ne périssiez pas. Et

vous dites maintenant que je hais le Roi. » Et se levant de son tribunal, il

voulut sortir. Mais tous les Juifs crièrent : « Nous savons que c'est César qui

est Roi et non Jésus. Car les mages lui ont offert des présents comme à un Roi.

Et Hérode, apprenant des mages qu'un Roi était né, voulut le faire périr. Son

père, Joseph, l'ayant su, l'amena, ainsi que sa mère, et ils s'enfuirent en

Egypte. Et Hérode fit mourir les enfants des Juifs qui étaient nés à Bethléem. »

Pilate, entendant ces paroles, fut effrayé ; et lorsque le calme fut rétabli

parmi le peuple qui criait, il dit : « C'est donc lui qui est ici présent que

cherchait Hérode ? » Ils répondirent : « C'est lui. » Et Pilate, prenant de

l'eau, lava ses mains devant le peuple en disant : « Je suis innocent du sang de

cet homme juste ; songez à ce que vous faites. » Et les Juifs répondirent : «

Que son sang soit sur nous et sur nos enfants ! » Alors Pilate ordonna d'amener

Jésus devant le tribunal sur lequel il siégeait, et il poursuivit en ces termes,

en rendant sentence contre Jésus : « Ta race t'a renié pour Roi. J'ordonne donc

que tu sois d'abord flagellé, suivant les statuts des anciens princes. » Il

ordonna ensuite qu'il fût crucifié dans le lieu où il avait été arrêté, avec

deux malfaiteurs, dont les noms sont Dismas et Gestas.

Chapitre X 0 versets ▼

Et Jésus sortit du Prétoire et les deux larrons

avec lui. Et lorsqu'il fut arrivé à l'endroit qui s'appelle Golgotha, les

soldats le dépouillèrent de ses vêtements et le ceignirent d'un linge et ils

mirent sur sa tête une couronne d'épines, et ils placèrent un roseau dans ses

mains. Et ils crucifièrent également les deux larrons à ses côtés, Dismas à sa

droite et Gestas à sa gauche. Et Jésus dit : « Mon père, pardonnez-leur et

épargnez-les, car ils ne savent ce qu'ils font. » Et ils partagèrent entre eux

ses vêtements. Et le peuple était présent et les princes, les anciens et les

juges tournaient Jésus en dérision, en disant : « Il a sauvé les autres, qu'il

se sauve lui-même ; s'il est le fils de Dieu, qu'il descende de la croix. » Les

soldats se moquaient de lui et il lui offraient pour boisson du vinaigre avec du

fiel, en disant : « Si tu es le Roi des Juifs, délivre-toi toi-même. » Un soldat

nommé Longin, prenant une lance, lui perça le côté et il en sortit du sang et de

l'eau. (15) Le

gouverneur ordonna que l'on inscrivît sur un écriteau, suivant l'accusation des

Juifs, en lettres hébraïques grecques et latines : « Celui-ci est le Roi des

Juifs. » Un des larrons qui étaient crucifiés, nommé Gestas, lui dit : « si tu

es le Christ, délivre-toi ainsi que nous. » Dismas lui répondant, le réprimanda,

disant : « N'as-tu point crainte de Dieu, toi qui es de ceux contre lesquels

condamnation a été rendue ? nous recevons le juste châtiment de ce que nous

avons commis, mais lui, il n'a rien fait de mal. » Et lorsqu'il eut repris son

compagnon, il dit à Jésus : « Souviens-toi de moi, Seigneur, dans ton royaume. »

Et Jésus lui répondit : « En vérité, je te le dis, tu seras aujourd'hui avec moi

en Paradis. (16)

Chapitre XI 0 versets ▼

C'était vers la sixième heure du jour, et des

ténèbres se répandirent sur toute la terre jusqu'à la neuvième heure. Le soleil

s'obscurcissant, voici que le voile du Temple se fendit du haut en bas en deux

parties. Et vers la neuvième heure, Jésus s'écria à haute voix : «

Hely,

Hely, lama zabathani.

» ce qui signifie : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? Et ensuite

Jésus dit : « Mon père, je remets mon esprit entre tes mains. » Et disant cela,

il rendit l'esprit. Le centurion voyant ce qui s'était passé, glorifia Dieu,

disant : « Cet homme était juste. » Et tous les assistants, troublés de ce

qu'ils avaient vu, s'en retournèrent en frappant leurs poitrines. Et le

centurion rapporta au gouverneur ce qui s'était passé ; le gouverneur

l'entendant fut saisi d'une extrême affliction, et ils ne mangèrent ni ne burent

ce jour-là. Et Pilate convoquant les Juifs, leur dit : « Avez-vous vu ce qui

s'est passé ? » Et ils répondirent au gouverneur : « Le soleil s'est éclipsé de

la manière habituelle. » Et tous ceux qui étaient attachés à Jésus se tenaient

au loin, ainsi que les femmes qui l'avaient suivi de Galilée. Et voici qu'un

homme nommé Joseph, homme juste et bon, et qui n'avait point eu part aux

accusations et aux méchancetés des Juifs, et qui était d'Arimathie, ville de

Judée, et qui attendait le royaume de Dieu, demanda à Pilate le corps de Jésus.

Et l’ôtant de la croix, il le plia dans un linceul bien net, et il le déposa

dans un tombeau tout neuf qu'il avait fait construire pour lui-même, et où nul

n'avait été enseveli.

Chapitre XII 0 versets ▼

Les Juifs, apprenant que Joseph avait demandé le

corps de Jésus, le cherchaient ainsi que les douze hommes qui avaient déclaré

que Jésus n'était pas né de la fornication, et Nicodème et les autres qui

avaient paru devant Pilate, et qui avaient rendu témoignage des bonnes œuvres de

Jésus. Tous se cachant, Nicodème seul se montra à eux, car il était prince des

Juifs, et il leur dit : « Comment êtes-vous entrés dans la Synagogue ? » Et ils

lui répondirent : « Et toi, comment es-tu entré dans la Synagogue lorsque tu

étais attaché au Christ ? Puisses-tu avoir part avec lui dans les siècles à

venir. » Et Nicodème répondit : « Amen, amen, amen. » Joseph se montra

également, et leur dit : « Pourquoi êtes-vous irrités contre moi de ce que j'ai

demandé à Pilate le corps de Jésus ? Voici que je l'ai déposé dans mon propre

tombeau, et je l'ai enveloppé d'un linceul bien net, et j'ai placé une grande

pierre à l'entrée de la grotte. Vous avez mal agi contre le juste que vous avez

crucifié, et percé à coups de lance. » Les Juifs, entendant cela, se saisirent

de Joseph et ils ordonnèrent qu'il fût retenu jusqu'à ce que la fête du Sabbat

fût passée. Et ils lui dirent : « En ce moment, nous ne pouvons rien faire

contre toi, car le jour du Sabbat a lui. Nous savons que tu n'es pas digne de

sépulture, mais nous abandonnerons ta chair aux oiseaux du ciel et aux bêtes de

la terre. » Joseph répondit : « Ces paroles sont semblables à celles de Goliath

le Superbe, qui s'éleva contre le Dieu vivant et que frappa David. Dieu a dit

par la voix du prophète : « Je me réserverai la vengeance. » Et Pilate, endurci

de cœur, a lavé ses mains en plein soleil, en criant : « Je suis pur du sang de

ce juste. » Et vous avez répondu : Que son sang soit sur nous et sur nos

enfants. Et je crains maintenant que la colère de Dieu ne s'appesantisse sur

vous et sur vos enfants, comme vous l'avez dit. » Les Juifs, entendant Joseph

parler ainsi, furent outrés de rage, et se saisissant de lui, ils l'enfermèrent

dans un cachot où il n'y avait pas de fenêtre. Anne et Caïphe placèrent des

gardes à la porte et posèrent leur sceau sur la clé. Et ils tinrent conseil avec

les prêtres et les lévites pour qu'ils se rassemblassent tous après le jour du

Sabbat, et ils songèrent quel genre de mort ils infligeraient à Joseph. Et quand

ils se furent réunis, Anne et Caïphe ordonnèrent que l'on amenât Joseph, et

ôtant le sceau, ils ouvrirent la porte et ils ne trouvèrent pas Joseph dans le

cachot où ils l’avaient enfermé. Et toute l'assemblée fut frappée de stupeur,

car l'on avait trouvé la porte scellée. Et Anne et Caïphe se retirèrent

(17).

Chapitre XIII 0 versets ▼

Tous étant remplis de surprise un des soldats qui

avait été mis pour garder le sépulcre entra dans la Synagogue, et dit : « Tandis

que nous veillions sur le tombeau de Jésus, la terre a tremblé et nous avons vu

l'Ange de Dieu qui a ôté la pierre du sépulcre et qui s'est assis sur elle. Et

son visage brillait comme la fondre, ses vêtements étaient blancs comme la

neige. Et nous sommes restés comme morts de frayeur. Et nous avons entendu

l'Ange qui disait aux femmes venues au sépulcre de Jésus : Ne craignez point, je

sais que vous cherchez Jésus le crucifié ; il est ressuscité, ainsi qu'il

l'avait prédit. Venez, et voyez l'endroit où il avait été placé, et

empressez-vous d'aller dire à ses disciples qu'il est ressuscité d'entre les

morts, et qu'il vous précède en Galilée ; c'est là que vous le verrez. » Et les

Juifs convoquant tous les soldats qui avaient été préposés à la garde du tombeau

de Jésus, leur dirent : « Quelles sont ces femmes auxquelles l'Ange a parlé ?

Pourquoi ne vous êtes-vous pas saisis d'elles ? » Les soldats répondirent : «

Nous ne savons quelles étaient ces femmes, et nous sommes restés comme morts

tant l'Ange nous inspirait de crainte ; comment aurions-nous pu nous saisir de

ces femmes ? » Les Juifs dirent : « Vive le Seigneur ! nous ne vous croyons

point. » Les soldats répondirent aux Juifs : « Vous avez vu Jésus qui faisait

tant de miracles et vous n'y avez pas cru, comment croiriez-vous à nous ? Vous

avez eu raison de dire : Vive le Seigneur ! car il vit le Seigneur que vous avez

enfermé. Nous avons appris que vous avez emprisonné en un cachot, dont vous avec

scellé la porte, ce Joseph qui a enseveli le corps de Jésus, et lorsque vous

êtes venus pour le chercher, vous ne l'avez plus trouvé. Remettez-nous Joseph

que vous avez enfermé, et nous vous remettrons Jésus que nous gardions dans le

sépulcre. » Les Juifs répondirent : « Nous vous remettons Joseph, remettez-nous

Jésus ; car Joseph est dans la ville d'Arimathie. » Les soldats répondirent : «

Comme Joseph est à Arimathie, Jésus est en Galilée, ainsi que nous avons entendu

l'Ange l'annoncer aux femmes. » Les Juifs entendant cela, craignirent, et ils se

disaient entre eux : « Lorsque le peuple entendra ces discours, tous croiront en

Jésus. » Et réunissant une grosse somme d'argent, ils la donnèrent aux soldats,

en disant : « Dites que tandis que vous dormiez, les disciples de Jésus sont

venus pendant la nuit, et qu'ils ont dérobé son corps. Et si le gouverneur

Pilate apprend cela, nous l'apaiserons à votre égard, et vous ne serez point

inquiétés. » Les soldats prenant l'argent, dirent ce que les Juifs leur avaient

recommandé.

Chapitre XIV 0 versets ▼

Un prêtre nommé Phinée, et Addas qui était maître

d'école, et un lévite nommé Aggée, vinrent tous trois de la Galilée à Jérusalem,

et ils dirent aux princes des prêtres et à tous ceux qui étaient dans la

Synagogue : » Jésus que vous avez crucifié, nous l’avons vu qui parlait avec

onze de ses disciples, assis au milieu d'eux sur le mont des Olives

(18), et leur disant

: « Allez dans le monde entier, prêchez à toutes les nations, baptisez les

Gentils au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Et celui qui croira et qui

sera baptisé, sera sauvé. Et quand il eut dit ces choses à ses disciples, nous

l'avons vu monter au Ciel. » En entendant cela, les princes des prêtres, et les

anciens, et les lévites dirent à ces trois hommes : « Rendez gloire au Dieu

d'Israël et prenez-le à témoin que ce que vous avez vu et entendu est véritable.

» Et ils répondirent : « Vive le Seigneur de nos pères, le Dieu d'Abraham, et le

Dieu d'Isaac, et le Dieu de Jacob, nous avons entendu Jésus parler avec ses

disciples, et nous l'avons vu monter au Ciel ; nous disons la vérité. Si nous

taisons que nous avons entendu Jésus tenir ces discours à ses disciples, et que

nous l'avons vu monter au ciel, nous commettrons un péché. » Les princes des

prêtres se levant aussitôt, leur dirent : « Ne répétez à personne ce que vous

nous avez dit au sujet de Jésus. » Et ils leur donnèrent une grosse somme

d'argent. Et ils renvoyèrent trois hommes avec eux pour qu'ils fussent ramenés

dans leur pays et qu'ils ne fissent aucun séjour à Jérusalem. Et tous les Juifs

s'étant réunis se livrèrent entre eux à de grandes méditations, disant : «

Quelle est cette merveille qui est survenue en Israël ? » Anne et Caïphe les

consolant leur dirent : « Devons-nous croire aux soldats qui gardaient le

monument de Jésus, et qui nous dirent qu'un Ange a ôté la pierre de la porte du

monument ? Peut-être ses disciples le leur ont dit et leur ont donné beaucoup

d'argent pour les amener à s'exprimer ainsi et à laisser enlever le corps de

Jésus. Sachez qu'il ne faut ajouter nulle foi aux paroles de ces étrangers, car

ils ont reçu de nous une forte somme, et ils ont dit partout ce que nous leur

avions recommandé de dire. Et ils peuvent bien être infidèles aux disciples de

Jésus tout comme à nous. »

Chapitre XV 0 versets ▼

Nicodème se levant, dit : « Vous parlez dans la

droiture, enfants d'Israël. Vous avez entendu tout ce qu'ont dit ces trois

hommes qui juraient sur la loi du Seigneur. Ils ont dit : « Nous avons vu Jésus

qui parlait avec ses disciples sur le mont des Olives, et nous l'avons vu monter

au Ciel. Et l'Écriture nous enseigne que le bienheureux Élie a été enlevé au

Ciel, et Elisée, interrogé par les fils des prophètes qui lui demandaient : « Où

est notre frère Élie ? » leur dit qu'il avait été enlevé. Et les fils des

prophètes lui dirent : « Peut-être l'esprit l'a enlevé et l'a déposé sur les

montagnes d'Israël. Mais choisissons des hommes qui iront avec nous et

parcourons les montagnes d'Israël, nous le trouverons peut-être. Et ils prirent

Elisée, et il marcha avec eux trois jours, et ils ne trouvèrent point Élie

(19). Et maintenant,

écoutez-moi, enfants d'Israël, et envoyons des hommes dans les montagnes

d'Israël, car peut-être l'Esprit a enlevé Jésus, et peut-être le

trouverons-nous, et nous ferons pénitence. » Et l'avis de Nicodème fut du goût

de tout le peuple, et ils envoyèrent des hommes, et ceux-ci chercherait Jésus

sans le trouver, et, étant de retour, ils dirent : « Nous n'avons point

rencontré Jésus dans les lieux que nous avons parcourus, mais nous avons trouvé

Joseph dans la ville d'Arimathie. » Les princes et tout le peuple entendant

cela, se réjouirent et ils glorifièrent le Dieu d'Israël de ce qu'on avait

trouvé Joseph qu'ils avaient enfermé dans un cachot, et qu'ils n'avaient pas

retrouvé. Et réunissant une grande assemblée, les princes des prêtres dirent : «

Comment pouvons-nous amener Joseph à nous et lui parler ? » Et prenant du

papier, ils écrivirent à Joseph, disant : « La paix soit avec toi et avec tous

ceux qui sont avec toi. Nous savons que nous avons péché contre Dieu et contre

toi. Daigne donc venir vers tes pères et tes fils, car ton enlèvement nous a

remplis de surprise. Nous savons que nous avons entretenu contre toi un mauvais

dessein, et le Seigneur t'a protégé, et il t'a délivré de nos mauvaises

intentions. Que la paix soit avec toi, Seigneur Joseph, homme honorable parmi

tout le peuple. » Et ils choisirent sept hommes amis de Joseph, et ils leur

dirent : « Lorsque vous serez arrivés auprès de Joseph, donnez-lui le salut de

paix, et remettez-lui la lettre. » Et les hommes arrivant auprès de Joseph, le

saluèrent, et lui remirent la lettre. Et après que Joseph en eut fait lecture,

il dit : « Béni soit le Seigneur Dieu qui a préservé Israël de l'effusion de mon

sang. Sois béni, mon Dieu, qui m'as protégé de tes ailes. » Et Joseph embrassa

les messagers et les reçut dans sa maison. Le lendemain, Joseph, montant sur son

âne, se mit en route avec eux, et ils arrivèrent à Jérusalem. Et quand les Juifs

apprirent sa venue, ils accoururent tous au-devant de lui, criant et disant : «

La paix soit à ton arrivée, père Joseph ! » Et il leur répondit : « Que la paix

du Seigneur soit avec tout le peuple. » Et tous l'embrassèrent Et Nicodème les

reçut dans sa maison, les accueillant avec grand honneur et empressement Le

lendemain qui était le jour de la préparation, Anne et Caïphe et Nicodème dirent

à Joseph : « Rends hommage au Dieu d'Israël, et réponds à tout ce que nous te

demanderons. Nous étions irrités contre toi, parce que tu avais enseveli le

corps du Seigneur-Jésus, et nous t'avons enfermé dans un cachot où nous ne

t'avons pas retrouvé, ce qui nous a remplis de surprise et nous a pénétrés de

frayeur jusqu'à ce que nous t'ayons revu. Raconte-nous donc, en présence de

Dieu, ce qui s'est passé. » Joseph répondit : « Lorsque vous m'avez enfermé le

jour de Pâques au soir, tandis que j'étais en oraison au milieu de la nuit, la

maison fut comme enlevée dans les airs. Et j'ai vu Jésus resplendissant comme un

éclair, et, saisi de crainte, je suis tombé par terre. Et, Jésus, me prenant par

la main, m'a élevé au-dessus de terre et la rosée me couvrait. Et essuyant mon

visage, il m'a embrassé et il m'a dit : « Ne crains rien, Joseph ; regarde-moi,

et vois, car c'est moi. » Et je regardai et je m'écriai : « O maître Élie ! » Et

il me dit : « Je ne suis point Élie, mais je suis Jésus de Nazareth dont tu as

enseveli le corps. » Je lui ai répondu : « Montre-moi le monument où je t'ai

déposé. » Et Jésus, me tenant par la main, m'a conduit à l'endroit où je l'avais

enseveli. Et il m'a montré le linceul et le drap dans lequel j'avais enveloppé

sa tête. Alors j'ai reconnu que c'était Jésus (20)

et je l'ai adoré, et j'ai dit : « Béni celui qui vient au nom du Seigneur. »

Jésus, me tenant par la main, m'a conduit à Arimathie dans ma maison, et m'a dit

: « La paix soit avec toi, et de quarante jours, ne sors pas de ta maison, et je

vais retourner vers mes disciples. »

Chapitre XVI 0 versets ▼

Lorsque les princes des prêtres et les autres

prêtres et les lévites eurent entendu ces choses, ils furent frappés de stupeur,

et ils tombèrent par terre sur leurs visages comme morts, et revenus à eux, ils

s'écriaient : « Quelle est cette merveille qui s'est manifestée à Jérusalem ?

car nous connaissons le père et la mère de Jésus. » Un certain lévite dit : « Je

sais que son père et sa mère étaient des personnes craignant Dieu et qu'ils

étaient toujours en prières dans le Temple offrant des hosties et des

holocaustes au Dieu d'Israël. » Et lorsque le grand-prêtre Siméon le reçut, il

dit, le tenant dans ses mains : « Maintenant, Seigneur, renvoie ton serviteur en

paix suivant ta parole, car mes yeux ont vu le Sauveur que tu as préparé en

présence de tous les peuples, la lumière qui doit servir à la révélation faite

aux nations et à la gloire de ta race d'Israël. » Et ce même Siméon bénit aussi

Marie, la mère de Jésus, et il lui dit : « Je t'annonce au sujet de cet enfant

qu'il est né pour la ruine et la résurrection de beaucoup et en signe de

contradiction. Et le glaive traversera ton âme jusqu'à ce que les pensées des

cœurs de beaucoup soient connues. » Alors les Juifs dirent : « Envoyons vers ces

trois hommes qui disent qu'ils l'ont vu avec ses disciples sur le mont des

Olives. » Quand ce fut fait et que ces trois hommes furent venus et qu'ils

furent interrogés, ils répondirent d'une voix unanime : « Vive le Seigneur, Dieu

d'Israël, car nous avons manifestement vu Jésus avec ses disciples sur le mont

des Olives et lorsqu'il montait au ciel. » Alors Anne et Caïphe les prirent

chacun à part et les questionnèrent séparément. Et confessant unanimement la

vérité, ils dirent qu'ils avaient vu Jésus. Alors Anne et Caïphe dirent : «

Notre loi porte : Dans la bouche de deux ou trois témoins, toute parole est

valide. Mais ne savons-nous pas que le bienheureux Enoch plut à Dieu et qu'il

fut transporté par la parole de Dieu, et la tombe du bienheureux Moïse ne se

trouve pas et la mort du prophète Élie n'est pas connue. Jésus au contraire a

été livré à Pilate, flagellé, couvert de crachats, couronné d'épines, frappé

d'une lance et crucifié ; il est mort sur la croix et il a été enseveli et

l'honorable père Joseph a enseveli son corps dans un sépulcre neuf, et il

attesta l'avoir vu vivant Et ces trois hommes certifient qu'ils l’ont vu avec

ses disciples sur le mont des Olives et monter au ciel.

Chapitre XVII 0 versets ▼

Et Joseph se levant dit à Anne et Caïphe : « Vous

êtes justement dans l'admiration, parce que vous

apprenez que Jésus a été vu ressuscité et montant au ciel. Il faut encore

plus s'étonner de ce que non seulement il est ressuscité, mais qu'il a rappelé

du sépulcre beaucoup d'autres morts, et qu'un grand nombre de personnes les ont

vus à Jérusalem. Et écoutez-moi maintenant, car nous savons tous que le

bienheureux grand-prêtre Siméon a reçu, de ses mains, Jésus enfant dans le

Temple. Et ce Siméon eut deux fils, frères de père et de mère, et nous avons

tous été présents lorsqu'ils se sont endormis (21),

et nous avons assisté à leur ensevelissement. Allez donc et voyez leurs

tombeaux, car ils se sont ouverts, et les fils de Siméon sont dans la ville

d’Arimathie, vivant dans l'oraison. Quelquefois on entend leurs cris, mais ils

ne parlent à personne et ils sont silencieux comme des morts. Venez, allons vers

eux et emmenons-les devant nous avec les plus grands égards. Et si nous leur

demandons avec instance, ils nous parleront peut-être du mystère de leur

résurrection. » Tous entendant cela se réjouirent, et Anne et Caïphe, Nicodème

et Joseph et Gamaliel allant aux sépulcres, n'y trouvèrent point les morts, mais

se rendant dans la ville d'Arimathie, ils les y trouvèrent agenouillés. Et les

embrassant avec le plus grand respect et dans la crainte de Dieu, ils les

conduisirent à Jérusalem dans la Synagogue. Et après que les portes furent

fermées, prenant le livre de la loi, ils le posèrent dans leurs mains, les

conjurant par le Dieu Adonaï et le Dieu d’Israël (22)

qui a parlé par la loi et par les prophètes, disant : « Si vous savez que c'est

lui qui vous a ressuscités d'entre les morts, dites-nous comment vous êtes

ressuscités. » Carinus et Leucius entendant cette adjuration, tremblèrent de

tous leurs corps, et, tout émus, ils gémirent du fond de leur cœur. Et,

regardant au ciel, ils firent avec leur doigt le signe de la croix sur leur

langue. Et aussitôt ils parlèrent, disant : « Donnez-nous des tomes de papier

afin que nous écrivions ce que nous avons vu et entendu. Et ou les leur donna.

Et, s'asseyant, chacun d'eux écrivit, disant :

Chapitre XVIII 0 versets ▼

Jésus-Christ, Seigneur Dieu, résurrection des

morts et vie, permets-nous d'énoncer les mystères par la mort de ta croix, parce

que nous avons été conjurés par toi. Tu as ordonné de ne rapporter à personne

les secrets de ta majesté divine tels que tu les a manifestés dans les enfers.

Lorsque nous étions avec tous nos pères, placés au fond des ténèbres, nous avons

soudain été enveloppés d'une splendeur dorée comme celle du soleil et une lueur

royale nous a illuminés. Et, aussitôt, Adam, le père de tout le genre humain, a

tressailli de joie ainsi que tous les patriarches et les prophètes, et ils ont

dit : « Cette lumière, c'est l’auteur de la lumière éternelle qui nous a promis

de nous transmettre une lumière qui n'aura pas de terme. »

Chapitre XIX 0 versets ▼

Et le prophète Isaïe s'est écrié, et a dit : «

C'est la lumière du Père, le Fils de Dieu, comme j'ai prédit, lorsque j'étais

sur les terres des vivants : la terre de Zabulon et la terre de Nephtalim.

Au-delà du Jourdain, le peuple qui est assis dans les ténèbres verra une grande

lumière ; et ceux qui sont dans la région de la mort, la lumière brillera sur

eux. Et maintenant, elle est arrivée, et a brillé pour nous qui étions assis

dans la mort. » Et comme nous tressaillions tous de joie dans la lumière qui a

brillé sur nous, il survint à nous Siméon, notre père, et, en tressaillant de

joie, il a dit à tous : « Glorifiez le Seigneur Jésus-Christ, le Fils de Dieu,

car je l'ai reçu nouveau-né dans mes mains dans le Temple, et, inspiré par

l'Esprit saint, je l'ai glorifié et j'ai dit : « Mes yeux ont vu maintenant le

salut que tu as préparé en présence de tous les peuples ; la lumière pour la

révélation des nations et la gloire de ton peuple d'Israël. » Toute la multitude

des Saints, entendant ces choses, se réjouit davantage. Et, ensuite, il survint

un homme qui semblait ermite, et, tous l'interrogeant : « Qui es-tu ? » Il leur

répondit, et il dit : « Je suis Jean (23),

la voix et le prophète du Très-Haut, celui qui précède la face de son avènement

afin de préparer ses voies, afin de donner la science du salut à son peuple pour

la rémission des péchés. Et le voyant venir à moi, j'ai été poussé par l'Esprit

saint, et j'ai dit : Voilà l'Agneau de Dieu ; voilà celui qui ôte les péchés du

monde. Et je l'ai baptisé dans le fleuve du Jourdain, et j'ai vu l'Esprit-saint

descendre sur lui sous la forme d'une colombe. Et j'ai entendu une voix des

Cieux qui disait : Celui-ci est mon fils bien-aimé, dans lequel j'ai mis toute

ma complaisance, écoutez-le. Et maintenant, j'ai précédé sa face, je suis

descendu vous annoncer que dans peu de temps le Fils de Dieu lui-même se levant

d'en haut nous visitera en venant à nous qui sommes assis dans les ténèbres et

dans l'ombre de la mort (24).

Chapitre XX 0 versets ▼

Et lorsque le père Adam, premier formé, entendit

ces choses, que Jésus a été baptisé dans le Jourdain, il s'écria, parlant à son

fils Seth : (25) «

Raconte à tes fils, les patriarches et les prophètes, toutes les choses que tu

as entendues de Michel l'Archange, quand je t'ai envoyé aux portes du Paradis,

afin de supplier le Seigneur de te transmettre son Ange pour qu'il te donnât de

l'huile de l'arbre de miséricorde (26),

et que tu oignis mon corps lorsque j'étais malade. » Alors Seth s'approchant des

saints patriarches et des prophètes dit : « Moi, Seth, comme j'étais en oraison

devant le Seigneur aux portes du Paradis, voilà que l'Ange du Seigneur, Michel

(27), m'apparut,

disant : J'ai été envoyé vers toi par le Seigneur, je suis établi sur le corps

humain. Je te le dis, Seth, ne prie point dans les larmes, et ne demande pas

l'huile de l'arbre de miséricorde, afin d'oindre ton père Adam à cause des

souffrances de son corps, car d'aucune manière, tu ne pourras en recevoir si ce

n'est dans les derniers jours et si ce n'est lorsque cinq mille et cinq cents

uns auront été accomplis ; alors le Fils de Dieu, rempli d'amour, viendra sur la

terre, et il ressuscitera le corps d'Adam, et ressuscitera en même temps les

corps des morts. Et, à sa venue, il sera baptisé dans le Jourdain. Lorsqu'il

sera sorti de l’eau du Jourdain, alors il oindra de l'huile de sa miséricorde

tous ceux qui croient en lui et l'huile de sa miséricorde sera pour la

génération de ceux qui doivent naître de l'eau et de l'Esprit saint pour la vie

éternelle (28).

Alors Jésus-Christ, le Fils de Dieu, plein d'amour, descendant sur la terre,

introduira notre père Adam dans le Paradis auprès de l'arbre de miséricorde. »

Tous les patriarches et les prophètes entendant ces choses que disait Seth,

tressaillirent de grande joie.

Chapitre XXI 0 versets ▼

Et lorsque tous les Saints tressaillaient

d'allégresse, voilà que Satan, le prince et le chef de la mort, dit au prince

des enfers (29) : «

Apprête-toi toi-même à prendre Jésus qui se glorifie d'être le Christ, Fils de

Dieu, et qui est un homme craignant la mort, et disant : Mon âme est triste

jusqu'à la mort. Car il s'est opposé à moi en maintes choses, et beaucoup

d'hommes que j'avais rendus aveugles, boiteux, sourds, lépreux, et que j'avais

tourmentés par différents démons, il les a guéris d'une parole. Et ceux que je

t'avais amenés morts, il te les a enlevés. » Et le prince du Tartare

(30) répondant à

Satan, dit : « Quel est ce prince si puissant, puisqu'il est un homme craignant

la mort ? Car tous les puissants de la terre sont tenus assujettis par ma

puissance lorsque tu les a amenés soumis par ton pouvoir. Si donc tu es

puissant, quel est ce Jésus qui, craignant la mort, s'oppose à toi ! S'il est

tellement puissant dans son humanité, je te le dis en vérité, il est

tout-puissant dans sa divinité, et personne ne peut résister à son pouvoir. Et

lorsqu'il dit qu'a craint la mort, y veut te tromper, et malheur sera pour toi

dans les siècles éternels. » Satan, le prince de la mort, répondit et dit :

« Pourquoi as-tu hérité et redouté de prendre ce Jésus ton adversaire et le mien

? Car je l'ai tenté et j'ai excité contre lui mon ancien peuple juif, ranimant

de haine et de colère ; j'ai aiguisé la lance de persécution, j'ai mêlé du fiel

et du vinaigre, et je lui ai bit donner à boire, et j'ai fait préparer le bois

pour le crucifier et des clous pour percer ses mains et ses pieds, et sa mort

est proche, et je te l'amènerai assujetti à toi et à moi. » Et le prince de

l'enfer répondit et dit : « Tu m'as dit que c'est lui qui m'a arraché les morts.

Beaucoup sont ici que je retiens, et pendant qu'ils vivaient sur la terre, ils

m'ont enlevé des morts, non par leur propre pouvoir, mais par les prières

divines, et leur Dieu tout-puissant me les a arrachés. Qui est donc ce Jésus

qui, par sa parole, m'a arraché des morts ? c'est peut-être lui qui a rendu à la

vie par la parole de son commandement, Lazare, qui était mort depuis quatre

jours, plein de puanteur et en dissolution, et que je détenais mort. » Satan, le

prince de la mort répondit et dit : « C'est ce même Jésus. » Le prince des

enfers, entendant cela, lui dit : « Je te conjure par ta puissance et la mienne,

ne l'amène pas vers moi. Car lorsque j'ai entendu la force de sa parole, j'ai

tremblé, saisi de crainte, et en même temps tous mes ministres impies ont été

troublés avec moi. Nous n'avons pu retenir ce Lazare (31)

; mais, nous échappant avec toute l'agilité et la vitesse de l'aigle, il est

sorti d'entre nous, et cette même terre qui tenait le corps privé de vie de

Lazare l'a aussitôt rendu vivant. Je sais ainsi maintenant que cet homme qui a

pu accomplir ces choses, est le Dieu fort dans son empire, et puissant dans

l'humanité, et il est le sauveur du genre humain, et si tu l'amènes vers moi,

tous ceux que je retiens ici renfermés dans la rigueur de la prison, et

enchaînés par les liens non rompus de leurs péchés, il les dégagera et il les

conduira par sa divinité à la vie qui doit durer autant que l'éternité. »

Chapitre XXII 0 versets ▼

Et comme ils parlaient ainsi alternativement,

Satan et le prince de l'enfer, il se fit une voix comme celle des tonnerres et

le bruit de l'ouragan : « Princes, enlevez vos portes, et élevez-vous, portes

éternelles, et le Roi de gloire entrera. » Le prince de l'enfer entendant cela,

il dit à Satan : « Eloigne-toi de moi et sors de mes demeures ; si tu es un

puissant combattant, combats contre le Roi de gloire. Mais qu'y a-t-il de toi à

lui ? « Et le prince de l'enfer jeta Satan hors de ses demeures. Et le prince de

l'enfer dit à ses ministres impies : « Fermez les cruelles portes d'airain et

poussez les verrous de fer, et résistez vaillamment de peur que nous ne soyons

réduits en captivité, nous qui gardons les captifs. » Mais en entendant cela,

toute la multitude des Saints dit au prince de l'enfer d'une voix de reproche :

« Ouvre tes portes, afin que le Roi de gloire entre. » Et David, ce divin

prophète, s'écria en disant : « Est-ce que, lorsque j'étais sur les terres des

vivants, je ne vous ai pas prédit que les miséricordes du Seigneur lui rendront

témoignage, et que ses merveilles l'annonceront aux fils des hommes, parce qu'il

a brisé les portes d'airain et rompu les verrous de fer ? Il les a retirés de la

voie de leur iniquité. » Et ensuite, un autre prophète, Isaïe, dit pareillement

à tous les Saints : « Est-ce que, lorsque j'étais sur les terres des vivants, je

ne vous ai pas prédit : Les morts s'éveilleront et ceux qui sont dans le tombeau

se relèveront, et ceux qui sont dans la terre tressailliront de joie, parce que

la rosée qui vient du Seigneur est leur guérison ? Et j'ai dit encore : « Mort,

où est ta victoire ? Mort, où est ton aiguillon ? » Tous les Saints entendant

ces paroles d'Isaïe, dirent au prince des enfers : « Ouvre, tes portes,

maintenant, vaincu et terrassé, tu es sans puissance. » Et il se fit une voix

comme celle des tonnerres, disant : « Princes, enlevez vos portes, et

élevez-vous, portes infernales, et le Roi de gloire entrera. » Le prince de

l'enfer voyant que deux fois ce cri s'était fait entendre, dit comme s'il était

dans l'ignorance : « Quel est ce Roi de gloire ? » David, répondant au prince de

l’enfer, dit : « Je connais les paroles de cette clameur, car ce sont les mêmes

que j'ai prophétisées par l'inspiration de son esprit. Et maintenant ce que j'ai

déjà dit, je te le répète : « Le Seigneur fort et puissant, le Seigneur puissant

dans le combat, c'est lui qui est le Roi de gloire, et le Seigneur à regardé du

ciel sur les terres, afin d'entendre le gémissement de ceux qui sont dans les

fers, et afin de délivrer les fils de ceux qui ont été mis à mort. Et

maintenant, immonde et horrible prince de l'enfer, ouvre tes portes, afin que le

Roi de gloire entre. » David, disant ces paroles au

prince de l'enfer, le Seigneur de

majesté survint sous la forme d'un homme, et il éclaira les ténèbres éternelles,

et il rompit les liens qui n’étaient point brisés, et le secours d'une vertu

invincible nous visita, nous qui étions assis dans les profondeurs des ténèbres

des fautes, et dans l'ombre de la mort des péchés.

Chapitre XXIII 0 versets ▼

Le prince de l'enfer et la mort et leurs

officiers impies voyant cela, furent saisis d'épouvante avec leurs cruels

ministres, dans leurs propres royaumes, lorsqu'ils virent l'éblouissante clarté

d'une si vive lumière, et le Christ établi tout d'un coup dans leurs demeures,

et ils s'écrièrent en disant : « Tu nous a vaincus. Qui es-tu, toi que le

Seigneur envoie pour notre confusion ? Qui es-tu, toi, qui sans atteinte de

corruption, par l'effet irrésistible de ta majesté as pu renverser notre

puissance ? Qui es-tu, toi, si grand et si petit, si humble et si élevé, soldat

et général, combattant admirable sous la forme d'un esclave ? Roi de gloire mort

et vivant que la croix a porté mis à mort. Toi qui es demeuré mort étendu dans

le sépulcre et qui es descendu vivant vers nous ? Et toute créature a tremblé en

ta mort, et tous les astres ont été ébranlés, et maintenant tu es devenu libre

entre les morts, et tu troubles nos légions. Qui es-tu, toi qui délies les

captifs et qui inondes d'une lumière éclatante ceux qui sont aveuglés par les

ténèbres des péchés ? » Pareillement toutes les légions des démons frappées

d'une semblable frayeur, crièrent avec une soumission craintive et d'une voix

unanime disant : « D'où es-tu, Jésus, homme si puissant et splendide en majesté,

si éclatant, sans tache et pur de crime ? Car ce monde terrestre qui nous a

toujours été assujetti jusqu'à présent, qui nous payait des tributs pour nos

sombres usages, ne nous a jamais envoyé un mort tel que celui-ci, et n’a jamais

destiné de pareils présents aux enfers ? Qui es-tu donc, toi qui a ainsi franchi

sans crainte les frontières de nos domaines, et non seulement tu ne redoutes

point nos supplices, mais de plus tu tentes de délivrer tous ceux que nous

tenons dans nos fers ? Peut-être es-tu ce Jésus duquel Satan, notre prince,

disait que par ta mort sur la croix, tu recevrais une puissance sans bornes sur

le monde entier. « Alors le Roi de gloire, écrasant dans sa majesté la mort sous

ses pieds et saisissant Satan, priva l'enfer de toute sa puissance et amena Adam

à la clarté de sa lumière.

Chapitre XXIV 0 versets ▼

Alors le prince de l'enfer gourmandant Satan avec

de violents reproches, lui dit (32)

: « O Beelzébuth (33)

prince de perdition et chef de destruction, dérision des Anges de Dieu, ordure

des justes, qu'as-tu voulu faire ? Tu as voulu crucifier le Roi de gloire, dans

la ruine et la mort duquel tu nous avais promis de si grandes dépouilles ?

Ignores-tu comment tu as agi dans ta folie ? Car voici que ce Jésus dissipe par

l'éclat de sa divinité toutes les ténèbres de la mort ; il a brisé les

profondeurs des plus solides prisons, et il délivre les captifs et il relâche

ceux qui sont dans les fers ; voici que tous ceux qui gémissaient sous nos

tourments, nous insultent et nous sommes accablés de leurs imprécations ? Nos

empires et nos royaumes sont vaincus et la race humaine, nous ne lui inspirons

plus d'effroi.

Au contraire, ils nous menacent et nous

insultent, ceux qui, morts, n'avaient jamais pu montrer de superbe devant nous

et qui n'avaient jamais pu éprouver un moment d'allégresse pendant leur

captivité.

O Satan, prince de tous les maux, père des impies

et des rebelles, qu'as-tu voulu faire ? Ceux qui depuis le commencement jusqu'à

présent avaient désespéré du salut et de la vie : maintenant aucun de leurs

gémissements ne se fait entendre, aucune de leurs plaintes ne résonne, et on ne

trouve aucun vestige de larmes sur la face d'aucun d'eux. O prince Satan,

possesseur des clés des enfers, tu as maintenant perdu par le bois de la croix

ces richesses que tu avais acquises par le bois de la prévarication et la perte

du Paradis, et toute ton allégresse a péri lorsque tu as attaché à la croix ce

Christ, Jésus le Roi de gloire, tu as agi contre toi et contre moi. Sache

désormais combien de tourments éternels et de supplices infinis tu dois souffrir

sous ma garde qui ne connaît pas de terme. O Satan, prince de tous les méchants,

auteur de la mort et source d'orgueil, tu aurais dû premièrement chercher un

juste reproche à faire à ce Jésus, et comme tu n'as trouvé en lui aucune faute,

pourquoi sans raison as-tu osé le crucifier injustement et amener dans notre

région l'innocent et le juste ! Et tu as perdu les mauvais, les impies et les

injustes du monde entier. » Et comme le prince de l'enfer parlait ainsi à Satan,

alors le Roi de gloire dit au prince de l'enfer : « Le prince Satan sera sous

votre puissance dans la perpétuité des siècles au lieu d'Adam et de ses fils qui

sont mes justes » (34).

Chapitre XXV 0 versets ▼

Et le Seigneur, étendant sa main, dit : « Venez à

moi, tous mes Saints, qui avez mon image et ma ressemblance. Vous qui avez été

condamnés par le bois, le diable et la mort, vous verrez que le diable et la

mort sont condamnés par le bois. » Et aussitôt tous les Saints furent réunis

sous la main du Seigneur. Et le Seigneur, tenant la main droite d'Adam, lui dit

: « Paix à toi avec tous tes fils, mes justes. » Adam, se prosternant aux genoux

du Seigneur, le supplia en versant des larmes, disant d'une voix haute : «

Seigneur, je te glorifierai, car tu m'as accueilli et tu n'as pas fait triompher

mes ennemis au-dessus de moi. Seigneur, mon Dieu, j'ai crié vers toi, et tu m'as

guéri, Seigneur. Tu as retiré mon fils des enfers, tu m'as sauvé en ne me

laissant pas avec ceux qui descendant dans l'abîme. Chantez les louanges du

Seigneur, vous tous qui êtes ses Saints, et confessez à la mémoire de sa

sainteté. Car la colère et dans son indignation, et la vie dans sa volonté. » Et

pareillement tous les Saints de Dieu se prosternant aux genoux du Seigneur,

dirent d'une voix unanime : « Tu es arrivé, Rédempteur du monde et tu as

accompli ce que tu avais prédit par la loi et par tes prophètes. Tu as racheté

les vivants par ta croix, et, par la mort de la croix, tu es descendu vers nous

pour nous arracher des enfers et de la mort, par ta majesté. Seigneur, ainsi que

tu as placé le titre de ta gloire dans le ciel, et que tu as élevé le titre de

la rédemption, ta croix sur la terre de même, Seigneur, place dans l'enfer le

signe de la victoire de ta croix, afin que la mort ne domine plus. » Et le

Seigneur, détendant sa main, fit un signe de croix sur Adam et sur tous ses

Saints, et, tenant la main droite d'Adam, il s'éleva des enfers. Et tous les

Saints le suivirent. Alors le prophète David s'écria avec force : « chantez au

Seigneur un cantique nouveau, car il a fait des choses admirables. Sa droite et

son bras nous ont sauvés. Le Seigneur a fait connaître son salut ; il a révélé

sa justice en présence des nations ! » Et toute la multitude des Saints répondit

en disant : « Cette gloire est à tous les Saints. Ainsi soit-il. Louez Dieu. »

Et alors le prophète Habaouc s'écria disant : « Tu es sorti pour le salut de ton

peuple, pour la délivrance de tes élus. » Et tous les Saints répondirent, disant

: « Béni qui vient au nom du Seigneur, le Seigneur Dieu, et qui nous éclaira. »

Pareillement le prophète Michée s'écria, disant : « Quel Dieu y a-t-il comme

toi, Seigneur, ôtant les iniquités et effaçant les péchés ? Et maintenant tu

contiens le témoignage de ta colère, car tu inclines davantage à la miséricorde.

Tu as eu pitié de nous et tu nous as absous de nos péchés, et tu as plongé

toutes nos iniquités dans l'abîme de la mort, ainsi que tu l'avais juré à nos

pères dans les jours anciens. » Et tous les Saints répondirent disant : « Il est

notre Dieu à jamais et pour les siècles des siècles, il nous régira dans tous

les siècles. Ainsi soit-il. Louez Dieu » Et de même tous les prophètes récitant

des passages de leurs anciens chants consacrés à la louange du Seigneur et tous

les Saints.

Chapitre XXVI 0 versets ▼

Et le Seigneur, tenant Adam par la main, le remit

à Michel Archange, et tous les Saints suivirent Michel. Il les introduisit tous

dans la grâce glorieuse du Paradis (35),

et deux hommes, anciens des jours, vinrent au-devant d'eux. Les Saints les

interrogèrent, disant : « Qui êtes-vous, vous qui n'avez pas encore été avec

nous dans les enfers et qui aves été placés corporellement dans le Paradis ? »

Un d'eux répondit : « Je suis Enoch (36)

qui ai été transporté ici par la parole du Seigneur. Et celui qui est avec moi

est Élie le Thesbite, qui a été enlevé par un char de feu. Jusqu'à présent nous

n'avons point goûté la mort, mais nous sommes réservés pour l'avènement de

l'Antéchrist, armés de signes divins et de prodiges pour combattre avec lui,

pour être mis à mort dans Jérusalem, et, après trois jours et demi, pour être

derechef enlevés vivants dans les nuées.

Chapitre XXVII 0 versets ▼

Et tandis qu'Enoch et Élie parlaient ainsi aux

Saints, voici qu'il survint un autre homme très misérable portant sur ses

épaules le signe de la croix. Et lorsque tous les Saints le virent, ils lui

dirent : « Qui es-tu ? ton aspect est celui d'un larron, et d'où vient que tu

portes le signe de la croix sur tes épaules ? » Et leur répondant, il dit : «

Vous avez dit vrai, car j'ai été un larron commettant tous les crimes sur la

terre. Et les Juifs me crucifièrent avec Jésus, et je vis les merveilles qui

s'accomplirent par la croix de Jésus le crucifié, et je crus qu'il est le

Créateur de toutes les créatures et le Roi tout-puissant, et je le priai, disant

: Souviens-toi de moi, Seigneur, lorsque tu seras venu dans ton royaume.

Aussitôt, exauçant ma prière, il me dit : « En vérité, je te le dis, tu seras

aujourd'hui avec moi dans le Paradis. » Et il me donna ce signe de la croix,

disant : « Entre dans le Paradis en portant cela, et si l'Ange gardien du

Paradis ne veut pas te laisser entrer, montre-lui le signe de la croix et

dis-lui : « C'est Jésus-Christ, le Fils de Dieu, qui est maintenant crucifié,

qui m'a envoyé. » Lorsque j'eus fait cela, je dis toutes ces choses à l'Ange

gardien du Paradis. Et lorsqu'il me les entendit dire, ouvrant aussitôt, il me

fit entrer et me plaça à la droite du Paradis, disant : « Attends un peu de

temps, et le père de tout le genre humain, Adam, entrera avec tous ses fils, les

Saints et les justes du Christ, le Seigneur crucifié. » Lorsqu'ils eurent

entendu toutes ces paroles du larron, tous les patriarches d'une voix unanime,

dirent : « Béni le Seigneur tout-puissant, Père des biens éternels et père des

miséricordes, toi qui as donné une telle grâce à des pécheurs et qui les as

introduits dans la grâce du Paradis, dans tes gras pâturages où réside la

véritable vie spirituelle. Ainsi soit-il. »

Chapitre XXVIII 0 versets ▼

Ce sont là les mystères divins et sacrés que nous

vîmes et entendîmes, moi Carinus et moi Leucius, il ne nous est pas permis de

poursuivre et de raconter les autres mystères de Dieu, comme Michel l'Archange

le déclarant hautement, nous dit : « Allez avec vos frères à Jérusalem ; vous

serez en oraisons criant et glorifiant la résurrection du Seigneur Jésus-Christ,

vous qu’il a ressuscités avec lui d'entre les morts. Et vous ne parlerez avec

aucun des hommes, et vous resterez, assis comme des muets, jusqu'à ce que

l'heure arrive que le Seigneur vous permette de rapporter les mystères de sa

divinité. » Michel l’Archange nous ordonna d'aller au-delà du Jourdain, dans un

lieu très fertile et abondant où sont plusieurs qui sont ressuscités avec nous,

en témoignage de la résurrection du Christ, parce que c'est seulement pour trois

jours qu'il nous est permis, à nous qui sommes ressuscités d'entre les morts, de

célébrer à Jérusalem la Pâque du Seigneur avec nos parents, en témoignage de la

résurrection du Seigneur Christ, et nous avons été baptisés dans le saint fleuve

du Jourdain, recevant tous des robes blanches. Et, après les trois jours de là

célébration de la Pâque, tous ceux qui étaient ressuscités avec nous ont été

enlevés par des nuées ; ils ont été conduits au-delà du Jourdain, et ils n'ont

été vus de personne. Ce sont les choses que le Seigneur nous a ordonné de vous

rapporter, et donnez-lui louange et confession, et faites pénitence, afin qu'il

ait pitié de vous. Paix à vous dans le Seigneur Dieu Jésus-Christ et Sauveur de

tous les hommes. Ainsi soit-il ! Ainsi soit-il ! Ainsi soit-il ! » Et après

qu'ils eurent achevé d'écrire toutes ces choses sur des tomes séparés de papier,

ils se levèrent. Et Carinus remit ce qu'il avait écrit dans les mains d'Anne et

de Caïphe et de Gamaliel. Et pareillement Leucius ce qu'il avait écrit sur le

tome de papier, il le donna dans les mains de Nicodème et de Joseph, Et tout

d'un coup ils furent transfigurés et ils parurent couverts de vêtements d'une

blancheur éblouissante, et on ne les vit plus. Et leurs écrits se trouvèrent

égaux, n'étant ni plus ni moins grands et sans qu'il y eût même une lettre de

différence. Toute la Synagogue des Juifs, entendant ces discours admirables de

Carinus et de Leucius, fut dans la surprise, et les Juifs se disaient l'un à

l'autre : « Véritablement C'est Dieu qui a fait toutes ces choses et béni soit

le Seigneur Jésus dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il » Et ils sortirent

tous avec une grande inquiétude, avec crainte et tremblement, et ils frappèrent

leur poitrine, et chacun se retira chez soi. Toutes ces choses que les Juifs

dirent dans leur Synagogue, Joseph et Nicodème les annoncèrent aussitôt au

gouverneur, et Pilate écrivit tout ce que les Juifs avaient dit touchant Jésus,

et mit toutes ces paroles dans les registres publics de son prétoire.

Chapitre XXIX 0 versets ▼

(37)

Après cela Pilate, étant entré dans le Temple des

Juifs, assembla tous les princes des prêtres et les scribes et les docteurs de

la loi, et il entra avec eux dans le sanctuaire du Temple, et ordonna que toutes

les portes fussent fermées, et il leur dit : « Nous avons appris que vous

possédez dans ce Temple une grande collection de livres ; je vous demande de me

les montrer. » Et lorsque quatre des ministres du Temple eurent apporté ces

livres, ornés d'or et de pierres précieuses, Pilate dit à tous : « Je vous

conjure par le Dieu votre Père, qui a fait et ordonné que ce Temple fût bâti, de

ne point taire la vérité. Vous savez tout ce qui est écrit dans ces livres ;

mais dites-moi maintenant si vous trouvez dans les Écritures que ce Jésus que

vous avez crucifié est le Fils de Dieu qui doit venir pour le salut du genre

humain, et expliquez-moi combien d'années devaient s'écouler avant sa venue. »

Étant ainsi pressés, Anne et Caïphe firent sortir du sanctuaire tous les autres

qui étaient avec eux, et ils fermèrent eux-mêmes toutes les portes du Temple et

du sanctuaire, et ils dirent à Pilate : « Tu nous demandes, par l'édification de

ce Temple, de te manifester la vérité et de te rendre raison des mystères. Après

que nous eûmes crucifié Jésus, ignorant qu'il était le Fils de Dieu, et pensant

qu'il accomplissait ses miracles par quelque enchantement, nous tînmes une

grande assemblée dans ce Temple. Et, conférant entre nous sur les merveilles

qu'avait accomplies Jésus, nous avons trouvé beaucoup de témoins de notre race

qui ont dit qu'ils l'avaient vu vivant après la passion de sa mort, et nous

avons vu deux témoins dont Jésus a ressuscité les corps d'entre les morts. Ils

nous ont annoncé de grandes merveilles que Jésus a accomplies parmi les morts,

et nous avons entre nos mains leur récit par écrit. Et c’est notre coutume que

chaque année, ouvrant ces livres sacrés devant notre Synagogue, nous cherchons

le témoignage de Dieu. Et nous trouvons dans le premier livre des Septante

(38) où Michel

Archange parle au troisième fils d'Adam le premier homme, mention des cinq mille

cinq cents ans après lesquels doit descendre du ciel le Christ, le Fils

bien-aimé de Dieu, et nous avons considéré que le Dieu d'Israël a dit à Moïse :

« Faites-vous une arche d'Alliance de la longueur de deux coudées et demie, de

la hauteur d'une coudée et demie, de la largeur d'une coudée et demie. Dans ces

cinq coudées et demie, nous avons compris et nous avons connu dans la fabrique

de l'arche du vieux Testament que dans cinq milliers et demi d'années

Jésus-Christ devait venir dans l'arche de son corps, et, ainsi que nos Écritures

l'attestent, qu'il est le Fils de Dieu, et le Seigneur Roi d'Israël. Car, après

sa passion, nous, princes des prêtres, saisis d'étonnement à l'aspect des

miracles qui s'opéraient à cause de lui, nous avons ouvert ces livres, examinant

toutes les générations jusqu'à la génération de Joseph et de Marie, mère de

Jésus, pensant qu'il était de la race de David, nous avons trouvé ce qu'a

accompli le Seigneur ; et quand il eut fait le ciel et la terre et Adam le

premier homme jusqu'au déluge, il s'écoula deux mille deux cent douze ans. Et

depuis le déluge jusqu'à Abraham neuf cent douze ans. Et depuis Abraham jusqu'à

Moïse quatre cent trente ans. Et depuis Moïse jusqu'au roi David cinq cent dix

ans. Et depuis David jusqu'à la transmigration de Babylone cinq cents ans. Et

depuis la transmigration de Babylone jusqu'à l'incarnation de Jésus-Christ

quatre cents ans. Et ils font ensemble cinq milliers et demi d'années

(39), et ainsi il

apparaît que Jésus que nous avons crucifié, est Jésus-Christ, Fils de Dieu, vrai

Dieu et tout-puissant. Ainsi soit-il. »

NOTES.

(1) Indépendamment des

savants et nombreux articles que M. Maury a donnés à la Revue

Archéologique, à l’Encyclopédie Nouvelle, publiée par MM.

Didot, nous possédons de lui deux ouvrages qui attestent des recherches

laborieuses et d'érudition solide ; Essai sur les

légendes pieuses du moyen âge, 1843, in 8 ;

les Fées du moyen âge, 1843, in 12.

(2) Les

manuscrits grecs de la bibliothèque du Roi qui renferment le texte de l'Évangile

de Nicodème portent les numéros 770, 929, 1021 et 808. Thilo les décrit en

détail, p. cxx-cxxvii de son

Introduction, et il s'étend amplement sur quatre autres manuscrits auxquels

il a eu recours, (deux de Munich, un de Venise, un du Vatican), ainsi que sur

divers manuscrits latins,

(3) Les

anciennes éditions de la traduction anglaise de l’Évangile

de Nicodème,

sont des livres excessivement rares, et que les bibliophiles britanniques

couvrent de guinées ; à la vente de lord Blandford, en 1811, un exemplaire de

l'édition de 1511 s'éleva à 22 livres sterling 11 shillings (570 fr.).

(4) Dans

plusieurs manuscrits, ce préambule présente diverses variantes que Thilo a eu

soin de relever (p. 500) ; il se trouve aussi quelques différences dans certains

de ces noms propres ; ainsi au lieu de Summas que donnent les manuscrits latins,

des codices grecs portent Siméon, et d'autres Noïmes (abréviation sans

doute de Noïménios, nom qui se retrouve au 1er livre des Macchabées,

chap. xii, v. 16).

L'accusation de magie devait avoir de la gravité aux yeux de Pilate, chargé des

pouvoirs de l'empereur. Tibère sévissait contre les enchanteurs, ainsi que

l'attestent Suétone">Suétone (Vie de Tibère,

ch. 86), Tacite">Tacite (Annales, l. II, ch. 82) et Dion Cassius (l. LVII, ch.

15).

(6) L'usage

d'étendre par terre des vêtements et des manteaux au-devant d’un personnage

qu'on voulait honorer, se retrouve chez diverses nations. J. Nicolaï en a fait

le sujet d'une dissertation spéciale : de

substratione

vestium,

(Giessen, 1701) ; voir aussi M. de Boa,

Singularia

Scripturae,

t. II, du 7, et les notes des commentateurs sur le verset 8 du ch.

xii de saint Mathieu.

(7) Cet hommage

rendu par les drapeaux rappelle la légende que nous avons déjà signalée et

d'après laquelle des arbres, s’inclinant d'eux-mêmes, avalent salué l'enfant

Jésus lors de la fuite en Egypte.

(8) Quelques

anciens auteurs ont donné a l’épouse de Pilate le nom de Procla ou de Claudia

Procula, ils ont pensé qu'elle avait eu foi en Jésus-Christ. Les Abyssiniens

l'appellent Abrecla, ainsi que le remarque Ludoplhe (Lexic.

Aethiop.

p. 541). L'église grecque l'a mise au rang des saintes et célèbre au fête le 27

octobre. Voir à cet égard la longue note de Thilo, p. 522. Selon une traduction

répandue parmi les Coptes, Pilate s'était converti et avait souffert le martyre.

S'il faut s'en rapporter à d'autres légendes, dépossédé de son gouvernement et

relégué dans la Gaule, il se serait tué de désespoir à Vienne, en Dauphiné. On

trouve en plusieurs endroits de l'Europe des montagnes qui portent le nom de

Pilate, et que les habitants du pays rattachent à son histoire, (voir Salverte,

Essai sur les noms propres, t. II, p. 291).

Nous pourrions citer de nombreux écrits relatifs à ces légendes ; nous nous en

tiendrons à indiquer les poésies latines et allemandes, contenues dans l’Anzeiger

de Mone, 1835, col. 421-426.

(9) Le songe de

la femme de Pilate a été l’objet d’interprétations diverses de la part des Pères

et des anciens écrivains ecclésiastiques. Thilo a rassemblé, à cet égard, nombre

de passages d’Origène">Origène, de saint Ambroise, de saint Hilaire, etc.

(10) De ces

trente-neuf coups, treize devaient être donnés sur l'épaule droite, treize sur

l'épaule gauche, treize au-dessus des épaules. S. A. Othon a réuni dans son

Lexicon

Rabbinicum,

p. 244, nombre de passages relatifs à cette flagellation. Elle fut conservée en

vigueur jusqu'à des temps rapprochés de nous, car Uriel Acosta, penseur

indépendant et hardi, la subit à Amsterdam vers le milieu du

xviie siècle.

(11) Nicodème

mourut peu de temps après la passion de Jésus-Christ. Gamaliel le fit inhumer à

côté de saint Etienne. C'est peut-être ce qui a porté le patriarche de

Constantinople Photius à croire que Nicodème avait été victime de la même

persécution. L'église l’honore seulement comme confesseur, le 8 août

(12) St

Mathieu (chap. ix. 20) n'a point

fait connaître le nom de cette femme. Selon un sermon attribué à tort à saint

Ambroise, (Serm.

47, in append. edit Benedict. olim

libellus de Salom.

c. 5) c'était Marthe, la sœur de Lazare. Eusèbe dit que c'était une femme

idolâtre et qu'elle érigea en mémoire du miracle une statue qu'il a vue de ses

yeux. Selon Philostorge et Sozomène, l'empereur Julien fit renverser cette

statue. Nous renvoyons d'ailleurs à une assez longue note de Thilo, p. 561, à

Dom Calmet, (Commentaire sur la Bible, 1726, tome

VII, p. 83), et à Fabricius, t. II, p. 445-455 ; ce dernier rapporte, en grec et

latin, une prétendue lettre de l’hémorroïsse au roi Hérode, d'après la

Chronographie de Jean Malala (Oxford, 1691, p. 305.) M. Maury pense que

c'est dans l'évangile de Nicodème que Malala a pris le nom de

Βερονίαη,

Veronica, qui depuis a généralement été donné par les légendaires à

l’hémorroïsse.

(13) Chez les

Juifs, avant qu'un accusé fût livré au supplice, un héraut demandait à haute

voix s'il n'y avait pas de témoins qui vinssent déposer en faveur de son

innocence. Voir le traité Sanhédrin,

dans la Mischna,

édition de Surenhusius, tom. iv,

p. 233.

(14) Cette

coutume de délivrer des prisonniers à l'occasion de quelques grandes fêtes,

existait chez les Romains et chez les Athéniens. Elle fut en vigueur lors des

solennités de Pâques, à la cour des premiers empereurs chrétiens. Remarquons en

passant qu'il n'y a pas longtemps un jurisconsulte célèbre, M. Dupin aîné, a

discuté la légalité et la régularité de la procédure instruite contre le

Sauveur. (Jésus

devant Caïphe et Pilate, Paris, 1828, in-18) ; il a

combattu des assertions émises par M. Salvator, et que celui-ci a cherché à

soutenir dans une seconde édit (1838) de son ouvrage (Jésus-Christ

et sa doctrine, tom. II, p. 520). Indiquons aussi aux

bibliophiles le Trésor

admirable de la sentence de Pilate

contre Jésus-Christ,

trouvée

miraculeusement, écrite

sur parchemin, dans la ville d'Aquila,

traduit de Vitalien, Paris, 1581, in-8º, opuscule de 24

feuillets, dont il y a une autre édition, Paris, 1621, (de 16 pages), et dont il

a été fait, en 1839, à la librairie de Techener, une réimpression

fac-similé.

Selon l'inventeur de cette pièce, indigne que la critique s'en occupe un

instant, on la découvrit dans un vase de marbre, enclos de deux autres vases,

l'un de fer et l'autre de pierre.

(15) On

trouve dans la Chronique de Martin le Polonais, (l. III, p. 118), divers

récits fabuleux relatifs à ce Longin. On a prétendu qu'il avait été enseveli

dans l’île Barbe, au confluent de la Saône et du Rhône. Des actes nullement

authentiques ont été inscrits sous son nom dans le recueil des Bollandistes, au

15 mars. Voyez d'ailleurs Th. Bartholinus,

Latere

Christi aperto,

cap. vi, et Thilo, p, 586.

(16) Les

Grecs célébraient la fête du bon larron, le 10 des calendes d'avril, les latins

le 8. Consultez la collection des Bollandistes, au 25 mars. La croix sur

laquelle il mourut fut longtemps conservée, dit-on, dans l’île de Chypre. César

de Nostradamus, fils du célèbre prophète, a composé un petit poème, intitulé

Dymas, ou le Bon Larron, Tholose, 1606.

(17) Ces

récits, relatifs à Joseph d'Arimathie, ont passé dans les épopées chevaleresques

; c'est lui qui a été prêcher la foi dans la Grande-Bretagne. Les Grecs

célèbrent sa fête le 31 juillet ; il figure au calendrier romain sous la date du

17 mars. Sa vie est tout au long dans le recueil des Bollandistes, t. II, de

mars, p. 507 et suiv.

(18) Thilo

donne, p. 618-622, une note fort étendue au sujet du mont des Olives ; nous

croyons qu'il suffira de l'indiquer.

(19) Les

écrivains rabbiniques abondent en récits d'apparitions fort apocryphes d'Élie.

Voir l'ouvrage d'Eisenmenger, Judaïsmum

detectum,

t. I, p. II et suiv., t. II, p. 402-407, Francfort, 1700, 2 vol. in 4°.

(20) Dans

Grégoire de Tours, où se retrouve la même histoire, ce n'est pas Jésus mais un

Ange qui vient délivrer Joseph.

(21) Chez les

Pères et chez les écrivains du moyen-âge, s'endormir se rencontre mainte et

mainte fois comme synonyme de mourir,

(22) Gassendi

rapporte une ancienne formule de serment selon laquelle les Juifs juraient par

le Dieu père, Adonaï, par le Dieu qui apparut à Moïse dans le buisson ardent, et

par toute la loi que Dieu a enseignée à Moïse, son serviteur. — Quant aux noms

de Carinus, de Leucius, Beausobre et M. Maury les rapprochent de celui du

faussaire Lencius ou Lucius qui vivait à la fin du premier siècle ou au

commencement du second. Il est à croire que l'auteur de l'Évangile de Nicodème a

pu prendre dans quelque œuvre apocryphe, à laquelle s’attachait le nom de ce

faussaire, l’idée d'attribuer à deux personnages de ce nom, sa relation de la

descente aux enfers.

(23) Origène">Origène

est, je crois, le premier écrivain ecclésiastique qui ait fait mention de

l’allocution que saint Jean-Baptiste adresse, en sa qualité de précurseur du

Sauveur, aux âmes détenues dans les prisons de l'enfer. (Voir le t. II, p. 495

de l'édition des Bénédictins, Paris, 1738-59, 4 vols in-folio). Nous pourrions

rapporter ici, ainsi que sur chacune des phrases de récrit que nous traduisons,

une foule de passages extraits des pères de l'église et des écrivains

ecclésiastiques, mais ces discussions théologiques ne seraient nullement à leur

place. Nous renvoyons ceux qu'elles intéresseraient aux notes hérissées de grec

de l'édition de Thilo et au livre de Dietelmayer :

Historia

dogmatica de descensu Christi ad

inferos. Nous

signalerons la dissertation de Semler :

De vario

impari veterum

studio in recolenda historia descensus ad

inferos,

ainsi qu'à celle d'Ittig : de

evangelio mortuis annuntiato.

M. Alfred Maury, dans la dissertation que nous avons déjà citée, a discuté

plusieurs de ces passages des Pères. Nous mentionnerons seulement les

circonstances de l'apparition de saint Jean-Baptiste sous les traits d'un ermite

; plus tard nous reverrons le bon larron porter les traces de son crucifiement,

preuve de l'opinion généralement répandue dans l'antiquité que l'âme, affranchie

du corps, en conservait toutefois la forme et les signes distinctifs. N'omettons

pas de dire que parmi les manuscrits du musée Britannique, il s'en trouve un en

langue copte écrit au septième ou huitième siècle ; il paraît avoir quelque

analogie avec l'Évangile de Nicodème, et des érudits le regardent comme une

traduction d'un écrit de Valentin, le chef d'une des plus illustres écoles

gnostiques de l'Egypte. L'auteur de cet ouvrage dont la forme est dramatique,

suppose que Jésus-Christ, après sa résurrection, passe douze années avec ses

disciples, leur développant, dans une suite d'instructions, une révélation

supérieure, et la science du monde des intelligences. — On sait que les

Bibliothèques de l'Angleterre possèdent des manuscrits coptes d'une haute

importance, intitulés : la Fidèle

Sagesse, les Mystères

du monde

invisible, etc. La publication de ces écrits éclairerait la philosophie

des premiers siècles du christianisme, et jetterait de la clarté sur les

doctrines du gnosticisme, doctrines encore imparfaitement connues, malgré les

travaux d'érudits tels que Neander et M. Matter. On trouvera, à l'égard de ces

compositions en copte, quelques renseignements malheureusement trop courts, dans

une brochure de M. Dulaurier que nous avons déjà citée à propos de l'histoire de

Joseph : Fragment des révélations

apocryphes de saint Barthélémy

(Paris, impr. royale, 1885). Voir aussi la lettre de ce judicieux érudit an

ministre de l'instruction publique, du 24 octobre 1833, (Moniteur de la

même année, p. 2408).

(24) Parmi

les diverses opinions relatives à la délivrance des patriarches, il faut citer,

à cause de sa singularité, celle des Marcionites. Selon cette secte de

gnostiques, Caïn et ceux qui lui ressemblaient, les habitants de Sodome, les

Égyptiens et tous ceux enfin qui avaient marché dans les voies de l'iniquité,

avaient seuls été sauvés par le Seigneur, lors de sa descente aux enfers, à

l'exclusion d'Abel, d'Enoch, de Noé, des imitateurs d'Abraham et des prophètes.

(25) Il a

circulé nombre de légendes fabuleuses au sujet de ce patriarche ; on lui a

attribué divers écrits. Georges Syncelle raconte, d'après la Petite

Genèse

(livre attribué à Esdras), que Seth fut instruit par les Anges de la venue du

Sauveur et de la marche des choses futures, et qu'il en fît part à ses enfants.

Des rabbins prétendent qu'Adam envoya Seth aux portes du Paradis demander à

l'Ange une branche de l'arbre de vie ; et, de cette branche, enfoncée en terre,

il naquit un bel arbre qui fournit successivement la verge d'Aaron, celle de

Moïse, le bois que Moïse jeta dans les eaux pour les rendre douces, le support

qui soutint le serpent d'airain. Le moyen-âge forgea là-dessus un récit

merveilleux, d'après lequel le tronc de cet arbre, après avoir été employé à la

construction du Temple de Salomon, donna le bois de la vraie croix, récit qui se

trouve entre autres ouvrages dans l’Histoire de la

pénitence

d'Adam, traduit du latin en français par Colard Mansion, typographe de

Bruges, au sujet duquel M. Van Praët a publié des Recherches

intéressantes. D'autres écrivains modifiant quelques circonstances de ce récit,

racontèrent que l'arbre ne put s'adapter à aucune portion du Temple, et qu'on le

plaça sur un fleuve où il servait de pont ; la reine de Saba ne voulut point

mettre le pied dessus, parce qu'elle savait que le rédempteur du monde devait

souffrir sur ce bois. Les Juifs le jetèrent dans un égout, lequel devint la

piscine miraculeuse dont il est question dans l'Évangile (saint Jean, chap. 5).

Voir un passage d'Adelphus, cité dans le

Thesaurus

hymnologicus de Daniel, t. II,

p. 80, et dans les Poésies

populaires

latines du moyen-âge,

de M. Edelestand du Méril, p. 320.

(26)

Indiquons ici un passage des Récognitions

de saint Clément (l. i. c. 45),

ouvrage du premier siècle, où il est donné une explication mystique de cette

onction de l'huile, provenant de l'arbre de vie. Dans la cérémonie du baptême,

chez les Ophites, hérétiques antérieurs à Origène">Origène, le néophyte disait : «

Oignez-moi du baume blanc de l'arbre de vie. » Selon les écrivains juifs,

l'arbre de vie, ainsi que tout ce qui était dans le Paradis terrestre, a été

transporté dans le ciel ; le livre d'Enoch (édit. d'Oxford, 1824) le dit

formellement (chap. XXIV. i-ii;

XXXI. i-v). On peut recourir aux

passages qu'a réunis Schœttgenius dans ses

Horae Heb.

et Talm.

p. 1095. Puisque nous avons parlé de l'arbre de vie, notons, qu'au dire de

quelques rabbins, celui qui était au milieu des jardins de l'Éden était si gros

qu'il aurait fallu cinq cents ans à un homme tel que nous, pour en faire le

tour.

(27) Les

écrits les plus anciens indiquent l'Archange Michel comme le protecteur des

Israélites et des chrétiens. Hermas, dans le livre du Pasteur, l'appelle

le défenseur et le chef des fidèles ; Sophorinus, archevêque de Jérusalem, dans

son discours de l'excellence des Anges, (inséré dans la

Bibliothèque

des Pères, édit. de Lyon, t. XII, p. 210), le qualifie de prince

établi sur tout le genre humain, de saint archi-satrape, de conservateur du

corps, celui qui éclaire toute créature et qui introduit les âmes au ciel.

(28) Quelques

sectes des premiers siècles, les Montanistes, entre autres, poussèrent ridée de

la nécessité et de l'efficacité du baptême jusqu'à baptiser les cadavres

d'individus morts avant d'avoir pu recevoir ce sacrement Voyez Vossius,

Dissert

de baptismo,

Wall, History of pœdobatism,

Monter, de

antiquit. eccles. gnosticorum.

Selon un théologien grec, Théodore Abucaras, tous les saints de l’Ancien

Testament furent baptisés par le mélange de sang et d'eau qui s'écoula du côté

de Jésus-Christ.

(29) Cette

distinction entre Satan et le prince de l'enfer se retrouve dans quelques

ouvrages des anciens auteurs ecclésiastiques et dans divers écrits apocryphes,

notamment dans les actes de saint Thomas que Thilo a publiés en 1823, avec un

commentaire, d'après un manuscrit, resté inédit, de la bibliothèque du roi.

(30)

L'expression de Tartare se retrouve dans quelques poètes ecclésiastiques.

Fulbert, de Chartres, disait, au dixième siècle, dans son hymne pour la fête de

Pâques : « Quam

devorarat improbus Prœdam

refudit Tartarus ; »

et nous trouvons dans une pièce de vers attribué à tort, sans doute, à Victorin,

de Poitiers : « A

sedibus imis

Tartarus evomuit

proceres. »

Si quelque lecteur tenait à connaître tous les passages des Pères, où

reparaissent ces description de l'enfer que le vulgaire interprétait à la

lettre, renvoyons-le avec M. Maury, à deux ouvrages de Mamachi,

animabus justorum in sinu

Abrahœ,

ante

Christi

mortem, Romae, 1766, 2 vol.

in-4°, et de T.-L. Kœnig, Die Lehre von Christi.

Hœllenfahrt,

Francfort, 1842.

(31) Il a

existé des livres attribués à Lazare, mais ils sont perdus.

(32)

Beausobre, dans son Histoire du Manichéisme

(i, 374) s'exprime ainsi au sujet

de ce discours : « C'est le plus bel endroit de la pièce. L'orateur y prête au

prince du Tartare toute son éloquence. Il lui prête même des sentiments qui

feraient croire qu'il y a encore quelques principes de justice aux enfers. »

(33) Après

Belzebuth, quelques manuscrits portent l'épithète de

tricapitinus

tricapitus.

Ce qui rappelle un passage du Kidduschin folio 29. — « Le rabbin Acha

passa la nuit dans un cimetière, et bientôt le démon lui apparut, et il avait la

forme d'un démon à sept têtes. » Le chien à trois têtes, le Cerbère des Grecs

est chargé de la garde de l'enfer chrétien, dans un des hymnes grecs de

Synésius, évêque de Ptolémaïs, mort vers 630 ; on le retrouve comme l'emblème du

diable sur une des colonnes de l'église de Saint-Martin, à Tarascon.

(34) Nous

pourrions rapporter ici nombre de passages d’écrivains ecclésiastiques et

d'anciens prédicateurs qui s'accordent avec les récits de l'Évangile de

Nicodème, non seulement pour le fend des choses, mais encore pour les mets ; il

suffira d'en avoir prévenu une fois.

(35) La

plupart des docteurs des 4e,

5e et 6e siècles, ont cru qu'il s'agissait ici du Paradis

terrestre, ils le représentaient comme existant encore sur la terre. Quelques

'écrivains l'ont placé dans l'île de Taprobane ou de Ceylan. Albert le Grand

rapporte qu'il est aux extrémités de l'Inde, sur une montagne tellement élevée,

qu'elle atteint jusqu'à la lune. Il est digne de remarque que c'est en effet

dans l'Inde que se trouvent les cimes de l'Himalaya, les pics les plus, altiers

et les plus inaccessibles sur la surface de noire planète. D'autres, tels que

Pierre Lombard, le Maître des sentences, se bornent à placer le jardin d’Eden

sur une montagne que les eaux du déluge n'ont pu recouvrir. Il serait long et

fastidieux de rechercher les diverses places que l'on a données au Paradis

terrestre ; les Musulmans le mettent dans le septième ciel, Hardoin, aux

environs de Damas, Heidegger, dans la vallée du Jourdain, Reland, dans

l'Arménie, Fregge, sur les bords de la mer Caspienne, Marignola dans les

Maldives, Hasse, sur les rives de la Baltique, Rudbeck en Suède, et Schulz, dans

les régions polaires.

(36) Nous

avons déjà parlé d’Énoch, et nous renvoyons à une longue note de Thilo, p.

756-791, ceux qui seraient curieux de rechercher les diverses opinions émises au

sujet de ce patriarche. Nous ajouterons que, selon une tradition fort répandue

parmi les Hébreux, Moïse aurait été enlevé vivant au ciel, ainsi qu'Enoch et

ainsi qu'Élie, et qu'il a existé un livre apocryphe de l’Assomption de

Moïse.

On a prétendu également que Jérémie avait été exempt de la loi commune du

trépas, et qu'il reviendrait sur la terre avec Elie. (Voir saint Hilaire, conc.

20 in

Matthœum,

et Bartolocci, Bibliotheca

rabbinica,

t. IV p. 513).

Quant à Enoch et aux écrits qui lui sont

attribués, nous ajouterons les indications suivantes à celles qui sont contenues

dans une de nos notes sur l’Histoire de Joseph : G. S.

Sandmark, De

libro Enochi prophetico,

Lund, 1769, 4° ; J. Rezel et Denell,

de prophetia

Enochi,

ibid. 1769, 4° ; Silvestre de Sacy, Notice du livre

d’Enoch, traduit de l’Éthiopien

en latin, dans le Magasin Encyclopédique,

1800, t. I, p. 869 ; The book of Enoch the

prophet, an apocryphal, production

discovered

at the close of the last century

in Abysinia now first translated from

an Ethiopic

mss.

R. Laurence, Oxford (1821), 1833, 8° ; R. Murray,

Enoch

restitutus,

Londres, 1833, 8° ; A. C. Hoffmann, Das Buch Enoch, Jena

1838, 8°. Nous remarquerons aussi que les Arabes ont donné à Enoch le nom

d'Edris : Enoch dictas

Edris propter multiplex studium ; dimisit

enim ei altissimus triginta

volumina, (Hottinger, Hist.

orient. l. I, c. 3), Abulpharage affirme que d'anciens auteurs grecs (grœci

antiquiores)

assuraient que ce patriarche était le même qu'Hermès, dit Trismégiste. Plusieurs

écrits nous sont parvenus sous le nom de ce dernier personnage dont l'existence

est entourée d'épaisses ténèbres. On peut consulter à cet égard J. G. Rœser,

Dissert.

de Hermete,

(Viteberg. 1636, 4°), Baumgarten Crusius :

de libror.

hermetic. indole atque origine.

(Jenae, 1827, 4°). Quant aux livres qui lui sont attribués, ils sont au nombre

de deux, (Pimander,

de sapientia et potestate Dei ; Asclepius,

de voluntate divina)

; le premier fut traduit en latin par Marsile Ficin, et cette traduction,

imprimée en 1471, fut souvent reproduite au seizième et au dix-septième siècle.

Le texte grec fut publié pour la première fois à Paris, en 1554, chez Adrien

Turnèbe. On en connaît deux traductions françaises par G. du Préau, Paris,

1549, et par F. de Foix de Candalle, Bordeaux, 1574, in-8°. Chacune

d'elles ont eu les honneurs de la réimpression. (Au sujet de ces diverses

éditions, consulter le Manuel du Libraire, 1843, t, III, p.

363). M. Ravaisson, dans son travail sur la métaphysique d'Aristote, t. II, p.

481, s'exprime ainsi à l’égard de ses écrits : « Ils sont apocryphes, mais ils

ne sont pas toutefois aussi récents que quelques auteurs l'ont supposé. Le

Pymandre est évidemment l'œuvre d'un chrétien, la doctrine de l’Asclepius, livre

important et peu étudié, présente de singuliers rapports avec celle de Philon et

des cabalistes. »

(37) Ce

chapitre n'existe point en grec et dans une partie des manuscrits latins, il est

l'œuvre d'une main plus récente ; l'ignorance de l'auteur se trahit lorsqu'il

raconte que Pilate, un païen, put entrer, sans empêchement, dans le sanctuaire

du Temple.

(38) Il y a

lieu de croire que cette expression de Septante se rapporte aux 70 livres, que

la tradition attribuait à Esdras ; le premier d'entre eux, connu sous le nom de

la Petite-Genèse,

renfermait les dialogues de l'Archange Michel avec Seth.

(39)

Remarquons que si l’on additionne ces diverses périodes, l’on trouve 4964 et non

5500 ans. D'autres manuscrits portent des chiffres un peu différents, mais aucun

n'a eu l'habileté de tomber juste.

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