⚠️ Évangile de l'Enfance (Thomas)
Texte apocryphe — rejeté du canon biblique
LES ÉVANGILES APOCRYPHES
ÉVANGILE DE
L'ENFANCE.
Traduction française :
GUSTAVE BRUMET
Oeuvre numérisée par Marc Szwajcer
APOCRYPHE
ÉVANGILE DE L'ENFANCE.
INTRODUCTION
Henry Sike donna à Utrecht, en 1697, la première édition du texte
arabe de cette légende. Il rétablit, d'après un manuscrit qui se trouva dans la
vente faite à Leyde de la bibliothèque du savant Golius. On ignore ce qu'est
devenu ce manuscrit (1), peut-être a-t-il passé en Angleterre, car Sike s'était
rendu en Hollande avec un anglais nommé Huntington, qui étudiait les langues
orientales pour se préparer à un voyage dans le Levant, mais qui, plus tard,
renonça à son projet, revint dans sa patrie, fut nommé professeur d'arabe à
Oxford, et finit par se pendre de ses propres mains en 1712.
Sike regardait le texte arabe comme la traduction d'un original
fort ancien écrit primitivement en grec ou en syriaque. Un auteur arabe,
Ahmed-Ibn-Idris, cité par Maracci dans son travail sur le Coran, atteste que
l'on croyait que l'Évangile de l'Enfance, regardé comme le cinquième des
Évangiles, avait été rédigé par saint Pierre qui en avait recueilli les
matériaux de la bouche de Marie.
Fabricius se contenta de donner la version latine de Sike en y
joignant en marge de courtes notes assez in- signifiantes; Thilo a réimprimé le
texte arabe soigneusement corrigé, il a revu la traduction et il a conservé
celles des notes du premier éditeur qui offraient le plus d'importance.
Nous connaissons quatre traductions allemandes de cet Évangile;
la première vit le jour en 1699, sans indication de lieu et sans nom d'auteur ;
la seconde, également anonyme, porte la date de 5738 (1789) à Jérusalem ; la
troisième vit le jour en 1804; la quatrième fait partie du recueil déjà cité du
docteur Borberg (t. I, p. 135 et suiv.)
L'on a cru pouvoir attribuer la rédaction de l'Évangile de
l'Enfance tel que nous le possédons à quelque écrivain nestorien ; il est de
fait que cette légende à toujours joui chez ces sectaires de la plus grande
faveur. On l'a retrouvée chez les chrétiens de Saint-Thomas, fixés sur la côte
de Malabar et qui partagent les erreurs anathématisées par le concile œcuménique
d'Éphèse. Les Arméniens en ont reproduit dans leurs divers écrits les
principales circonstances.
A des époques d'ignorance, l’on ne manqua point d'attribuer cet
Évangile à l'un des apôtres; l'on désigna successivement saint Mathieu ou saint
Pierre, saint Thomas ou saint Jacques comme l'ayant composé, saint Irénée
croyait que c'était l'œuvre de quelque marcosien, Origène">Origène y voit la main de
Basilide, et saint Cyrille celle de quelque sectateur de Manès. Quoi qu'il en
soit, ce recueil de traditions, plus ou moins hasardées, se retrouve dans tout
l'Orient le même pour le fond des choses.
Il est facile de se rendre compté de la grande popularité dont a
joui cet Évangile, en Egypte surtout, lorsque l'on réfléchit que c'est en Egypte
même que se passent la plupart des faits qu'il relate. Les Coptes ont possédé un
grand nombre d'ouvrages relatifs à ces mêmes événements ; Assemani mentionne
dans sa Bibliothèque
orientale (t. II, 517, t. III, P. I, 286 et 641), une histoire de la fuite
de la sainte Vierge et de saint Joseph en Egypte, faussement attribuée à
Théophile d'Alexandrie.
Un prélat égyptien, Cyriaque, évêque de Tabenne, se distingua par
l'empressement qu'il mit à recueillir et à propager ces légendes si propres à
charmer des auditeurs peu éclairés, mais de bonne foi ; la bibliothèque du Roi
possède de lui deux copies d'une histoire de Pilate et deux sermons (manuscrit
arabe, n° 143), dont le savant Sylvestre de Sacy, dans une lettre adressée à
André Birch, et que celui-ci a publiée (Copenhague, 1815), a donné une analyse
curieuse ; on ne sera pas fâché de la retrouver ici.
Le premier de ces deux discours a pour objet de célébrer le jour
où J. C. enfant accompagné de la sainte Vierge, de Joseph et de Salomé, au
moment de sa fuite en Egypte, s'arrêta au lieu nommé, aujourd'hui le monastère
de Baisous, situé à l'est de Banhésa. Le jour est le 25 du mois de Paschous.
Suivant cette légende, l'enfant Jésus fit en ce lieu un grand nombre de
miracles; entre autres choses, il planta en terre les trois bâtons d'un berger
et de ses deux fils, et sur le champ, ces bâtons devinrent trois arbres couverts
de fleurs et de fruits, qui existaient encore du temps de Cyriaque. Cyriaque
prétend avoir appris tontes ces particularités de diverses visions qu'eut un
moine nommé Antoine, en conséquence desquelles il fit faire des fouilles en cet
endroit; on y trouva un grand coffre fermé contenant tous les vases sacrés d'une
église, avec une inscription, qui apprit que le tout avait été caché au
commencement de la persécution de Dioclétien, par le prêtre Thomas, qui
desservait cette église, l’ordre lui en ayant été donné dans un songe. Le coffre
ouvert, on y trouva les vases sacrés, et un écrit que Ton lut et qui contenait
toute l'histoire de l'enfant Jésus, avec ses parents en ce lieu, le 25 du mois
de Paschous, et le récit de tous les miracles, par lesquels il y avait manifesté
sa divinité. Cette relation était écrite de la main de Joseph, époux de la
sainte Vierge. Elle est fort longue. Après l'avoir lue, Cyria-que fit bâtir, en
ce lieu, une église, dont la construction fut encore accompagnée de visions, et
la desserte confiée au moine Antoine. Cyriaque raconte en finissant, comment un
homme qui avait souillé cette église et y avait commis des dégâts, fut tué à peu
de distance de là par un monstre envoyé de Dieu. — Le second discours de
Cyriaque a pour objet l'arrivée et le séjour de l'enfant Jésus et de ses parents
en un lieu de la province de Cous, lieu nommé aujourd'hui le couvent brûlé. Le
discours est fait pour être lu le 7 de Barmandi, jour anniversaire de l'arrivée
de la sainte famille en ce lieu. Le tissu de cette légende est tout à fait
semblable à celui de la précédente.
Transcrivons aussi un passage des voyages de Thévenot (liv. II,
ch. 75), où il est question des récits conservés parmi les chrétiens qui
habitent sur les bords du Nil.
« Les Coptes ont plusieurs histoires fabuleuses tirées des livres
apocryphes qu'ils ont encore parmi eux. Nous n'avons rien d'écrit de la vie de
Notre-Seigneur, durant son bas-âge, mais eux, ils ont bien des particularités,
car ils disent que tous les jours il descendait un ange du ciel, qui lui
apportait à manger, et qu'il passait le temps à faire avec de la terre de petits
oiseaux, puis il soufflait dessus, et les jetait après en l'air, et ils
s'envolaient. Ils disent qu'au jour de la cène on servit à Notre-Seigneur un coq
rôti, et qu'alors Judas étant sorti pour aller faire le marché de
Notre-Seigneur, il commanda au coq rôti de se lever et de suivre Judas; ce que
fit le coq, qui rapporta ensuite-à Notre-Seigneur que Judas l'avait vendu, et
que pour cela ce coq entrera en paradis, »
Vansleb qui parcourut l'Egypte au dix-septième siècle, rapporte
diverses légendes analogues à celle-ci; on montre encore, observe-t-il, un
olivier que l'on dit être venu d'un bâton que Jésus avait enfoui en terre, l'on
parle d'une fontaine qu'il fit paraître tout d'un coup pour étancher la soif
dont souffrait Marie, et tous les malades qui burent de cette eau miraculeuse
furent guéris.
Nous montrerons dans les notes dont nous accompagnerons
l'Évangile de l'Enfance, combien les Musulmans y ont ajouté de traditions
empreintes de l'imagination orientale ; les écrits des docteurs juifs ont
également reproduit quelques-uns des récits de notre légende; c'est ainsi que le
Toldos Jeschu, l'un des ouvrages que les rabbins ont essayé de
diriger contre le christianisme (2), mentionne les oiseaux que Jésus formait
avec de la boue et qu'il animait de son souffle; le même ouvrage donne le nom
d'Elchanon comme celui du maître qui instruisit le fils de Marie ; d'après un
passage un peu obscur, il est vrai, de la Gemare de Babylone (3), il se serait
appelé Josué fils de Pérachia. Parmi les traductions de l’Évangile
de l'Enfance en diverses langues, nous ne pouvons omettre celle
qui vers le treizième siècle, eut lieu dans l'idiome du midi de la France ; M.
Raynouard en a publié des extraits à la fin du premier volume de son Lexique
roman.
EVANGILE DE L’ENFANCE
Au nom du Père, et du Fils, et de l’Esprit-Saint, Dieu unique.
Avec le secours et l'assistance du Dieu tout-puissant, nous
commençons à écrire le livre des miracles de notre Sauveur, maître et Seigneur
Jésus-Christ, lequel s'appelle l'Évangile de l'enfance, dans la paix du Sauveur.
Ainsi soit-il.
Nous trouvons dans le livre du grand-prêtre Joseph qui vécut du
temps de Jésus-Christ (et quelques-uns disent que son nom était Caïphe) que
Jésus parla lorsqu'il était au berceau et qu'il dit à sa mère Marie : moi que tu
as enfanté, je suis Jésus, le fils de Dieu, le Verbe, ainsi que te l'a annoncé
l'ange Gabriel et mon père m'a envoyé pour le salut du monde.
L'an trois cent soixante-neuf de l'ère d'Alexandre, Auguste
ordonna que chacun se fit enregistrer dans sa ville natale. Joseph se leva donc
et conduisant Marie son épouse, il vint à Jérusalem, et il se rendit à Bethléem
pour se faire inscrire avec sa famille dans l'endroit où il était né; lorsqu'ils
furent arrivés tout proche d'une caverne, Marie dit à Joseph que le moment de sa
délivrance était venu et qu'elle ne pouvait aller jusqu'à la ville, « mais, »
dit-elle,« entrons dans cette caverne. » Le soleil était au moment de se
coucher. Joseph se hâta d'aller chercher une femme qui assistât Marie dans
l'enfantement, et il rencontra une vieille Israélite qui venait de Jérusalem et
la saluant, il lui dit : « entre dans cette caverne où tu trouveras une femme au
moment d'accoucher. » (4)
Et après le coucher du soleil, Joseph arriva avec la vieille
devant la caverne et ils entrèrent. Et voici que la caverne était toute
resplendissante d'une clarté qui surpassait celle d'une infinité de flambeaux et
qui brillait plus que le soleil à midi. L’enfant enveloppé de langes et couché
dans une crèche, tétait le sein de sa mère Marie. Tous deux restèrent frappés de
surprise à l'aspect de cette clarté, et la vieille demanda à Marie : « Est-ce
que tu es la mère de cet enfant? » Et Marie ayant répondu affirmativement, la
vieille lui dit : « Tu n'es pas semblable aux filles d'Eve, » et Marie repartit
: « De même qu'il n'y a parmi les enfants aucun qui soit semblable à mon fils,
de même sa mère est sans pareille parmi toutes les femmes. La vieille dit alors
: « Madame et maîtresse, je suis venue pour acquérir une récompense qui dure à
jamais, et Marie lui répondit : « Pose tes mains sur l'enfant. » Lorsque la
vieille l'eut fait, elle fut purifiée, et quand elle fut sortie, elle disait : «
Dès ce moment, je serai la servante de cet enfant, et je serai vouée à son
service durant tous les jours de ma vie. »
Ensuite, lorsque les bergers furent arrivés, (5) et qu'ayant
allumé le feu, ils se livraient à la joie, les armées célestes leur apparurent,
louant et célébrant le Seigneur, la caverne eut toute ressemblance à un temple
auguste, où des rois célestes et terrestres célébraient la gloire et les
louanges de Dieu à cause de la nativité du Seigneur-Jésus-Christ. El cette
vieille Israélite voyant ces miracles éclatants, rendait grâces à Dieu, disant :
« Je vous rends grâce, ô Dieu, Dieu d'Israël, parce que mes yeux ont vu la
nativité du Sauveur du monde (6) ».
Lorsque le temps de la circoncision fut arrivé, c'est-à-dire, le
huitième jour, époque à laquelle la loi prescrit que le nouveau-né doit être
circoncis., ils le circoncirent dans la caverne, et la vieille Israélite
recueillit le prépuce (d'autres disent que ce fut le cordon ombilical qu'elle
recueillit) et le mit dans un vase d'albâtre rempli d'huile de vieux nard. Et
elle avait un fils qui faisait commerce de parfums, et elle lui donna ce vase,
en disant : « Garde-toi de vendre ce vase rempli de parfum de nard, lors même
qu'on t'en offrirait trois cents deniers. » C'est ce vase que Marie la
pécheresse acheta et qu'elle répandit sur la tête et sur les pieds de Notre
Seigneur Jésus-Christ, en les essuyant de ses cheveux. Quand dix jours se furent
écoulés, ils portèrent l'enfant à Jérusalem, et à l'expiration de la
quarantaine, ils le présenteront dans le temple au Seigneur, en donnant pour lui
les offrandes que prescrit la loi de Moïse où il est dit : « Tout enfant mâle
qui sortira du ventre de sa mère sera appelé le saint de Dieu. »
Le vieillard Siméon vit l'enfant Jésus brillant de clarté comme
une colonne de lumière, tandis que la Vierge Marie, sa mère, le portait dans ses
bras et qu'elle ressentait une extrême joie et une foule d'anges formaient comme
un cercle autour de lui, célébrant ses louanges et l'accompagnant, ainsi que les
satellites d'un roi vont à sa suite. Siméon s'approchant donc avec empressement
de Marie et étendant ses mains vers elle, disait au Seigneur Jésus : «
Maintenant, Seigneur, votre serviteur peut se retirer en paix suivant votre
parole, car mes yeux ont vu votre miséricorde et ce que vous avez préparé pour
le salut de toutes les nations, pour la lumière de tous les peuples et la gloire
de votre peuple d'Israël. » La prophétesse Anne était aussi présente, et elle
rendait grâces à Dieu, et elle vantait le bonheur de Marie.
Et voici ce qu'il arriva, tandis que le Seigneur Jésus était né à
Bethléem, ville de Judée, au temps du roi Hérode, des mages vinrent des pays de
l'Orient, à Jérusalem, ainsi que l'avait prédit Zoradascht (6), et ils
apportaient avec eux des présents, de l'or, de l'encens et de la myrrhe, et ils
adorèrent l'enfant, et ils lui firent hommage de leurs présents. Alors Marie
prit un des linges dans lesquels l'enfant était enveloppé et le donna aux mages
qui le reçurent comme un don d'une inestimable valeur. Et à cette même heure, il
leur apparut un ange sous la forme d'une étoile qui leur avait déjà servi de
guide, (7) et ils s'en allèrent en suivant sa clarté jusqu'à ce qu'ils fussent
de retour dans leur patrie.
Les rois et les princes s'empressèrent de se réunir autour des
mages, leur demandant ce qu'ils avaient vu et ce qu'ils avaient fait, comment
ils étaient allés et comment ils étaient revenus et quels compagnons de route
ils avaient eus ? Les mages leur montrèrent le linge que Marie leur avait donné
; c'est pourquoi ils célébrèrent une fête, ils allumèrent du feu suivant leur
usage, et ils l'adorèrent, et ils jetèrent ce linge dans les flammes, et les
flammes l'enveloppèrent. Le feu étant éteint, ils en retirèrent le linge tout
entier et les flammes n'avaient laissé sur lui aucune trace. Ils se mirent alors
à le baiser et à le poser sur leurs têtes et sur leurs yeux, disant : « Voici
sûrement la vérité ! quel est donc le prix de cet objet que le feu n'a pu ni
consumer, ni endommager? » Et le prenant, ils le déposèrent avec grande
vénération dans leurs trésors.
Hérode voyant que les mages ne retournaient pas vers lui, réunit
les prêtres et les docteurs, et il leur dit : « Enseignez-moi où doit naître le
Christ ». Et lorsqu'ils lui eurent répondu que c'était à Bethléem, ville de
Judée, Hérode commença à méditer en son esprit le meurtre du Seigneur Jésus.
Alors un ange apparut à Joseph dans son sommeil, et il lui dit : « Lève-toi,
prends l'enfant et sa mère, et réfugie-toi en Egypte. » Et au chant du coq,
Joseph se leva et il partit.
chapitre
Et tandis qu'il songeait quel chemin il devait suivre, le jour
survint et la fatigue du voyage avait brisé la courroie de la selle. Il
approchait d'une grande ville où il y avait une idole à laquelle les autres
idoles et déités de l'Egypte offraient des hommages et des présents, et il y
avait un prêtre attaché au service de cette idole, et toutes les fois que Satan
parlait par la bouche de l'idole, le prêtre rapportait ce qu'il disait; aux
habitants de l'Egypte et de ses rivages. Ce prêtre avait un enfant de trois ans
qui était possédé d'une grande multitude de démons ; il prophétisait et
annonçait beaucoup de choses, et lorsque les démons s'emparaient de lui, il
déchirait ses vêtements, et il courait nu dans la ville, jetant des pierres aux
hommes. L'hôtellerie de cette ville était dans le voisinage de cette idole ;
lorsque Joseph et Marie furent arrivés et qu'ils furent descendus à celte
hôtellerie, les habitants furent saisis de consternation, et tous les princes et
les prêtres des idoles se réunirent autour de cette idole lui demandant : « D'où
vient cette consternation et quelle est la cause de cette terreur qui a envahi
notre pays ? » Et l'idole répondit : Cette épouvante a été apportée par un Dieu
ignoré qui est le Dieu véritable, et nul autre que lui n'est digne des honneurs
divins, car il est véritablement le Fils de Dieu. A sa venue, cette contrée a
tremblé; elle s'est émue et épouvantée, et nous éprouvons une grande crainte à
cause de sa puissance. » Et en ce moment cette idole tomba et se brisa ainsi que
les autres idoles qui étaient dans le pays et leur chute fit accourir tous les
habitants de l'Egypte (8).
Mais le fils du prêtre, lorsqu'il fut attaqué du mal auquel il
était sujet, entra dans l'hôtellerie et il insultait Joseph et Marie, et tous
les autres s'étaient enfuis, et comme Marie lavait les linges du Seigneur-Jésus,
et qu'elle les suspendait sur une latte, ce jeune possédé prit un de ces linges
et le posa sur sa tête, et aussitôt les démons prirent la fuite, en sortant par
sa bouche, et on vit s'éloigner des figures de corbeaux et de serpents. L'enfant
fut immédiatement guéri par le pouvoir de Jésus-Christ, et il se mit à chanter
les louanges du Seigneur qui l'avait délivré et à lui rendre grâces. Et quand
son père vit qu'il avait recouvré la santé, il s'étonna et il dit : « Mon fils,
que t'est-il donc arrivé, et comment as-tu été guéri? » Et le fils répondit : «
Lorsque les démons me tourmentaient, je suis entré dans l'hôtellerie, et j'y ai
trouvé une femme d'une grande beauté qui était avec un enfant et elle suspendait
sur une latte des linges qu'elle venait de laver; j'en pris un et je le posai
sur ma tête et les démons s'enfuirent aussitôt et m'abandonnèrent. » Le père fut
remplie de joie et s'écria : « Mon fils, il se peut que cet enfant soit le fils
du Dieu vivant qui a créé les cieux et la terre, et aussitôt qu'il a passé près
de nous, l'idole s'est brisée, et les simulacres de tous nos dieux sont tombés,
et une force supérieure à la leur les a détruits. »
Ainsi s'accomplit la prophétie qui dit : « J'ai appelé mon fils
de l'Egypte. » Lorsque Joseph et Marie apprirent que cette idole s'était
renversée et qu'elle avait péri, ils furent saisis de crainte et de tremblement,
et ils se disaient : « Lorsque nous étions dans la terre d'Israël, Hérode voulut
faire périr Jésus, et, dans ce but, il ordonna le massacre de tous les enfants
de Bethléem et des environs, et il n'y a pas de doute que les Égyptiens ne nous
brûlent tout vifs, s'ils apprennent que cette idole est tombée. »
Ils partirent donc, et ils arrivèrent près de la cachette de
voleurs qui dépouillaient de leurs vêtements et de leurs effets les voyageurs
qui passaient près d'eux et qui les amenaient garrottés. Ces voleurs entendirent
un grand bruit pareil à celui du cortège d'un roi qui sort de sa capitale au son
des instruments de musique, escorté d'une grande armée et d'une nombreuse
cavalerie, ils laissèrent tout leur butin et s'empressèrent de fuir. Les captifs
se levant alors, brisèrent les liens l'un de l'autre, et ayant repris leurs
effets, ils se retiraient lorsque voyant Joseph et Marie qui s'approchaient, ils
leur demandèrent : « Où est ce roi dont le cortège a, par son bruit, épouvanté
les voleurs au point qu’ils se sont enfuis et que nous avons été délivrés? » Et
Joseph répondit : « Il vient après nous. »
Ils vinrent ensuite à une autre ville où il y avait une femme
démoniaque, et tandis qu'elle était allée une fois puiser de l'eau durant la
nuit, l'esprit rebelle et impur s'emparait d'elle. Elle ne pouvait ni supporter
aucun vêtement, ni habiter une maison, et toutes les fois qu'on l'attachait avec
des liens ou avec des chaînes, elle les brisait et s'enfuyait nue dans les lieux
déserts, elle se tenait sur les roules et près des sépultures, et elle
poursuivait à coups de pierre ceux qu'elle trouvait, de sorte qu'elle était pour
ses parents un grand sujet de deuil. Marie l'ayant vue, fut touchée de
compassion, et aussitôt Satan abandonna cette femme, et il s'enfuit sous la
forme d'un jeune homme, en disant : « Malheur à moi, à cause de toi, Marie, et à
cause de ton fils ! » Lorsque cette femme fut délivrée de ce qui causait ses
tourments, elle regarda autour d'elle, et, rougissant de sa nudité, elle alla
vers ses proches, fuyant l'aspect des hommes, et s'étant revêtue de ses habits,
elle exposa à son père et à ses parents ce qui lui était arrivé, et ils étaient
du nombre des habitants les plus distingués de la ville, et ils hébergèrent chez
eux Joseph et Marie, leur témoignant un grand respect.
Le lendemain, Joseph et Marie se mirent en route, et le soir ils
arrivèrent à une autre ville où se célébrait une noce, mais, par suite des
embûches de l'esprit malin et des enchantements de quelques magiciens, l'épouse
avait perdu l'usage de la parole, de sorte qu'elle ne pouvait plus ouvrir lg
bouche. Lorsque Marie entra dans la ville portant dans ses bras son fils, le
Seigneur Jésus, la muette l'aperçut et aussitôt elle étendit ses mains vers
Jésus, elle le prit dans ses bras et le serra contre son sein en lui donnant
beaucoup de baisers. Aussitôt le lien qui retenait sa langue se brisa et ses
oreilles s'ouvrirent et elle commença à glorifier et à remercier Dieu qui
l'avait guérie. Et il y eut cette nuit une grande joie parmi les habitants de
cette ville, car ils pensaient que Dieu et ses anges étaient descendus parmi
eux.
Joseph et Marie passèrent trois jours en cet endroit où ils
furent tenus en grande vénération et traités avec splendeur. Étant munis de
provisions pour leur voyage, ils partirent ensuite et ils vinrent dans une autre
ville, et comme elle était florissante et ses habitants en grande célébrité, ils
désiraient y passer la nuit. Il y avait dans cette ville une femme noble et
comme elle était descendue au fleuve pour s'y laver, voici que l'esprit maudit
sous la forme d'un serpent, s'était jeté sur elle et il s'était enlacé autour de
son ventre, et chaque nuit, il s'étendait sur elle. Lorsque cette femme eut vu
Marie et le Seigneur Jésus qu'elle portait contre son sein, elle pria Marie de
lui permettre de porter et d'embrasser cet enfant. Marie y consentit, et
aussitôt que cette femme eut touché l'enfant, Satan l'abandonna et s'enfuit, et
depuis cette femme ne le revit plus. Tous les voisins louèrent le Seigneur et
cette femme les récompensa avec une grande générosité.
Le lendemain, cette même femme prit une eau parfumée pour laver
l'enfant Jésus, et, quand elle l'eut lavé, elle garda cette eau. Et il y avait
là une jeune fille dont le corps était couvert d'une lèpre blanche et elle se
lava de cette eau, elle fut immédiatement guérie. Le peuple disait donc ; « Il
n'y a pas de doute que Joseph et Marie et cet enfant ne soient des dieux » et
ils ne paraissent pas de simples mortels. » Lorsqu'ils se préparèrent à partir,
cette fille qui avait été guérie de la lèpre s'approcha d'eux et les pria de lui
permettre de les accompagner.
Ils y consentirent et elle alla avec eux et ils arrivèrent à une
ville où il y avait le château d'un prince puissant, et ce palais était proche
de l'hôtellerie. Ils s'y rendirent, et la jeune fille s'étant ensuite approchée
de l'épouse du prince, la trouva triste et versant des larmes et elle lui
demanda la cause de sa douleur. Et celle-ci lui répondit : « Ne t'étonne pas de
me voir livrée à l'affliction ; je suis en proie à une grande calamité que je
n'ose raconter à aucun homme. » La jeune fille lui repartit : « Si tu me dis
quel est ton mal, tu en trouveras peut-être le remède auprès de moi. » La femme
du prince lui dit : « Tu ne révéleras ce secret à personne. J'ai épousé un
prince dont la domination, pareille à celle d'un roi, s'étend sur de vastes
états, et, après avoir longtemps vécu avec lui, il n'a eu de moi nulle
postérité. Enfin j’ai conçu, mais j'ai mis au inonde un enfant lépreux ; l'ayant
vu, il ne l’a pas reconnu comme étant à lui, et il m'a dit : « Fais mourir cet
enfant ou donne-le à une nourrice qui l'élève dans un endroit si éloigné que
jamais l'on n'en entende parler. Et, reprends ce qui est à toi, car je ne te
reverrai jamais. » C'est pourquoi je me livre à la douleur en déplorant la
calamité qui m'a frappée et je pleure sur mon mari et sur mon enfant. » La jeune
fille lui répondit : « Ne t'ai-je pas dit que j'ai trouvé pour toi un remède que
je te promets? Moi aussi j'ai été atteinte de la lèpre, mais j'ai été guérie par
une faveur de Dieu, qui est Jésus le fils de Marie. » La femme lui demandant
alors où était ce Dieu dont elle parlait, la jeune fille répondit; « Il est dans
cette même maison où nous sommes? » — « Et comment cela peut-il se faire, où
est-il ? » repartit la princesse. — La jeune fille répliqua : « Voici Joseph et
Marie, l'enfant qui est avec eux est Jésus, et c'est lui qui m'a guérie de mes
souffrances. » — « Et comment » dit la femme, « est-ce qu'il t'a guérie ? Est-ce
que tu ne me le diras pas ? » — La jeune fille répondit : « J'ai reçu de sa mère
de l'eau dans laquelle il avait été lavé, et je l'ai versée sur mon corps et ma
lèpre a disparu. » La femme du prince se leva alors et elle reçut chez die
Joseph et Marie, et elle prépara à Joseph un festin splendide dans une grande
réunion. Le lendemain, elle prit de l'eau parfumée afin de laver le Seigneur
Jésus, et elle lava avec cette même eau son fils qu'elle avait apporté avec
elle, et aussitôt son fils fut guéri de sa lèpre. Et elle chantait les louanges
de Dieu, en lui rendant grâces et en disant : « Heureuse la mère qui t'a
engendré, ô Jésus! L'eau dont ton corps a été arrosé guérit les hommes qui ont
part à la même nature que toi. » Elle offrit de riches présents à Marie et elle
la renvoya en la traitant avec grand honneur.
chapitre
XIX.
Ils vinrent ensuite à une autre ville où ils voulaient passer la
nuit. Ils allèrent chez un homme qui était marié depuis peu, mais qui, atteint
d'un maléfice, ne pouvait jouir de sa femme (8), et quand ils eurent passé la
nuit près de lui, son empêchement fut rompu. Lorsque le jour se leva, ils se
ceignaient pour se remettre en route, mais l'époux les en empêcha et leur
prépara un grand banquet.
Le lendemain, ils partirent et comme ils approchaient d'une autre
ville, ils virent trois femmes qui quittaient un tombeau en versant beaucoup de
pleurs. Marie les ayant aperçues dit a la jeune fille qui les accompagnait : «
Demande-leur qui elles sont et quel est le malheur qui leur est arrivé. » Elles
ne firent point de réponse à la question que la jeune fille leur fit, mais elles
se mirent à l'interroger de leur côté, disant : « Qui êtes-vous, et où
allez-vous? car déjà le jour est tombé et la nuit s'avance. » La jeune fille
répondit : « Nous sommes des voyageurs et nous cherchons une hôtellerie afin d'y
passer la nuit. » Elles repartirent : « Accompagnez-nous et passez la nuit chez
nous. » Ils suivirent donc ces femmes, et ils furent introduits dans nue maison
nouvelle, ornée et garnie de différents meubles» Or, c'était dans la saison de
l’hiver, et la jeune fille étant entrée dans la chambre de ces femmes, les
trouva encore qui pleuraient et qui se lamentaient A côté d'elles était un
mulet, couvert d'une housse de soie, devant lequel était placé du fourrage, et
elles lui donnaient à manger et elles l'embrassaient La jeune fille dit alors: «
O ma maîtresse, que ce mulet est beau, » et elles répondirent en pleurant : « Ce
mulet que tu vois est notre frère, il est né de la même mère que nous. Notre
père nous laissa à sa mort de grandes richesses et nous n'avions que ce seul
frère et nous cherchions à lui procurer un mariage convenable. Mais des femmes
enflammées de l'esprit de la jalousie ont jeté sur lui, à notre insu, des
enchantements, et une certaine nuit, un peu avant le point du jour, les portes
de notre maison étant fermées, nous avons vu que notre frère avait été changé en
mulet et qu'il était tel que tu le vois à présent. Nous nous sommes livrées à la
tristesse, car nous n'avions plus notre père qui pût nous consoler ; nous
n'avons oublié aucun sage au monde, aucun magicien, ou enchanteur, nous avons eu
recours à tous, mais nous n'en avons retiré nul profit. C'est pourquoi, toutes
les fois que nos cœurs sont gonflés de tristesse, nous nous levons et nous
allons avec notre mère que voici, au tombeau de notre père, et, après y avoir
pleuré, nous revenons. »
Lorsque la jeune fille eut entendu ces choses elle dit : « Prenez
courage et cessez de pleurer, car le remède de vos maux est proche, il est même
avec vous et au milieu de votre demeure ; j'ai été lépreuse, mais après que
j'eus vu cette femme et ce petit enfant qui est avec elle et qui se nomme Jésus,
et après avoir versé sur mon corps l'eau avec lequel sa mère l'avait lavé, j'ai
été purifiée. Je sais aussi qu'il peut mettre un terme à votre malheur;
levez-vous, approchez-vous de Marie, et après l'avoir conduite chez vous,
révélez-lui le secret dont vous m'avez fait part, en la suppliant d'avoir
compassion de vous. » Lorsque ces femmes eurent entendu ces paroles de la jeune
fille, elles s'empressèrent d'aller auprès de Marie et elles l'emmenèrent chez
elles et elles lui dirent en pleurant : « O Marie, notre maîtresse, prends pitié
de tes servantes, car notre famille est dépourvue de son chef et nous n'avons
pas un père ou un frère qui entre ou qui sorte devant nous. Ce mulet que tu vois
est notre frère, et des femmes l'ont par leurs sortilèges, réduit à cet état
Nous te prions donc d'avoir pitié de nous. » Alors Marie, touchée de compassion,
souleva l'enfant Jésus et le plaça sur le dos du mulet et elle pleurait, ainsi
que les femmes, et elle dit : « Hélas ! mon fils, guéris ce mulet par un effet
de ta grande puissance et fais que cet homme recouvre la raison dont il a été
privé. » A peine ces mots étaient-ils sortis de la bouche de Marie que le mulet
reprit aussitôt la forme humaine et se montra sous les traits d'un beau jeune
homme et il ne lui restait nulle difformité. Et lui, et sa mère et ses sœurs
adorèrent Marie et, élevant l'enfant au-dessus de leurs têtes, ils
l'embrassaient en disant : « Heureuse ta mère, ô Jésus, Sauveur du monde !
Heureux les yeux qui jouissent de la félicité de ton aspect. »
Les deux sœurs dirent à leur mère : « Notre frère a repris sa
première forme, grâce à l'intervention du Seigneur Jésus et aux bons avis de
cette jeune fille qui nous a conseillé de recourir à Marie et à son fils. Et
maintenant, puisque notre frère n'est pas marié, nous pensons qu'il est
convenable qu'il épouse cette jeune fille. » Lorsqu'elles eurent fait cette
demande à Marie et qu'elle y eut consenti, elles firent pour cette noce des
préparatifs splendides et la douleur fut changée en joie et les pleurs firent
place aux rires, et elles ne firent que se réjouir et chanter dans l'excès de
leur contentement, ornées de vêtements magnifiques et de joyaux. En même temps
elles célébraient les louanges de Dieu, disant : » O Jésus, fils de Dieu qui a
changé notre affliction en allégresse et nos lamentations en cris de joie ! »
Joseph et Marie demeurèrent dix jours en cet endroit ; ensuite ils partirent
comblés des témoignages de vénération de toute cette famille, qui, après leur
avoir dit adieu, s'en retourna en pleurant, et la jeune fille surtout répandit
des larmes.
Ils arrivèrent ensuite près d'un désert et comme ils apprirent
qu'il était infesté de voleurs, ils se préparaient à le traverser pendant la
nuit Et voici que tout d'un coup, ils aperçurent deux voleurs qui étaient
endormis et près d'eux ils virent une foule d'autres voleurs qui étaient les
camarades de ces gens et qui étaient aussi plongés dans le sommeil. Ces deux
voleurs se nommaient Titus et Dumachus (9), et le premier dit à l'autre : « Je
te prie de laisser ces voyageurs aller en paix, de peur que nos compagnons ne
les aperçoivent » Dumachus s'y refusant, Titus lui dit : « Reçois de moi
quarante drachmes et prends ma ceinture pour gage. » Et il la lui présentait en
même temps, le priant de ne pas appeler et de ne pas donner l'alarme. Marie
voyant ce voleur si bien disposé à leur rendre service lui dit : « Que Dieu te
soutienne de sa main droite et qu'il t'accorde la rémission de tes péchés. » Et
le Seigneur Jésus dit à Marie : « Dans trente ans, ô ma mère, les Juifs me
crucifieront à Jérusalem, et ces deux voleurs seront mis en croix à mes côtés,
Titus à ma droite et Dumachus à ma gauche et, ce jour-là, Titus me précédera
dans le Paradis. » Et lorsqu'il eut ainsi parlé, sa mère lui répondit : « Que
Dieu détourne de toi semblables choses, ô mon fils, » et ils allèrent ensuite
vers une ville des idoles, et, comme ils en approchaient, elle fut changée en un
tas de sable.
Ils vinrent ensuite à un sycomore que l’on appelle aujourd'hui
Matarea (10), et le Seigneur Jésus fit paraître à cet endroit une fontaine où
Marie lava sa tunique. Et le baume que produit ce pays vient de la sueur qui
coula des membres de Jésus (11).
Ils se rendirent alors à Memphis et ayant vu Pharaon, ils
demeurèrent trois ans en Egypte, et le Seigneur Jésus y lit beaucoup de miracles
qui ne sont consignés ni dans l'Évangile de l'Enfance, ni dans l'Évangile
complet (12).
Au bout de trois ans ils quittèrent l’Egypte et ils retournèrent
en Judée, et lorsqu'ils en furent proches, Joseph redouta d'y entrer, car il
apprit qu'Hérode était mort et que son fils Archélaüs lui avait succédé, mais
l'ange de Dieu lui apparut et lui dit : « O Joseph, va dans la ville de Nazareth
et fixes-y ta demeure. »
Lorsqu'ils arrivèrent à Bethléem, il s'y était déclaré des
maladies graves et difficiles & guérir qui attaquaient les yeux des enfants et
beaucoup périssaient. Et une femme qui avait un fils près de mourir, le mena à
Marie et la trouva qui baignait le Seigneur Jésus. Et cette femme dit : « O
Marie, vois mon fils qui souffre cruellement. » Marie l'entendant lui dit : «
Prends un peu de cette eau avec laquelle j'ai lavé mon fils et répands-la sur le
tien. » La femme fit comme le lui recommandait Marie, et son fils, après avoir
été fort agité, s'était endormi, et lorsqu'il se réveilla, il se trouva
complètement guéri. La femme pleine de joie, revint trouver Marie qui lui-dit :
« Rends grâce à Dieu, de ce qu'il a guéri ton fils. »
Cette femme avait une voisine dont l'enfant était atteint de la
même maladie et ses yeux étaient presque fermés et il criait piteusement nuit et
jour. Et celle dont le fils avait été guéri lui dit : « Pourquoi ne portes-tu
pas ton fils à Marie comme je lui ai porté le mien lorsqu'il était au moment de
la mort et qu'il a été guéri par cette eau dans laquelle Jésus s'était baigné? »
Et cette seconde femme alla aussi prendre de cette eau et aussitôt qu'elle en
eut répandu sur son fils, son mal cessa. Et elle apporta son fils parfaitement
guéri à Marie, qui lui recommanda de rendre grâce à Dieu et de ne raconter à
personne ce qui lui était arrivé.
Il y avait dans la même ville deux femmes mariées au même homme
et chacune avait un fils qui était malade. L'une se nommait Marie et son fils
avait nom Kaljufe. Cette femme se leva et elle porta son enfant à Marie, la mère
de Jésus, et elle lui offrit une très belle nappe, et elle lui dit : « O Marie,
reçois de moi cette nappe et, en échange, donne-moi un de tes langes. » Marie y
consentit et la mère de Kaljufe fit avec ce lange une tunique dont elle revêtit
son fils. Et il se trouva guéri et l'enfant de sa rivale mourut le même jour. Il
en résulta de grands dissentiments entre ces deux femmes; elles s'acquittaient,
chacune à son tour, une semaine durant, des travaux du ménage et une fois que le
tour de Marie, la mère de Kaljufe, était venu, elle s'occupait de faire chauffer
le four pour cuire le pain et, allant chercher la farine, elle sortit laissant
son enfant près du four. Sa rivale voyant que l'enfant était resté seul, le prit
et le jeta dans le four tout embrasé et elle s'enfuit Marie revint et elle vit
son enfant qui était au milieu du four où il riait, car le four s'était
soudainement refroidi, comme si jamais il n'y avait été allumé de feu, et elle
se douta que sa rivale l'avait jeté là. Elle l'en retira donc et le porta à la
vierge Marie et lui raconta ce qui s'était passé. Et Marie lui dit : « Tais-toi,
car je crains pour toi si tu divulgues ces choses. » Ensuite la rivale alla au
puits puiser de l'eau et voyant Kaljufe qui jouait auprès et qu'il n'y avait à
l'entour nulle créature humaine, elle prit l'enfant et le jeta dans le puits.
Des hommes étant venus pour se procurer de l'eau virent l'enfant qui était assis
sans aucun mal, sur la surface de l'eau, et ayant descendu des cordes, ils le
retirèrent Et ils furent remplis d'une telle admiration pour cet enfant, qu'ils
lui rendirent les honneurs comme à un dieu. Et sa mère le porta en pleurant à
Marie et lui dit : « O ma maîtresse, vois ce que ma rivale a fait à mon fils et
comme elle l'a fait tomber dans le puits et il n'y a pas de doute pour moi
qu'elle ne cause un jour sa mort » Marie lui répondit : « Dieu punira le mal qui
t'a été fait » Peu de joute après, la rivale alla puiser de l'eau et ses pieds
s'embarrassèrent dans la corde de sorte qu'elle tomba dans le puits et lorsque
l'on accourut pour lui porter secours, on trouva qu'elle s'était fracassé la
tête. Elle mourut donc d'une manière funeste et la parole du sage s'accomplit en
elle : « Ils ont creusé un puits et ils ont jeté la terre en haut, mais ils sont
tombés dans la fosse qu'ils avaient préparée. »
Une autre femme de la même ville avait deux enfants, malades tous
deux; l'un mourut et l'autre était près de trépasser; sa mère le prit dans ses
bras et le porta à Marie en versant un torrent de larmes et elle lui dit : « O
ma maîtresse, viens à mon secours et assiste-moi ; j'avais deux fils et je viens
d'en perdre un et je vois l'autre au moment de périr. Vois comment j'implore la
miséricorde du Seigneur. » Et elle se mit à dire : « Seigneur, vous êtes plein
de clémence et de compassion ; vous m'aviez donné deux fils, vous avez rappelé
l'un d'eux à vous, du moins laissez-moi l'autre. » Marie témoin de son excessive
douleur, eut pitié d'elle et Lui dit : « Place ton enfant dans le lit de mon
fils et couvre-le de ses vêtements. » Et quand l'enfant eut été placé dans le
lit à côté de Jésus « ses yeux appesantis par la mort se rouvrirent et appelant
sa mère à voix haute, il demanda du pain et quand on lui en eut donné, il le
mangea. Alors sa mère dit : « O Marie, je connais que la vertu de Dieu habite en
toi, au point que ton fils guérit les enfants aussitôt qu'ils l'ont' touché. »
Et l'enfant qui fut ainsi guéri est ce même Barthélémy dont il est parlé dans
l'Évangile.
11 y avait au même endroit une femme lépreuse qui alla trouver
Marie mère de Jésus et qui lui dit : « O ma maîtresse, assiste-moi. » Et Marie
lui répondit : « Quel secours demandes-tu? est-ce de l’or ou de l'argent, ou
veux-tu être guérie de ta lèpre ? » Cette femme repartit : « Qu'est-ce que tu
peux faire pour moi ? » Et Marie lui dit : « Attends un peu jusqu'à ce que j'aie
lavé mon enfant et que je l'aie mis dans son lit. » La femme attendit et Marie,
après l'avoir couché, tendit à la femme un vase plein de l'eau avec laquelle
elle avait lavé son enfant et lui dit : « Prends un peu de cette eau et
répands-la sur ton corps. » Et aussitôt que la malade l'eut fait, elle se trouva
guérie, et elle rendit grâce à Dieu.
Elle s'en alla ensuite, après être restée trois jours auprès de
Marie et elle vint dans une ville où rendait un prince qui avait épousé la fille
d'un autre prince, mais lorsqu'il vit sa femme, il aperçut entre ses yeux les
marques de la lèpre, ayant la forme d'une étoile et leur mariage avait été
déclaré nul et non valide. Et cette femme voyant la princesse qui se livrait au
désespoir, lui demanda la cause de ses larmes, et la princesse lui répondit : «
Ne t'informe pas de ma situation ; mon malheur est tel que je ne puis le révéler
à personne. » La femme insistait pouf le savoir, disant qu'elle connaîtrait
peut-être quelque remède à y apporter. Elle vit alors les traces de la lèpre qui
paraissaient entre les yeux de la princesse. « Moi aussi, » dit-elle, « j'ai été
atteinte de cette même maladie et je m'étais rendue pour affaires à Bethléem.
Là, j'entrai dans une caverne où je vis une femme nommée Marie et elle avait un
enfant qui s'appelait Jésus. Me voyant atteinte de la lèpre, elle eut pitié de
moi, et die me donna l'eau dans laquelle elle avait lavé le corps de son fils.
Je versai cette eau sur mon corps et je fus aussitôt guérie. La princesse lui
dit alors : « Lève-toi et viens avec moi et fais-moi voir Marie. » Et elle s'y
rendit apportant de riches présents. Et quand Marie la vit, elle dit : « Que la
miséricorde du Seigneur Jésus soit sur toi. » Et elle lui donna un peu de cette
eau dans laquelle elle avait lavé son enfant. Aussitôt que la princesse en eut
répandu sur elle, elle se trouva guérie et elle rendit grâces au Seigneur, ainsi
que tous les assistants. Le prince apprenant que sa femme avait été guérie, la
reçut chez lui et célébrant de secondes noces, il rendit grâces à Dieu.
Il y avait au même endroit une jeune fille que Satan tourmentait
; l'esprit maudit lui apparaissait sous la forme d'un grand dragon qui voulait
la dévorer et il avait sucé tout son sang de sorte qu'elle ressemblait & un
cadavre. Et toutes les fois qu'il se jetait sur elle, elle criait, en joignant
les mains au-dessus de sa tête et elle disait : « Malheur, malheur à moi, car il
n'y a personne qui puisse me délivrer de cet affreux dragon. » Son père et sa
mère et tous ceux qui l'entouraient et.qui la voyaient, se livraient à
l'affliction et répandaient des larmes, surtout lorsqu'elle pleurait et disait :
« O mes frères et mes amis, n'y a-t-il donc personne qui me délivre de ce
meurtrier? » La fille du prince qui avait été guérie de la lèpre, entendant la
voix de cette malheureuse, monta sur le toit de son château et elle la vit, les
mains jointes au-dessus de la tête, versant des larmes abondantes et tous ceux
qui l'entouraient pleuraient aussi. Et elle demanda si la mère de cette possédée
vivait encore. Et quand on lui eut répondu que son père et sa mère étaient tous
deux en vie, elle dit : « Faites venir sa mère auprès de moi. » Et quand elle
fut venue, elle lui demanda : « Est-ce ta fille qui est ainsi possédée? » Et la
mère ayant répondu que oui, en versant des larmes, la fille du prince dit : « Ne
révèle pas ce que je vais te confier ; j'ai été lépreuse, mais Marie, la mère de
Jésus-Christ m'a guérie. Si tu veux que ta fille obtienne sa délivrance,
conduis-la à Bethléem et implore avec foi l'assistance de Marie et je crois que
tu reviendras pleine de joie ramenant ta fille guérie. » Aussitôt la mère se
leva et elle partit et elle alla trouver Marie, et elle lui exposa l'état dans
lequel était sa fille. Marie l'ayant écoutée lui donna un peu de l'eau dans
laquelle elle avait lavé son fils Jésus et lui dit de la répandre sur le corps
de la possédée. Elle lui donna ensuite un morceau des langes de l'enfant Jésus
et elle lui dit : « Prends ceci et montre-le à ton ennemi, toutes les fois que
tu le verras, » et elle la renvoya ensuite en paix.
Lorsqu'après avoir quitté Marie, elles furent revenues dans leur
ville et lorsque vint le temps où Satan avait coutume de la tourmenter, il lui
apparut sous la forme d'un grand dragon et, à son aspect, la jeune fille fut
saisie d'effroi. Et sa mère lui dit : « Ne crains rien, ma fille, laisse-le
s'approcher davantage de toi et montre-lui ce linge que nous a donné Marie et
nous verrons ce qu'il pourra faire. » Et quand le malin esprit qui avait revêtu
la forme de ce dragon fut tout proche, la malade, toute tremblante de frayeur,
mit sur sa tête et déploya le linge et il en sortit des flammes qui s'élançaient
vers la tête et vers les yeux du dragon, et on entendit crier à haute voix : «
Qu'y a t-il entre toi et moi, ô Jésus, fils de Marie ? où trouverai-je un asile
contre toi ? » Et Satan prit la fuite avec épouvante, abandonnant cette jeune
fille, et depuis il ne lui apparut jamais. Et elle se trouva ainsi délivrée, et
elle rendit dans sa reconnaissance des actions de grâce à Dieu, ainsi que tous
ceux qui avaient été présents à ce miracle.
Il y avait dans cette même ville une autre femme dont le fils
était tourmenté par Satin, il se nommait Judas, et toutes les fois que le malin
esprit s'emparait de lui, il cherchait à mordre ceux qui étaient près de lui,
et, s'il était seul, il mordait ses propres mains et ses membres. La mère de ce
malheureux entendant parler de Marie et de son fils Jésus, se leva r
et tenant son fils dans ses bras, elle le porta à Marie. Sur ces entrefaites,
Jacques et Joseph avaient conduit dehors l'enfant Jésus pour qu'il jouât avec
les autres enfants, et ils s'étaient assis hors de la maison et Jésus avec eux.
Judas s'approcha et s'assit à la droite de Jésus, et quand Satan commença à
l'agiter comme d'ordinaire, il cherchait à mordre Jésus, et comme il ne pouvait
l'atteindre, il lui donnait des coups dans le côté droit, de sorte que Jésus se
mit à pleurer. Et, en ce moment, Satan sortit de cet enfant, sous la forme d'un
chien enragé. Et cet enfant fut Judas Iscariote, qui trahit Jésus (13), et le
côté qu'il avait frappé fut celui que les Juifs percèrent d'un coup de lance.
Lorsque le Seigneur Jésus eut accomplit sa septième année, il
jouait un jour avec d'autres enfants de son âge et, en s'amusant, ils faisaient
avec de la terre détrempée diverses images d'animaux, de loups, d'ânes,
d'oiseaux, et chacun vantant son ouvrage, s'efforçait de l'élever au-dessus de
celui de ses camarades. Alors le Seigneur Jésus dit aux enfants: « J'ordonnerai
aux figures que j'ai faites de se mettre à marcher. » Et les enfants lui
demandant s'il était le fils du Créateur, le Seigneur Jésus ordonnait aux images
de marcher et elles avançaient aussitôt. Quand il leur commandait de revenir,
elles revenaient. Il avait fait des images d'oiseaux et de passereaux qui
volaient lorsqu'il leur enjoignait de voler et qui s'arrêtaient quand il leur
disait de s'arrêter, et quand il leur présentait de la boisson et de la
nourriture, elles mangeaient et buvaient. Quand les enfants se furent retirés et
qu'ils eurent raconté à leurs parents ce qu'ils avaient vu, ceux-ci leur dirent;
« Evitez à l'avenir d'être avec lui, car c'est un enchanteur ; fuyez-le donc
dorénavant, et ne jouez plus avec lui (14). »
Un certain jour le Seigneur Jésus jouant et courant avec les
autres enfants passa devant la boutique d'un teinturier qui se nommait Salem ;
il y avait dans cette boutique des étoffes appartenant à grand nombre
d'habitants de la ville et que Salem se préparait à teindre de diverses
couleurs; Jésus étant entré dans cette boutique prit toutes ces étoffes et les
jeta dans la chaudière. Salem se retournant et voyant les étoffes perdues, se
mit à pousser de grands cris et à réprimander Jésus, disant : « Qu'as-tu fait, ô
fils de Marie? tu as fait tort à moi et à mes concitoyens; chacun demandait la
couleur qui lui convenait, et toi tu es survenu, et tu as tout perdu. » Le
Seigneur Jésus répondit : « De quelque pièce d'étoffe que tu veuilles changer la
couleur, je la changerai. » Et aussitôt il se mit à retirer les étoffes de la
chaudière et chacune était teinte de la couleur que désirait le teinturier (15).
Et les Juifs témoins de ce miracle, célébrèrent la puissance de Dieu.
Joseph parcourait toute la ville, menant avec lui le Seigneur
Jésus et on l'appelait pour confectionner des portes ou des cribles, ou des
coffres, et le Seigneur Jésus était avec lui partout où il allait. Et tontes les
fois que l'ouvrage que faisait Joseph devait être plus long bu plus court, plus
large ou plus étroit, le Seigneur Jésus étendait la main, et la chose se
trouvait aussitôt telle que l'avait désiré Joseph, de sorte qu'il n'avait point
besoin de rien achever de sa propre main, car il n'était pas fort habile dans ce
métier de menuisier.
Un jour, le roi de Jérusalem le fit appeler et lui dit : « Je
veux, Joseph, que tu me fasses un trône d'après la dimension de l'endroit où
j'ai coutume de m'asseoir. » Joseph obéit, et aussitôt mettant la main à
l'œuvre, il passa deux ans clans le palais jusqu'à ce qu'il eût achevé de
fabriquer ce trône. Et lorsqu'il fut placé à l'endroit où il devait être, l'on
vit que de chaque côté il manquait deux spithames à la mesure fixée (16). Alors
le roi se mit en colère contre Joseph, et Joseph, redoutant le courroux du
monarque, ne put manger et se coucha à jeun. Alors le Seigneur Jésus lui
demandant quel était le motif de sa crainte, il répondit : « C'est que l'ouvrage
auquel j'ai travaillé deux ans entiers est gâté. » Et le Seigneur Jésus lui
répondit : « Reviens de ta frayeur et ne perds pas courage; prends ce côté du
trône et moi l'autre, pour que nous l'amenions à une mesure exacte. » Et Joseph
ayant fait ce que prescrivait le Seigneur Jésus et chacun tirant fortement de
son côté, le trône obéit et eut exactement la dimension que l’on désirait. Les
assistants, voyant ce miracle, furent frappés de stupeur et bénirent Dieu. Ce
trône était fabriqué avec un bois qui existait dès le temps de Salomon, fils de
David, et qui était remarquable par ses diverses formes et figures.
Un autre jour, le Seigneur Jésus alla sur la place et voyant les
enfants qui s'étaient réunis pour jouer, il se mêla à eux ; l'ayant aperçu, ils
se cachèrent et le Seigneur Jésus alla à la porte d'une maison et demanda à des
femmes qui se tenaient debout à l'entrée où ces enfants avaient été. Et comme
elles répondirent qu'il n'y en avait aucun dans la maison, le Seigneur Jésus dit
: « Qu'est-ce que vous voyez sous cette voûte ? » Elles répondirent que
c'étaient des béliers âgés de trois ans et le Seigneur Jésus s'écria : « Sortez,
béliers, et venez vers votre pasteur. » Et aussitôt les enfants sortirent, ayant
forme de béliers, et ils sautaient autour de lui, et ces femmes ayant vu cela,
furent saisies d'effroi Et elles adoraient le Seigneur Jésus, disant : « O
Jésus! fils de Marie, notre Seigneur, tu es vraiment le bon Pasteur d'Israël,
aie pitié de tes servantes qui sont en ta présence et qui ne doutent pas,
Seigneur, que tu ne sois venu pour guérir et non pour perdre. » Ensuite, le
Seigneur Jésus ayant répondu que les enfants d'Israël étaient parmi les peuples
comme des Éthiopiens, les femmes dirent : « Seigneur, tu connais toutes choses
et rien ne t'est caché ; nous te demandons et nous espérons de ta miséricorde
que tu voudras bien rendre à ces enfants leur ancienne forme. » Et le Seigneur
Jésus dit alors : « Venez, enfants, afin que nous allions jouer. » Et aussitôt,
en présence de ces femmes, ces béliers reprirent la figure d'enfants.
Au mois d'Adar (17), Jésus rassembla les enfants et les fit
ranger comme étant leur roi ; ils avaient étendu leurs vêtements par terre pour
qu'il s'agît dessus, et ils avaient posé sur sa tête une couronne de fleurs, et
comme des satellites qui accompagnent un roi, ils s'étaient rangés à sa droite
et à sa gauche. Si quelqu'un passait parla, les enfants l'arrêtaient de force et
lui disaient : « Viens et adore le roi, afin que tu obtiennes un heureux voyage.
Sur ces entrefaites arrivèrent des hommes qui portaient un enfant
sur une litière. Cet enfant avait été sur la montagne avec ses camarades pour
chercher du bois, et, ayant trouvé un nid de perdrix, il y mit la main pour en
retirer les œufs, et un serpent caché au milieu du nid le mordit, et il appela
ses compagnons à son secours. Quand ils arrivèrent, ils le trouvèrent étendu sur
la terre et comme mort, et des gens de sa famille vinrent et ils l’emportaient à
la ville et quand ils furent arrivés à l'endroit où le Seigneur Jésus trônait
comme un roi, les autres enfants l'entouraient comme étant de sa cour, et ces
enfants allèrent au-devant de ceux qui portaient le moribond et leur dirent: «
Venet et saluez le roi. » Comme ils ne voulaient point approcher à cause du
chagrin qu'ils éprouvaient, les enfants les amenaient de force. Et quand ils
furent devant le Seigneur Jésus, il leur demanda pourquoi ils portaient cet
enfant ; ils répondirent qu'un serpent l'avait mordu, et le Seigneur Jésus dit
aux enfants : « Allons ensemble et tuons ce serpent. » Les parents de l'enfant
qui était au moment de trépasser priant les autres enfants de les laisser aller,
ceux-ci répondirent ; « N'avez-vous pas entendu ce que le roi a dit : Allons et
tuons le serpent, et ne devez-vous pas vous conformer à ses ordres? » Et, malgré
leur opposition, ils faisaient rebrousser chemin à la litière. Lorsqu'ils furent
arrivés auprès du nid, le Seigneur Jésus dit aux enfants : « N'est-ce pas là que
se cache le serpent ?» Et eux ayant répondu oui, le serpent appelé par le
Seigneur Jésus, sortit aussitôt et se soumit à lui. Et le Seigneur lui dit : «
Va et suce tout le poison que tu as répandu dans les veines de cet enfant. » Le
serpent, rampant, reprit alors tout le poison qu'il avait répandu, et le
Seigneur l'ayant maudit, il creva aussitôt après et il mourut Et le Seigneur
Jésus toucha l'enfant de sa main, et il fut guéri. Et comme il se mettait à
pleurer, le Seigneur Jésus lui dit ; « Cesse tes pleurs, tu seras mon disciple
(18). » Et cet enfant fut Simon le Cananéen dont il est fait mention dans
l'Évangile.
Un autre jour Joseph avait envoyé son fils Jacques pour ramasser
du bois, et le Seigneur Jésus s'était joint à lui comme son compagnon, et quand
ils furent arrivés à l'endroit où était le bois et lorsque Jacques se fut mis à
en ramasser, voici qu'une vipère le mordit, et il commença à crier et à pleurer.
Le Seigneur Jésus le voyant dans cet état, s'approcha de lui et il souffla sur
l'endroit où il avait été mordu, et Jacques fut guéri sur-le-champ (19).
Un jour, le Seigneur Jésus était avec des enfants qui jouaient
sur un toit, et l'un de ces enfants vint à se laisser tomber et il expira sur le
coup. Les autres enfants s'enfuirent et le Seigneur Jésus demeura seul sur le
toit, et les parents du mort étant arrivés, ils dirent au Seigneur Jésus : «
C'est toi qui as précipité notre fils du haut du toit. » Et comme il le niait,
ils répétèrent encore plus fort : « Notre fils est mort et voici celui qui l'a
tué. » Et le Seigneur Jésus répondit : « Ne m'accusez pas d'un crime dont vous
ne pouvez apporter aucune preuve; mais demandons à cet enfant lui-même qu'il
mette la vérité au grand jour. » Et le Seigneur Jésus descendit et se plaça près
de la tête du mort et dit à haute voix : « Zeinon, Zeinon, qui est-ce qui t'a
précipité du haut du toit? » Et le mort répondit : « Seigneur, ce n'est pas toi
qui as été la cause de ma chute, mais c'est quelqu'un qui m'a fait tomber. » Et
le Seigneur ayant recommandé aux assistants de faire attention à ces paroles,
tous ceux qui étaient présents louèrent Dieu de ce miracle (20).
Marie avait un jour commandé au Seigneur Jésus d'aller lui
chercher de l'eau à un puits. Et lorsqu'il se fut acquitté de cette tâche, la
cruche déjà pleine qu'il élevait se brisa. Et le Seigneur Jésus ayant étendu son
manteau, porta à sa mère l'eau qu'il y avait recueillie, et elle fut frappée
d'admiration, et elle conservait dans son cœur tout ce qu'elle voyait
Un autre jour, le Seigneur Jésus jouait sur le bord de l'eau avec
d'autres enfants, et ils avaient creusé des rigoles pour faire couler l'eau,
formant ainsi des petits bassins, et le Seigneur Jésus avait fait avec de la
terre douze petits oiseaux et les avait placés autour de son bassin, trois de
chaque côté. C'était un jour de sabbat, et le fils d'Hanon, le juif, survenant
et les voyant ainsi occupés, leur dit : « Comment pouvez-vous un jour de sabbat,
faire des figures avec de la boue ? » Et il se mit à détruire leurs bassins. Et
le Seigneur Jésus ayant étendu les mains sur les oiseaux qu'il avait faits, ils
s'envolèrent en gazouillant Ensuite lorsque le fils d'Hanon, le juif, s'approcha
du bassin qu'avait creusé Jésus, afin de le détruire, l'eau disparut et le
Seigneur Jésus lui dit : « Tu vois comme cette eau est séchée; il en sera de
même de ta vie. » Et aussitôt l'enfant se dessécha.
Un autre jour, comme le Seigneur Jésus rentrait le soir au bois
avec Joseph, un enfant courant au devant de lui, le choqua avec violence, et le
Seigneur Jésus fut presque renversé, et il dit à cet enfant : « Ainsi que tu
m'as poussé, tombe et ne te relève pas. » Et à l'instant, l'enfant chut par
terre et il expira.
Il y avait à Jérusalem un homme, nommé Zachée, qui instruisait la
jeunesse. Et il disait à Joseph : « Pourquoi, Joseph, ne m'envoies-tu pas Jésus
afin qu'il apprenne les lettres ? » Joseph voulait se conformer à cet avis, et
il en convint avec Marie. Ils menèrent donc l'enfant vers le maître, et,
aussitôt que celui-ci l'eut vu, il écrivit un alphabet et lui dit de prononcer
Aleph. Et quand il l'eut fait, il lui demanda de dire Beth. Le
Seigneur Jésus lui dit : « Dis-moi d'abord quelle est la signification de la
lettre Aleph, et alors je prononcerai Beth. » Et le maître se
disposait à le frapper, mais le Seigneur Jésus se mit à lui expliquer la
signification des lettres Aleph et Beth, quelles sont les lettres
dont la forme est droite, celles dont elle est oblique, quelles sont celles qui
sont doubles, celles qui sont accompagnées de points et celles qui en manquent,
et pourquoi telle lettre en précède une autre et il dit beaucoup de choses que
le maître n'avait jamais entendues et qu'il n'avait lues en aucun livre. Et le
Seigneur Jésus dit au maître : « Fais attention à ce que je vais te dire. » Et
il se mit à réciter clairement et distinctement Aleph, Beth,
Gimel, Daleth, jusqu'à la fin de l'alphabet. Le maître en fut dans
l'admiration, et il dit : « Je crois que cet enfant est né avant Noé ; » et, se
tournant vers Joseph, il ajouta : « Tu m'as conduit, pour que je l'instruise, un
enfant qui en sait plus que tous les docteurs. » Et il dit à Marie : « Ton fils
n'a nul besoin de notre enseignement. »
Ils le conduisirent ensuite à un maître plus savant, et aussitôt
qu'il l'eut aperçu : « Dis Aleph », lui demanda-t-il. Et lorsqu'il eut
dit Aleph, le maître lui prescrivit de prononcer Beth. Et le
Seigneur Jésus lui répondit : « Dis-moi la signification de la lettre Aleph,
et alors je prononcerai Beth. » Le maître irrité leva la main pour le
frapper, et aussitôt sa main se dessécha et il mourut Alors Joseph dit à Marie :
« Dorénavant il ne faudra plus laisser l'enfant sortir de la maison, car
quiconque s'oppose à lui, est frappé de mort »
Lorsqu'il eut atteint l'âge de douze ans, ils le conduisent à
Jérusalem à l'époque de la fête, et la fête étant finie, ils s'en retournèrent,
mais le Seigneur Jésus resta dans le temple, parmi les docteurs et les
vieillards et les savants des fils d'Israël, qu'il interrogeait sur différents
points de la science, et, à son tour, il leur répondait, et il leur demanda : «
De qui le Messie est-il fils? » Et ils répondirent : « Il est le fils de David.
» Jésus répondit : « Pourquoi donc David, mu par l'Esprit-Saint, l’appelle-t-il
son Seigneur, lorsqu'il dit : « Le Seigneur a dit à mon Seigneur : « Assied-toi
à ma droite pour que je mette tes ennemis sous tes pieds. » Alors un des chefs
des docteurs l'interrogea, disant : « As-tu lu les livres Saints? » Le Seigneur
Jésus répondit : « J'ai lu les livres et ce qu'ils contiennent, » et il leur
expliquait l'écriture, la loi, les préceptes, les statuts, les mystères qui sont
contenus dans les livres des prophéties, chose que l'intelligence de nulle
créature ne peut comprendre. Et ce chef des docteurs dit : « Je n'ai jamais vu
ni entendu une pareille instruction ; qui pensez-vous que cet enfant puisse
être? »
Il se trouva là un philosophe savant dans l'astronomie, et il
demanda au Seigneur Jésus, s'il avait étudié la science des astres. Et Jésus lui
répondant exposait le nombre des sphères et des corps célestes, leur nature et
leurs oppositions, leur aspect trine, quadrat et sextile, leur progression et
leur mouvement rétrograde, le comput et la prognostication et autres choses que
la raison d'aucun homme n'a scrutées.
Il y avait aussi parmi eux un philosophe très savant en médecine
et dans les sciences naturelles, et lorsqu'il demanda au Seigneur Jésus s'il
avait étudié la médecine, celui-ci lui exposa la physique, la métaphysique,
l'hyperphysique et l'hypophysique, les vertus du corps et les humeurs et leurs
effets, le nombre des membres et des os, des urines, des artères et des nerfs,
les divers tempéraments, chaud et sec, froid et humide, et quels sont leurs
résultats; quelles sont les opérations de l'âme dans le corps, ses sensations et
ses vertus, les facultés de la parole, de la colère, du désir, la congrégation
et la dispersion et d'autres choses que l'intelligence d'aucune créature n'a pu
saisir. Alors ce philosophe se leva et il adora le Seigneur Jésus en disant : «
Seigneur, désormais je serai ton disciple et ton serviteur. »
Et tandis qu'ils parlaient ainsi, Marie survint avec Joseph, et
depuis trois jours elle cherchait Jésus; le voyant assis parmi lés docteurs, les
interrogeant et leur répondant alternativement, elle lui dit : « Mon fils,
pourquoi en as-tu ainsi agi à notre égard ? ton père et moi nous t'avons
cherché, nous donnant beaucoup de peine. » Il répondit : « Pourquoi me
cherchiez-vous ? Ne saviez-vous pas qu'il convenait que je demeurasse dans la
maison de mon père ? » Mais ils ne comprenaient pas les paroles qu'il leur
adressait. Alors les docteurs demandèrent à Marie s'il était son fils, et, elle
ayant répondu que oui, ils s'écrièrent : « O heureuse Marie, qui as enfanté un
tel enfant » Il revint avec eux à Nazareth, et il leur était soumis en toutes
choses. Et sa mère conservait toutes ces paroles dans son cœur. Et le Seigneur
Jésus profitait en taille, en sagesse et en grâce devant Dieu et devant les
hommes.
Il commença dès ce jour à cacher ses miracles, ses secrets et ses
mystères, jusqu'à ce qu'il eut accompli sa trentième année, lorsque son père
révéla publiquement sa mission aux bords du Jourdain, une voix venue du ciel
ayant fait entendre ces mots : « C'est mon fils bien-aimé dans lequel j'ai mis
toute ma complaisance, » et le Saint-Esprit ayant apparu sous la forme d'une
colombe blanche,
C'est lui que nous adorons humblement, car il nous a donné
l'existence et la vie, et il nous a fait sortir des entrailles de nos mères ; il
a pris pour nous le corps de l'homme, et il nous a rachetés, nous couvrant de sa
miséricorde éternelle, et nous accordant sa grâce par son amour pour nous et par
sa bonté. A lui la gloire, puissance, louange et domination dans les siècles
éternels. Ainsi soit-il.
Fin de l'Évangile de l'Enfance tout
entier,
avec l'assistance du Dieu suprême,
suivant ce que nous trouvons.
NOTES.
(1) La bibliothèque du Vatican, celle du Roi à Paris, renferment
divers manuscrits de l'Évangile de l'Enfance en arabe ou en syriaque.
(2) Ces ouvrages sont peu connus et fort rares, les Juifs les
avait, dans la crainte de s'attirer des persécutions, soustraits avec un soin
extrême, aux regards des chrétiens. Le savant orientaliste J.-B. de Rossi a mis
au jour à Parme, en 1800, une
Bibliotheca judaica
anti-christiana,
volume in-8° fort curieux. J. C. Wagenseil avait déjà réuni quelques-uns de ces
écrits sous le titre de Tela
ignea Satanœ,
Altdorfi, 1681, 2 vol. fol 4°; il a compris dans cette collection le Toldos
Jeschu, œuvre dictée par une haine aveugle, et écrit supérieur en
importance au Sefir Toledoch Jescuah, dont nous parlons dans une des notes qui vont suivre.
Voici une légende extraite d'un de ces livres si peu lus
aujourd'hui. Jésus, Pierre et Judas, étant dans le désert, s'égarèrent, et ayant
trouvé un berger couché sur la terre, ils lui demandèrent quelle route ils
devaient suivre. Celui-ci poussa la paresse jusqu'à ne pas se lever; il se borna
à étendre le pied du côté où il fallait se diriger. Peu après, ils rencontrèrent
une bergère, et, lui ayant adressé pareilles questions, celle-ci les mena avec
empressement jusqu'à un endroit où ils n'avaient plus qu'à suivre la bonne voie.
Pierre pria Jésus de récompenser celle qui leur avait ainsi rendu service, et
Jésus la bénit, lui dit qu'elle épouserait le berger nonchalant. Pierre ayant
alors témoigné de ta surprise, le Seigneur dit : « Une femme aussi active
sauvera un mari aussi paresseux et qui serait bientôt perdu par sa fainéantise.
Car je suis le Dieu compatissant qui règle les mariages d'après les œuvres des
hommes. »
(3) On lit dans le Coran (ch.
xii, v. 1647) « Parle de Marie, comme elle se retira de sa
famille, et alla du côté de l'est. Elle se couvrit d'un voile qui la déroba aux
regards. Nous envoyâmes vers elle notre Esprit. Il prit devant elle la forme
d'un homme, d'une figure parfaite. »
Un auteur arabe qui s'est fort occupé de recueillir les légendes
orientales au sujet des événements que racontent les Évangiles, Kessaeus narre
en ces termes les circonstances de l'accouchement de Marie : « Lorsque le moment
de sa délivrance approcha, elle sortit au milieu de la nuit de la maison de
Zacharie, et elle s'achemina hors de Jérusalem. Et elle vit un palmier desséché,
et lorsque Marie se fut assise au pied de cet arbre, aussitôt il refleurit et se
couvrit de feuilles et de verdure et il porta une grande abondance de fruits par
l'opération delà puissance de Dieu. Et Dieu fit surgir à côté une source d'eau
vive, et lorsque les douleurs de l'enfantement tourmentaient Marie, elle serrait
étroitement le palmier de ses mains. »
Il existe un travail d'un savant d'outre-Rhin, Schmidt, sur.les
légendes extraites du Coran, et qui se rapportent au Sauveur : Sagen
von Jesu aus der Coran, il est inséré dans la
Bibliothèque pour la critique et
l’exégèse du
Nouveau-Testament et l’ancienne Histoire de
l’Église, 1796, II, p. 110.
(4) Selon Bède, Aymon et quelques autres écrivains, les bergers
qui virent le Sauveur dans l’étable étaient au nombre de trois; ailleurs on lit
qu'ils étaient quatre et qu'ils se nommaient Misaël, Achèel, Stéphane et
Cyriaque.
(5) Zeradascht ou Zoroastre. Des écrivains orientaux représentent
ce personnage célèbre comme ayant été le disciple du prophète Elie. On peut
consulter à son égard le savant article fort étendu (66 colonnes) que M. Parisot
lui a consacré dans le 52e volume de la Biographie
universelle, ainsi que la dissertation de Norberg de Zoroastre
Bactriano dans ses Opuscula,
t. ii, p. 579-590.
(6) Ce qui se rapporte à l'apparition miraculeuse de l'étoile qui
guida les Mages a soulevé parmi les interprètes une foule de difficultés et de
discussions que nous nous garderons d'aborder ici. Le savant Münter a publié à
Copenhague, en 1827, sur cette question, un traité des plus érudits : Die
Stern der Weisen, 4°. Il paraît que des légendes
apocryphes, aujourd'hui perdues, racontaient que l'étoile avait la forme d'un
petit enfant, ayant au-dessus de lui l'apparence d'une croix, et qu'il avait
parlé aux Mages. Beaucoup de circonstances des plus étranges à cet égard se
rencontrent dans une Narratio
de iis quœ
Christo nato in Persia
accederunt, ouvrage que certains manuscrits
attribuent, mais à tort, à Jules l'Africain. Le baron d'Aretin, zélé
bibliographe bavarois, a publié cet écrit dans ses Beytruge zur
Geschichte and Literatur. (iv,
49). Et le docteur anglican Routa l’a reproduit dans ses
Reliquiœ
sacras (ii,
355).
(8) La croyance à des maléfices du genre de ceux dont il s’agit
dans ce chapitre, remonte à une haute antiquité. Nous lisons dans le recueil des
arrêts de Robert, 1624, p. 462. « Hérodote rapporte que le roi Amasis longtemps
se monstra ne pouvoir rien faire avec sa femme Laodice, ce qui fut par charmes
et sortilège (et p. 564), « Théodorus ayant pris pour femme Hermemberga, ne put
jamais la déflorer, estant empesché de ce faire par les charmes et enchantement
de ses maîtresses et concubines. Grégoire de Tours (lib.
xx, ch.
ii), dit qu'Eulalien tira hors du
monastère de Lyon une fille, mais ses concubines, d'envie qu'elles eurent pour
ses charmes lui firent perdre tout sentiment. »
Au moyen-âge et jusqu'au
xviie siècle, les procès pour pareil délit ne sont point
rares. Nous indiquerons seulement celui d'Arnaud Hutis, abbé de Vézelay, accusé
d'avoir empêché, par magie, le comte de Flandre, de connaître son épouse. La
comtesse déclara elle-même dans les interrogatoires qu'elle avait consenti au
sortilège, à condition que l'empêchement ne durerait pas plus de deux ou trois
jours. Elle déposa au greffe criminel un petit drapelet et du fil blanc dans
lequel toute la puissance magique était contenue. (Mayer,
Gâterie philosophique du
xvie
siècle, 1783, t.
ii, p. 234). Un jurisconsulte fort en renom de son temps,
Damhoudère, veut que le coupable soit brûlé vif : « Quiconque tue quelqu'un par
sorcerie ou incantation, c'est-à-dire par enchantement, il est à punir par le
feu, comme est aussi celui qui, par sorcerie, fait que l'homme et la femme ne
font génération, ou empesche que la femme ne fait enfants, et fait sécher le
lait de la femme ou nourrice. » ( Pratique judiciaire, Paris,
1555, 8°, p. 78). Nonobstant cette sévérité, il ne manquait pas d'écrivains qui
consignaient dans leurs ouvrages les moyens les plus efficaces pour troubler
ainsi les ménages. D'après Arnauld de Villeneuve, il faut, pour rendre un mari
impuissant, placer sous son lit des testicules de coq ou de lion, tracer sur le
lit certains caractères avec du sang de chauve-souris. Cet auteur affirme
également que le cœur d’un vautour, rend l'homme qui le porte, aimable auprès
des femmes, gratum
mulieribus.( Hoeffer,
Histoire de la
chimie, t. I, p. 392). Des écrivains, fort judicieux d'ailleurs, n'ont
point révoqué en doute la réalité de cet enchantement ; il n'y a qu’à lire dans
le Traité des
monstres d'Ambroise Paré, le chap.
xxxiv, des noueurs d'esguillettes,
et au chap. xxiii, cet illustre
chirurgien s'exprime ainsi : « Il y en a qui rendent par leurs sorcelleries les
hommes si mal habiles à sacrifier à madame Vénus, que les pauvres femmes qui en
ont bien affaire, pensent qu'ils soient chastrez et plus que chastrez. » Il
existe des traités spéciaux. Traité
de l'enchantement qu'on appelle vulgairement
le nouement de l'esguillette, la Rochelle, 1591.[1]
Discours pour savoir si on peut nouer l'aguillette, et comme on la peut
desnouer, sans date.[2]
Consulter pour des détails plus étendus.
Bouchet, cinquième série,
Joubert, Erreurw populaires, liv. II, chap. 3, Delrio,
Controverses et recherches magiques, 1611, p. 411-416,
Dulaure, des Divinités
génératrices. 1825, p. 188, etc.
(9) Ces deux voleurs portent dans l'Evangile de Nicodème les noms
de Dimas et de Gestas ; dans les
Collectanea
vulgairement attribués à Bède, ils s'appellent Matha et Joca ; et
dans une histoire de J.-C que nous avons déjà indiquée, qui a été écrite en
persan par le jésuite Jérôme-Xavier, que Louis de Dieu a traduite en
raccompagnant de notes acerbes, et que les Elzevira ont imprimée en 1639, ils
sont désignés sous les noms de Lustin et de Vissimus. Selon les légendaires
crédules du moyen-âge, ce fut celui des larrons sur lequel porta l'ombre du
corps du Sauveur qui se convertit. Le cardinal Pierre Damien, mort en 1072,
attribue sa conversion à une prière de la Vierge, qui reconnut en lui un de ceux
entre les mains desquels elle était tombée en allant en Egypte.
(10) Rapportons ici un passage du Voyage au
Levant de Thévenot (l. II, c. 8, tom.
i, p. 265, édit. de 1665) : « Dans un grand jardin, près du Caire, il y a
un gros sycomore fort vieux qui porte toutefois du fruit tous les ans ; on dit
que la Vierge, passant par là avec son Fils Jésus et voyant que des gens la
poursuivaient, ce figuier s'ouvrit, et la Vierge étant entrée dedans, il se
referma ; puis, ces gens étant passés, il se rouvrit et resta toujours ainsi
ouvert jusqu'à l’année 1656, que le morceau qui s'était séparé du tronc fut
rompu. » Denon (Voyage en Egypte, t. I, p. 65, édit. de
1802) mentionne des portes d'édifices arabes qui peuvent donner la mesure de
l’indestructibilité du bois de sycomore; il est resté dans son entier, tandis
que le fer dont ces portes étaient revêtues a cédé au temps et a disparu
complètement
(11) Voici ce qu'à cet égard on lit dans l’Histoire en
persan que nous venons de mentionner : « Il reste un écrit que, lorsque les
habitants de ce pays voulaient accroître ce jardin, ils y plantèrent beaucoup de
ces arbres qui donnent le baume, mais ces arbres ne portèrent aucun fruit ; ils
eurent alors ridée que cette stérilité cesserait si ces arbres étaient arrosés
dans l'eau dans laquelle Jésus s'était baigné ou qui avait lavé ses vêtements.
Ils amenèrent ainsi le ruisseau de ce jardin jusqu'au ruisseau qui s'écoulait de
la fontaine de Jésus-Christ, et des deux ruisseaux l’on n'en fit qu'un. Et il
advint que toutes les terres qui furent arrosées de ces eaux produisirent le
fruit qui donne le baume. »
(12) Kessaeus ajoute au récit de la fuite en Egypte des
circonstances puériles, mais que l'amour du merveilleux faisait circuler de
bouche en bouche dans tout l'Orient.
« Ils se mirent à aller de ville en ville. Et Joseph vit sur la
route un grand lion qui se tenait à l'embranchement de deux chemins, et, comme
ils en avaient peur, Jésus s'adressa au lion et lui dit : Ce taureau, que tu
songes à déchirer, appartient à un homme pauvre; va en un tel endroit et tu y
trouveras le cadavre d'un chameau; dévore-le. Le lion alla vers le chameau et le
dévora. »
« Ils allèrent ensuite à une multitude d'hommes assemblés et
Jésus leur dit : Voulez-vous que je vous dise pourquoi vous êtes ici réunis ?
Votre intention est d'entrer dans le palais du roi et de le piller; mais n’en
faites rien, car ce monarque est un homme pieux; suivez-moi, et je vais vous
montrer un trésor dont le propriétaire a accompli hier son dernier jour. Ils le
suivirent, et lorsqu'ils furent arrivés auprès d'un rocher, Jésus leur dit : «
Creusez là. » Et lorsqu'ils eurent creusé, ils trouvèrent une grosse somme
d'argent et ils la partagèrent entre eux. »
« Jésus, étant parti avec ceux qui étaient avec lui, vint dans
une ville où il y avait un roi, et les habitants de cette ville étaient
rassemblés devant une idole à laquelle ils adressaient des supplications en
versant des larmes. Jésus leur ayant demandé ce qu'ils avaient à agir ainsi, ils
répondirent : « La femme du roi est en mal d’enfant et ses couches sont
accompagnées de grandes souffrances et de périls, j» Jésus répondit : « Allez
vers le roi et dites-lui que si je pose la main sur le ventre de sa femme, elle
sera aussitôt délivrée. » Quand cela eut été rapporté au roi, il ordonna
d'introduire Jésus auprès de lui, et Jésus dit : « O roi, si, avant que cette
femme n'accouche, je t'annonce ce qu'elle va enfanter, croiras-tu en mon
Seigneur qui m'a créé sans que j'aie eu de père? » Le roi ayant répondu oui,
Jésus dit : « Elle va mettre au monde un enfant d'une grande beauté dont une
oreille sera plus longue que l'autre, et sur l'une de ses joues il y aura un
signe noir et sur son dos un autre de même couleur. » Puis, ayant étendu la main
vers le ventre de la femme, il dit : « Sors, embryon, par la volonté de Dieu
suprême qui a créé toutes choses et qui fournit à toutes ses créatures une
nourriture abondante. » La femme ayant mis au monde un enfant tel que Jésus
l'avait annoncé, le roi voulait croire en Dieu, mais ses conseillers l'en
détournèrent, en lui disant que tout cela était l'œuvre de la magie. Dieu
suscita alors contre eux un grand orage venant du ciel avec un horrible fracas,
et ils prirent tous la fuite. »
(13) Nous relaterons au sujet de Judas un petit conte qui se
trouve dans l’Historia de
Jeschuœ
Nazeroni, (édit
d'Hulrich, Leyde, 1705, 8° p. 51), ouvrage d'un écrivain juif.
Jésus accompagné de Pierre et de Judas, s'arrêta un jour dans une
hôtellerie; l'hôte n'avait qu'une oie à leur offrir. Jésus la prit et lui dit :
« Cette oie est trop petite pour que trois personnes puissent la manger, allons
dormir, et celui qui aura fait le meilleur rêve, la mangera seul. Ils allèrent
se coucher, et au milieu de la nuit, Judas se leva, et il dévora l'oie. Le malin
ils se réunirent et Pierre dit : Je me suis vu en songe au pied du trône de
Dieu, le tout-puissant. Jésus répondit : Je suis le fils de Dieu tout-puissant,
et j'ai rêvé que tu étais assis près de moi. Mon songe a donc été supérieur au
tien, et c'est à moi qu'il appartient de manger l'oie. Judas dit alors : Et moi
j'ai en songe mangé l'oie. Et Jésus chercha l'oie : mais inutilement, car Judas
l'avait dévorée. »
On peut consulter à l'égard du livre qui nous fournit cette
historiette la curieuse Biblioteca
Judaica anti-christiana de Rossi, n°
162. (Parme, 1800, 8°). Cette Historia ou
Sephèr
Toledoto Jescuah annotzeri est
d'ailleurs un livre rare, et son auteur, demeuré inconnu, a vraiment trop peu
d'importance pour mériter les épithètes outrageantes qu'entasse sur lui son
éditeur; en voici un échantillon :
Certissimum est et
sole meridiano clarius vanissimum illum
hominem fuisse, bipedum nequissimum, trifurciferum
sceleribus coopertissimum, satorem sertoremque
scelerum et messorem maximum, mendacissimum
inferni expurgamentum, Acherontis gloriam,
etc.
Quant aux légendes relatives à Judas Iscariote, un savant dont
nous avons déjà cité les remarquables travaux, M. E. du Méril a traité ce sujet
dans ses Poésies
populaires latines du moyen-âge,
p. 324-340. On a prétendu que Judas était sauvé, l’on est allé jusqu'à
rechercher pieusement ses reliques ; voyez Gœsius,
de cultu
Judae proditoris,
(Lubeck, 1713, 4°).
M. du Méril indique comme présentant certains rapports avec la
légende de Judas le poème d'Hertmann.van der Aue, Gregorius uf
dem Steine. Cette composition de 3752 vers, fut publiée pour la
première fois par C. Grieth dans son
Spicilegium
vaticanum, (Prauonfeld, 1338,
8°, p. 180-303; voir les Wienner Iahrbucher, 1840, t.
lxxxix, p. 61-74); M. Carl
Luchmann en a donné une édition spéciale, (Berlin, 1838, 8°).
(14) On lit dans le Coran (chap. III, v. 43) : « Jésus sera
l'envoyé de Dieu auprès des enfants d'Israël. Il leur dira : « Je viens vers
vous accompagné des signes du Seigneur ; je formerai de boue la figure d'un
oiseau, je soufflerai dessus, et par la permission de Dieu l'oiseau sera vivant;
je vous dirai ce que vous aurez mangé et ce que vous aurez caché dans vos
maisons. »
» Dieu dira à Jésus, Fils de Marie : « Souviens-toi des bienfaits
que j'ai répandus sur toi et sur ta Mère lorsque je t'ai fortifié par l'esprit
de sainteté, afin que tu parles aux hommes, enfant au berceau et à l'âge plus
avancé. — Je t'ai enseigné l'Écriture, la Sagesse, le Pentateuque et l'Évangile;
tu formas de boue la figure d'un oiseau par ma permission ; ton souffle l'anima
par ma permission. »
Kessaeus s'exprime ainsi de son côté : « Alors le peuple disait :
« C'est de la magie; fais-nous voir un autre signe. » Et Jésus disait : « Que
désirez-vous? » Ils répondaient: « Indique-nous ce que nous avons déposé et ce
que nous devons manger dans nos maisons. » Et quand il le leur eut dit, comme
ils ne croyaient pas, il s'en alla, et, le lendemain, comme il revint parmi eux,
ils disaient : «Voici que ce magicien est de retour! Jésus, les entendant, en
fut courroucé, et il dit : « O Dieu, tu sais qu'ils m'accusent de maléfice,
ainsi que ma Mère ; punis-les donc ainsi qu'ils le méritent. » Alors Dieu les
changea en porcs, et, après qu'ils eurent vécu trois jours, ils moururent.
Lorsque cela fut divulgué parmi les Juifs, ils voulurent tuer Jésus, mais ils ne
le purent »
(15) Ce miracle est connu des Persans, ainsi que nous rapprend un
passage du Lexicon
persicum d'Ange de la Brosse (Août, 1664, in
fol.), au mot Tinctorius ars : «
Il est relaté dans un livre apocryphe des Perses, intitulé L’Enfance
de Jésus-Christ, que le
Sauveur a exercé le métier de teinturier, et qu'avec une seule teinture, il
donnait aux étoffes diverses couleurs. C'est pourquoi, chez les Persans il est
vénéré des teinturiers comme leur patron, et une maison de teinturier s'appelle
la boutique du Christ. » D'autre part, on lit dans Kessaeus le passage suivant :
« Et Marie forma le projet de le remettre aux mains d'un maître qui lui
apprendrait le métier qu'il savait exercer. Elle le conduisit donc à un
teinturier, et elle lui dit : « Reçois cet enfant et instruis-le dans ta
profession. » Le teinturier l'accueillit et lui dit : « Quel est ton nom? » Et
il répondit : « Mon nom est Isa ibn Mariam (Jésus, Fils de Marie). » Et il lui
dit : « O Isa, prends une cruche, et, après que tu auras été à la rivière la
remplir d'eau, remplis tous ces réservoirs, et prends ces matières colorantes »
Il lui fit ensuite l’énumération des teintures qu'il préparait dans les
réservoirs et des couleurs dont il imprégnait les vêtements, et, l'ayant quitté,
il se retira dans sa chambre. Jésus, venant aux réservoirs, les remplit d'eau,
et il jeta dans un seul toutes les substances colorantes, et il jeta tous les
habits dessus, et il s'en retourna auprès de sa mère» Le lendemain, te
teinturier étant venu, et ayant vu ce qu'avait mit Jésus, il lui donna un
soufflet, en lui disant : « O Isa, tu m'as perdu et tu as gâté tout ces
vêtements. » Isa lui dit : « Que cela ne te trouble point, mais dis-moi quelle
est ta religion ? » Et le teinturier répondit : « Je suis juif. » Isa répliqua :
« Dis : il n'y a point d'autre Dieu que Dieu, et Isa est renvoyé de Dieu ;
étends la main et retire tous ces vêtements et chacun d'eux sera imprégné de la
couleur que désirait le propriétaire. » Le teinturier crut en Dieu et en Isa, et
il rendit à chacun set habits teints ainsi qu'il lui avait été prescrit, et il
persista dans la foi d'Isa, sur lequel paix et bénédiction. »
(16) Il y avait diverses sortes de spithames; la plus usitée de
ces mesures correspondait à la moitié de la coudée grecque.
(17) Le mois d'Adar était le douzième de l’année hébraïque ; il
correspondait partie au mois de février, partie à celui de mars,
(18) Kessaeus rapporte ainsi les noms des douze disciples Siméon,
Luc, Pierre, Thomas, Mathieu, Jean, Jacques, Jonas, Georges, Nannus, Noncin et
Paul. Jésus étant sur le rivage de la mer, vit des hommes qui exerçaient le
métier de foulons (le mot arabe correspond à
fullones
vestium dealbatores)
et il leur dit : « Quoi ! vous nettoyez ces vêtements et vous n'en faites pas de
même de vos cœurs. » Donc ils crurent en lui et ils furent les témoins de sa
prophétie. »
(19) Parmi divers récits du même genre qui se rencontrent chez
Kessaeus, nous choisirons celui auquel il donne pour titre : Histoire
d'un aveugle et d'un boiteuse. « Waheb Ibn-El
Mamba (auquel Dieu soit propice) dit : « Ceci est aussi un des miracles de
Jésus. Un voleur entra dans le logis de Dahcan où demeuraient Marie et Joseph,
et il emporta tout ce qui s'y trouvait. Dahcan, très affligé, dit à Jésus :
« Apprends-moi quel est celui qui m'a dérobé ma propriété. » Jésus répondit : «
Fais réunir devant moi tous les gens de ta maison. » Lorsque cela fut fait,
Jésus dit: « Où est l'aveugle un tel et où est le boiteux? » Et lorsqu'ils
eurent été amenés devant lui, Jésus dit : « Voie ! les deux voleurs qui t'ont
dépouillé de tous tes biens. » Et le peuple étant frappé de surprise, Jésus dit
: « Ce boiteux a été aidé des forces de l'aveugle et l'aveugle a été secondé par
les yeux du boiteux; l'un tenait de sa main une corde par la fenêtre, tandis que
l'autre allait chercher les objets volés et le lui apportait. » Pococke rapporte
un apologue à peu près semblable d'un aveugle et d'un boiteux, apologue que,
suivant le livre Kenzi al Asrar, Dieu doit proposer aux
hommes au jour du jugement dernier, lorsque le corps et l'âme rejetteront
mutuellement l'un sur l'autre le blâme de tous leurs péchés. Empruntons encore à
Kessaeus quelques circonstances qui se rattachent au miracle raconté dans le
avait marché aussitôt sa naissance, qu'il avait dit à sa mère : « Ma mère, ne
sois pas inquiète de moi, car Dieu est avec nous. » Que, cette même nuit, on
avait entendu dans le palais de Pharaon une voix qui s'écriait : « Moïse est né
et te souverain de l'Egypte a péri. » L'écrivain arabe ajoute que toutes les
idoles de l'Egypte, tombant sur la face, se brisèrent aussitôt, et il poursuit
en ces termes : « Sa mère, toutes les fois qu'elle sortait de chez elle pour ses
occupations, le cachait dans un four dont elle bouchait l'orifice, afin de le
dérober à tous les yeux. Un jour qu'elle était sortie après l'avoir mis dans le
four, sa sœur, qui avait été chercher de la farine, alluma le feu afin de
chauffer le four, car elle ignorait que Moïse s'y trouvait Quand la mère de
Moïse revint, elle fut presque morte de frayeur et elle s'écria : « Mon fils est
dans le four ! » Et voyant que le four était tout embrasé, elle se frappa le
visage et dit : « La prudence ne peut rien contre la destinée ; vous avez brûlé
mon fils ! » Alors Moïse lui crie du milieu du four: « Ma mère, ne crains rien ;
Dieu m'a préservé du feu ; étends les mains et retire-moi des flammes ; Dieu ne
permettra pas qu'elles te fassent plus de mal qu'à moi. » Et sa mère le fit, et
le feu ne la toucha point »
(20) Kessaeus rapporte un peu différemment cette fable : Jésus
croissait admirablement en âge, et un certain jour, comme il jouait avec des
enfants, un de ces enfants sauta sur le dos d'un autre, et s'y tint comme à
cheval, et l'ayant fait tomber avec le pied, il le tua. Les parents du mort
accoururent et se saisissant des enfants parmi lesquels était Jésus, ils les
menèrent devant le juge. Marie vint aussi, craignant pour son fils. Et le juge
demanda : « Qui est-ce qui a tué cet enfant ?» Et ils répondirent : « C'est
Jésus qui l'a tué. » Alors le juge dit : « Pourquoi l'as-tu tué ? » Alors Jésus
dit : « O juge, je vois que tu es un homme insensé ; tu devais d'abord
l'enquérir si c'est moi qui l'ai tué ou non. » Le juge dit : « Je vois que tu es
accompli de sagesse, mais quel est ton nom? » Et il répondit : « Je m'appelle
Jésus, fils de Marie. » Le juge dit alors : « Pourquoi l'as-tu tué, ô Jésus? »
Jésus répondit : « Ne t'ai-je pas déjà prévenu de ne point parler ainsi? »
Ensuite Jésus s'approchant du mort, lui dit : « Lève-toi, par la permission de
Dieu. » Et lorsqu'il se fut levé, il lui demanda : « Qui est-ce qui t'a fait
périr? » Et le mort répondit : « C'est un tel qui m'a fait périr, mais Jésus n'a
rien commis contre moi. » Et le mort retomba sans mouvement, et ils firent
mourir à sa place l'enfant qui était cause de son trépas. »
Dénouement conforme à la loi du talion, toujours en vigueur dans
l'Orient
L’épître dédicatoire est signé L. H. H. M. L’E. Un bel exemplaire de ce
volume rare a été payé 50 francs à la verte de M. Nodier, en 1844.
Un exemplaire de cet opuscule devenu introuvable, fait partie d’un
recueil curieux porté au catalogue de la bibliothèque de M. Leber (n°
2503), Bibliothèque qui a été acquise en totalité par la ville de Rouen.